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    Humanité

    Catherine Dolto et mam’zelle la clown

    Catherine Dolto est à Montréal. Fille et collaboratrice de Françoise Dolto, vous savez cette grande psychanalyste française qui aura sorti l’enfance des limbes pour l’analyser, la connaître et tenter de l’épanouir. Pédagogues et auteures de mère en fille ; l’une, Catherine, étant légataire du droit moral de l’autre, marchant sur la voie maternelle mais à sa manière. « Que vous a apporté Françoise Dolto ? » je lui demande.

     

    — Tout.

     

    Son père, Boris, était kinésithérapeute. Catherine Dolto est tombée toute jeune dans la marmite de l’éveil pour n’en point ressortir. « Les fées qui se penchent sur votre berceau ne donnent pas, elles prêtent, estime-t-elle. Si on ne rend pas à la hauteur de ce qu’on a reçu, c’est perdu. »

     

    La voici aux côtés d’Emma la clown (Meriem Menant) pour leur spectacle au théâtre Outremont les 2, 3 et 4 mars. Ne vous fiez pas au titre La conférence. Sérieux, ce show l’est à moitié, qui développe la conscience par le rire. Catherine Dolto, médecin sociologue spécialisée en haptonomie (étude du contact psychotactile), aborde sur scène la naissance, l’enfance, les thérapies, les émotions, les névroses ; de la conception à la mort ; Emma la clown envoie valser ces beaux concepts du côté de la poésie et de la fantaisie.

     

    Toutes deux se répondent et rigolent, armées ou pas d’une poupée, improvisant ici et là sur leur canevas. Un tandem, comme le clown blanc et l’Auguste, penché sur le rapport des humains à la société, leur façon de traiter les bébés et les femmes enceintes pour la suite du monde.

     

    Depuis leur rencontre en 2002, leur duo est applaudi en France et ailleurs, au théâtre du Châtelet de Paris notamment. Trois spectacles, dont le dernier en liste Z’humains, conçu avec l’astrophysicien Hubert Reeves, auscultent l’état de l’espèce humaine et de la planète.

     

    Le trépied du clown

     

    Ces deux femmes inspirantes misent sur des lendemains possibles, car sinon, que faire ? « Je suis tellement découragée par l’espèce humaine que je suis acculée à l’optimisme, dit Catherine Dolto. On est le seul animal qui détruit son biotope en sachant qu’il le fait. »

     

    Longtemps amie avec le défunt Marc Favreau (alias Sol) et sa compagne, la comédienne Micheline Guérin, la thérapeute ne cache pas son admiration pour notre admirable dompteur de mots : « Les clowns, c’est la vie. » Un peu Québécoise de coeur, et dans nos parages durant quelques jours.

     

    Je les ai rencontrées lors d’un Salon d’Ariane, animé par Ariane Émond qui interviewe devant public les artistes appelés à se produire à L’Outremont. À leurs côtés, l’interprète-compositrice Sylvie Paquette viendra chanter le 7 mars sur des vers d’Anne Hébert.

     

    « Le clown repose sur un trépied : le comique, le tragique, le poétique », lança Meriem Menant dans une belle formule qui flotta entre les bancs.

     

    Nul statut d’humoriste pour cette Charlot philosophe : « L’humoriste parle du monde d’aujourd’hui, mais ne s’implique pas dedans. Le clown porte la tragédie humaine et fait rire à partir de ça. »

     

    Toutes deux ont étudié à plusieurs années d’intervalle à la fameuse École de théâtre Lecoq, où elles apprenaient à tout faire, en improvisant. Ça crée des modèles, une manière d’envol. « Le rire et la poésie ouvrent le coeur et aussi l’esprit, estime la scientifique du duo. Les humains se maltraitent entre eux et on maltraite les petits. Nous avons un devoir d’alerte. »

     

    À son avis, depuis les Néandertaliens, les individus les plus brutaux ont pu se reproduire quand les sensibles se voyaient recalés d’office, privés d’affect dans l’utérus maternel et à l’entrée au monde.

     

    Il y a tant de lignées à surmonter pour s’instruire à mieux vivre. Ça prendrait une armée de clowns, d’haptonomistes et de fées bien penchées sur les berceaux. Un spectacle, c’est beaucoup. Le reste repose sur les volontés de chacun. Voeux pieux : pourquoi pas, au fait ?

     

    Oscar patatras !

     

    Ça tenait du bon film au dénouement si catastrophique que les spectateurs en ont oublié ses premiers mérites. Les 89es Oscar, qui nous ont fait culbuter dimanche dans l’ahurissant vaudeville de l’« enveloppegate » juste avant la tombée du rideau, ont raté leur vrai rendez-vous avec l’histoire.

     

    L’édition la plus humaine, la plus généreuse, la plus engagée socialement et politiquement, fort bien animée par Jimmy Kimmel, celle qui ouvrait sa porte aux gens de la rue (ces touristes conviés au spectacle), celle qui offrait aux artistes noirs une vraie reconnaissance enfin (ah ! le discours de Viola Davis pour son rôle primé dans Fences, ah ! ce touchant Moonlight trois fois couronné) se résumera pour la postérité à un couac sonore : un faux lauréat qui se fait arracher sa statuette durant son discours, un vrai qui n’ose croire à sa chance sous pareil chaos. Du quiproquo à la Feydeau.

     

    Ah ! Hollywood, fallait pas te conduire si bien avant la grande finale, plus dure sera la chute. Capitale mondiale du divertissement : ce titre-là, avec un coup de théâtre aussi carabiné, te revient, chose certaine, de plain-pied… au derrière du clown.













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