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    Patrimoine mondial

    La diplomatie plutôt que la sauvegarde du patrimoine immatériel

    Les tractations politiques interféreraient dans les choix de l’UNESCO

    Un comité spécialisé de l’UNESCO a décidé jeudi à Addis Abeba d’inscrire le yoga sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
    Photo: Agence France-Presse Un comité spécialisé de l’UNESCO a décidé jeudi à Addis Abeba d’inscrire le yoga sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

    « Il est essentiel, quand on parle patrimoine vivant, de parler avec “ les faiseux ”, avec les porteurs mêmes des traditions, et pas seulement avec les penseurs et les observateurs », lance en entrevue Antoine Gauthier, directeur général du Conseil québécois du patrimoine vivant (CQPV). « C’est le moindre des principes éthiques. »L’homme est en Éthiopie. Il assiste à la 11e session du Comité du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Ce qui ne l’empêche pas également de la critiquer.

     

    « On essaie de trouver des solutions parce qu’actuellement, la diplomatie et le politique interfèrent totalement » dans la création de la liste représentative du patrimoine immatériel de l’UNESCO, indique le directeur du CQPV. Un comité d’évaluation, composé de six experts et de six organisations non gouvernementales, est chargé d’évaluer toutes les demandes présentées par divers pays pour que leurs pratiques et traditions orales se retrouvent sur cette liste. Le poids symbolique d’y figurer a sa valeur, et vient parfois avec des avantages économiques — ne serait-ce que par l’intérêt touristique qui peut ensuite naître.

     

    « Ce qui se produit depuis quelques années, et qui a dépassé les bornes cette année, c’est que le comité décisionnel souverain, formé de 20 États-partis, n’est pas obligé d’écouter les recommandations de l’organe d’évaluation : il y a une infirmation de toutes les suggestions de l’organe d’évaluation, et ses conclusions sont tassées du revers de la main. C’est devenu un jeu diplomatique entre pays amis. » Le CQPV et d’autres observateurs déplorent ainsi le fait que le processus est devenu si politique que « ceux qui font bien leur travail, qui prennent le temps de consulter les communautés, travaillant parfois jusqu’à quatre ans pour monter des dossiers très bien rédigés, abandonnent leur candidature », alors que des dossiers qui, selon l’organe d’évaluation, ne remplissent pas quatre des cinq critères requis, sont acceptés.

     

    Principes démocratiques

     

    C’est au moins la cinquième fois que M. Gauthier représente le CQPV aux sessions de l’UNESCO, qui lui permettent de « se tenir à la page, d’être au courant des principes éthiques adoptés, de conseiller notre soixantaine d’ONG au CQPV ainsi que le gouvernement du Québec ». Des principes simples : « Ceux qui jouent les rôles principaux dans la sauvegarde et le développement doivent être les détenteurs des traditions, ceux qui pratiquent. On doit s’assurer que ces gens participent à toutes les étapes, qu’ils soient consultés, qu’ils prennent part aux décisions et les prennent eux-mêmes. Il faut éviter de parler au nom des autres. Ce sont, finalement, des principes démocratiques de base. »

     

    Dix ans après son entrée en vigueur, est-ce qu’elle marche, cette Convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine immatériel ? « C’est pour le savoir qu’on pousse fort afin qu’il y ait un cadre global de mesures d’évaluation. Car c’est très difficile de voir ce qu’il en est, il y a très peu de statistiques ou de guide d’impact autour du patrimoine immatériel en ce moment. » Le CQPV est pionnier en ce domaine, poursuit M. Gauthier, « mais on a encore beaucoup à apprendre. Ce qui m’intéresse présentement, c’est d’arriver à mesurer l’accès aux divers programmes pour les organismes et les individus qui travaillent dans les cultures de tradition orale et en patrimoine immatériel. C’est sûr que c’est moins sexy que de faire des listes, mais c’est essentiel. On a besoin de mesurer davantage les impacts réels de tout ça. On est au début d’un processus de mesure du succès. C’est prometteur », conclut M. Gauthier.


    Le yoga et le pilaf, essentiels de l’humanité Le yoga, d’origine indienne, a été inscrit jeudi au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par un comité de l’UNESCO réuni à Addis-Abeba.

    Le Comité de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, qui siège depuis le 28 novembre et jusqu’au 2 décembre en Éthiopie, a notamment inscrit mercredi la bière belge et la rumba cubaine sur cette liste qui permet de valoriser les différents types de patrimoine vivant (danse, musique, gastronomie, fêtes ou festivals…). Cette liste représentative compte désormais un total de 366 éléments.

    La Charrería, une pratique traditionnelle des communautés mexicaines d’éleveurs de bétail remontant au XVIe siècle, ainsi que la Fête des vignerons de Vevey, en Suisse, figurent au nombre des dernières inscriptions. Ont aussi été consacrés les çinis de Turquie, des carreaux traditionnels de faïence et de céramique décorés de motifs colorés, le palov, un plat traditionnel ouzbek, et l’oshi palav (pilaf), « roi des plats » au Tadjikistan ainsi que des traditions slovène, slovaque, roumaine…

    La création de la liste il y a dix ans reflète une évolution du concept de patrimoine — longtemps réduit aux châteaux et peintures européennes — et permet « à des pays qui ne se sont pas exprimés par l’architecture de mettre en avant leurs pratiques culturelles », selon Tim Curtis, secrétaire de la convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

    Y figurer sert surtout de faire-valoir et peut, dans certains cas, entraîner un soutien financier ou logistique de l’UNESCO à des pays qui ont de la peine à protéger par eux-mêmes ces pratiques.
    Agence France-Presse


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