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    Humour

    Rendre le monde moins laid avec Adib

    20 mars 2017 | Dominic Tardif - Collaborateur | Actualités culturelles
    Pour Adib Alkhalidey, le but de la scène est de dire des choses qui nous donnent envie de mieux vivre ensemble.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Pour Adib Alkhalidey, le but de la scène est de dire des choses qui nous donnent envie de mieux vivre ensemble.

    Le porte-parole de la campagne publicitaire du Devoir mobile présente une ébauche de son troisième spectacle à l’occasion du Dr Mobilo Aquafest ce soir et demain.


    Dans un récent sketch de l’émission de Télé-Québec Like-moi, Katherine Levac et Adib Alkhalidey personnifient Martina Dorion et Peter Lachance, fictives « étoiles montantes de l’humour », soutirant au public des tout aussi fictives « soirées rigolade du bar Le Pinceau de Val-David » des rires exagérément généreux, à l’aide d’amorces vaseuses comme « Heille les gars, on dira ce qu’on voudra, mais les femmes, han… »

     

    Le clin d’oeil jouissivement absurde à une époque où l’humour québécois faisait pousser toutes ses blagues dans le terreau des « relations hommes-femmes, des relations affectives et des relations de couple » symbolise l’exact contraire de ce que défend le Dr Mobilo Aquafest. En mettant à l’affiche une série de spectacles laboratoires, le micro-festival d’humour, dont la deuxième édition se poursuit à Montréal jusqu’au 25 mars, place la création et la novation au centre de ses ambitions.

     

    « Le public de l’humour se diversifie. Il y a une mutation dans ce qui fait réagir les gens », observe Adib Alkhalidey, qui coorganise l’événement avec ses compatriotes Guillaume Wagner, Virginie Fortin et Sèxe Illégal. Le préjugé voulant que l’humour québécois ne sache parler que du trivial et de l’intime tendrait donc à fondre sous la lumière d’une réjouissante réalité : les jeunes stand-up osent nombreux la proposition singulière.

     

    « Les amateurs d’humour deviennent de vrais connaisseurs », note le porte-parole de la campagne publicitaire du Devoir mobile. « Ce qui se passe présentement en humour, c’est un peu ce qui s’est passé quand le vin est devenu populaire. Au début, il y avait juste du Caballero de Chile et puis, à un moment donné, on a commencé à comprendre qu’il y avait énormément de cépages et de régions différentes. Les humoristes vont bientôt venir avec leurs pastilles de goût ! »

     

    Signe d’une époque où le désir de créer reprend, dans le monde du rire, le dessus sur les préoccupations marketing : Adib Alkhalidey étrenne déjà un nouveau spectacle (toujours sans titre), alors que son deuxième solo, Ingénu, voyait le jour en juillet dernier, autant dire hier. Entièrement autoproduit par l’artiste, le spectacle se promène d’ailleurs toujours un peu partout sur les scènes du Québec.

     

    « Dans le modèle traditionnel de l’humour au Québec, tu écris un spectacle, tu le roules pendant trois ou quatre ans et, après tu te remets de ton burn-out pendant trois ans », explique-t-il avant d’être submergé par un grand éclat de rire. Notre homme sait vraisemblablement de quoi il parle.

     

    « Disons que la première année de tournée de Je t’aime [son premier solo lancé en 2013] a été rough psychologiquement. Tout est conçu pour faire le plus d’argent, donc le plus de représentations possible. Le truc, c’est que je viens d’une famille pauvre. L’argent n’a jamais fait partie de mon plan de vie. En ce moment, ce que j’aime vraiment, c’est écrire, présenter mon travail, puis le peaufiner. Je pense qu’il y a moyen de faire de l’argent, oui, mais d’en faire à un niveau où tu te dis, pour moi, ça, c’est assez. C’est comme si on n’avait pas le droit de dire dans notre monde que telle quantité d’argent, c’est suffisant, et qu’à partir de là, je suis heureux, je m’amuse, je n’ai pas besoin de plus. Il faut toujours aller en chercher plus. »

     

    Voir Adib pleurer

     

    Dans Je t’aime, Abid Alkhalidey vitupérait contre l’emprise, sur l’imaginaire des hommes, d’une vision toxique de la virilité, indissociable d’une certaine homophobie et de regrettables pulsions violentes. Il liait en octobre dernier dans un texte publié sur Facebook l’injonction à l’impassibilité formulée aux hommes — pleurer, c’est pour les faibles ! — à la question des agressions sexuelles.

     

    « Quand t’es jeune, on t’apprend à ne pas pleurer, se rappelle-t-il. Tes amis, tes parents, l’école te disent tous que c’est pas bien. Alors, ça s’inscrit insidieusement en toi, que pleurer, ça déplaît. Enfant, je pleurais tout le temps et j’ai fini par arrêter. Mais à 25, 26 ans, j’ai recommencé à juste me laisser aller, à me rappeler qu’avant, ça venait naturellement. J’ai tellement eu de conversations avec des hommes qui me regardent dans les yeux avec détresse et qui me disent : “Je n’ai pas pleuré depuis 20 ans.” Ils ne veulent pas pleurer, mais ils veulent tellement en même temps ! Pas pleurer, c’est l’équivalent de dire à quelqu’un : “Ris pas.” Ça fait partie des instruments du corps. »

     

    La scène, lieu idéal pour démonter les stéréotypes ? « Le but, en fait, répond Adib, c’est de dire des choses qui nous donnent envie de mieux vivre ensemble. Quand je finis le spectacle, il ne faut pas que le monde soit plus laid qu’au début. Je vois parfois des humoristes et je me dis :“Le monde, c’est tough, la vie, c’est tough, et ce que tu me racontes, ça empire tout. Pourquoi tu fais ça ?” »

     

    Ce désir d’être utile signifie aussi de répondre présent lorsque les médias le sollicitent afin de commenter ce genre de sujets d’actualité pour lesquels sont conviés des intervenants issus de la communauté arabe (pas forcément les sujets les plus légers). « Je n’ai pas le goût de faire ça toute ma vie, mais si je sens que ça peut créer des ponts, je dis oui », précise ce fils d’une Marocaine et d’un Irakien. « Je pense à quand j’avais 12, 13 ans, à l’époque où je tripais sur le film Un indien dans la ville, parce qu’il n’y avait juste pas de gens de ma couleur de peau à la télé. J’espère pouvoir faire du bien à des jeunes, comme Un indien dans la ville m’a fait du bien. »

    Adib Alkhalidey au Dr Mobilo Aquafest
    Les 20 et 21 mars au Théâtre Fairmount
    Ingénu
    En tournée partout au Québec












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