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    Jay Du Temple brasse le lucratif modèle d'affaires du monde de l'humour

    28 janvier 2017 | Dominic Tardif - Collaborateur | Actualités culturelles
    Jay Du Temple considère ses présences télévisuelles comme des cerises sur le gâteau de sa carrière, préférant «parler dans un micro et écrire».
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Jay Du Temple considère ses présences télévisuelles comme des cerises sur le gâteau de sa carrière, préférant «parler dans un micro et écrire».

    En lançant une première tournée québécoise en toute indépendance, Jay Du Temple incarne un nouvel humour québécois heureux de faire éclater un modèle de mise en marché suranné. Discussion autour d’un phénomène croissant.


    Avec sa christique gueule de gendre idéal, son charisme lui permettant de s’adresser à son public comme à des amis de toujours et son sens de l’émerveillement digne du Louis-José Houde des débuts, Jay Du Temple a tout pour devenir un des prochains visages majeurs de l’humour québécois. Il a aussi tout pour alimenter les fantasmes de producteurs rêvant de faire tintinnabuler les tiroirs-caisses (excusez le pléonasme).

     

    C’est pourtant Jay Du Temple ainsi que sa gérante de soeur Laurie qui passaient eux-mêmes, il y a quelques mois, un coup de fil à une dizaine de salles québécoises afin d’assembler l’itinéraire du Mini tour. La série de spectacles, promue avec les moyens du bord, rameutait déjà pourtant 350 spectateurs lors de son escale à Sherbrooke, début janvier.

     

    Imaginée par Du Temple après un triomphe au Club Soda en septembre lors d’un spectacle soulignant son anniversaire, cette première tournée, mise au monde en toute indépendance, prend le contre-pied de la formule traditionnelle voulant qu’un humoriste étrenne un spectacle pendant un été au Vieux Clocher de Magog (ou dans un endroit du genre) avant d’en présenter la version lustrée à Montréal l’automne venu, et de monter à bord de sa voiture afin d’aller le répéter partout en province, jusqu’à ce que le public ou lui-même s’épuise.

    Des tournées de trois ou quatre ans, il va y en avoir de moins en moins, je crois, parce qu'il y a de plus en plus d'humoristes qui trouvent plus de plaisir à développer du nouveau matériel qu'à répéter le matériel rodé
    Jay Du Temple
     

    Plusieurs autres exemples pointent dans la direction d’une transformation profonde du modèle d’affaires dominant le lucratif monde de l’humour. Adib Alkhalidey, vedette de Like-moi !, choisissait d’inaugurer son deuxième solo, Ingénu, dans la petite Cinquième Salle de la Place des Arts en plein mois de juillet, sans tonitruante campagne de promotion. Simon Leblanc écoulait 45 000 billets de son Tout court en tournant le dos à la pub et lançait récemment le rodage d’un deuxième spectacle avant même d’avoir mis un point final à sa précédente tournée. Avec ses affiches psychédéliques, la deuxième édition du Dr Mobilo Aquafest semble entretenir une plus grande parenté spirituelle avec un événement de musique indépendante comme Pop Montréal qu’avec le festival Juste pour rire.

     

    Qu’un humoriste à ce point taillé pour rejoindre un vaste public comme Jay Du Temple préfère pour l’instant en faire à sa tête, en se passant carrément de producteur, permet de croire que ce phénomène jusqu’ici marginal pourrait bientôt déboucher sur un réel changement de paradigme.

     

    La scène avant tout

     

    « La production de spectacles solo, on se fait beaucoup dire que c’est très, très complexe, mais ça reste relativement simple. Il faut essentiellement savoir faire des additions et des soustractions, explique le diplômé de l’École nationale de l’humour, âgé de 25 ans. On se rend aussi compte que ce n’est pas nécessaire de mettre 100 000 $ de publicité partout au Québec. » Surtout quand on sait se servir des réseaux sociaux.

     

    Cette atomisation d’un modèle prévalant depuis le bourgeonnement de l’industrie de l’humour à la fin des années 1980 ne serait pas aussi réjouissante si elle ne creusait pas profondément dans un désir de créer davantage. « Des tournées de trois ou quatre ans, il va y en avoir de moins en moins, je crois, parce qu’il y a de plus en plus d’humoristes qui trouvent plus de plaisir à développer du nouveau matériel qu’à répéter le matériel rodé », observe Jay Du Temple.

     

    Alors que les têtes d’affiche des années 1990 s’en remettaient souvent à une armée de scripteurs, le nouvel humour québécois redevient pour le mieux le véhicule d’un seul auteur partageant sa vision du monde, dans une perspective revendiquant un rapport plus étroit à une authentique prise de parole (Fred Dubé, Louis T), à un riche travail sur la langue (Virginie Fortin, Katherine Levac, Charles Beauchesne) ou à un storytelling réellement étoffé. Du Temple cite en exemple l’Américain Mike Birbiglia, maître dans l’art de creuser sans scrupule son intimité afin d’y trouver ce qu’il recèle d’universellement drôle et bouleversant, sans que ces deux idées s’opposent, au contraire.

     

    « Si je suis invité aux Recettes pompettes ou à Piment fort, tant mieux, mais ce que j’aime le plus faire, c’est parler dans un micro et écrire », insiste celui qui considère ses présences télévisuelles à Code G ou à Like-moi ! comme d’agréables cerises sur le gâteau de sa carrière. Il se réjouit que les trois soirées d’humour qu’il anime chaque semaine à Saint-Lazare, à Gatineau et à Montréal le contraignent à constamment façonner de nouvelles lignes.

     

    La multiplication de ces cabarets nocturnes, l’émergence d’un réseau de salles parallèle ainsi que l’avènement du Zoofest, où Jay Du Temple a présenté deux différents spectacles d’une heure au cours des deux derniers étés, ne sont sans doute pas étrangers aux fécondes ambitions qui traversent déjà son écriture. Les occasions de gagner ses épaulettes, pour la proverbiale relève comique, n’ont jamais été aussi nombreuses qu’en 2017.

     

    C’est quoi, les chances ?

     

    C’est en quelque sorte devenu son cri de ralliement. « C’est quoi, les chances ? » répète souvent Jay Du Temple afin de souligner l’absurdité d’une situation, bien que de plus en plus aussi afin de célébrer l’ébahissement ébloui sous le signe duquel se déroule sa vie, sorte de variation sur le « yolo » sans pulsion autodestructrice à la clé.

     

    Ennemi du cynisme-bras-croisés et de la mauvaise humeur stérile, il sait sur scène décortiquer l’étrange ballet d’un déménagement, mais se mesure aussi à des sujets plus costauds, comme la peur de la solitude, dans un numéro sur l’infidélité imposant un instant le silence (avant que le rire ne nous libère).

     

    « Je me suis beaucoup demandé à mes débuts : “Est-ce que les gens veulent entendre quelqu’un de bonne humeur ?” » se rappelle le fils d’Yvan et Nicole, truculents personnages récurrents de ses anecdotes. « Quand je vois des gens comme Jimmy Fallon ou Ellen DeGeneres, je me dis que oui. Je pense que l’important, c’est d’être ancré dans la vérité. »

    Jay Du Temple – Mini Tour
    Les 3 février et 28 avril au Lion d’Or. Aussi en tournée au Québec.












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