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    Gilles Carle, en écho d’aujourd’hui

    L’endroit n’était pas bien loin, mais il fait noir de bonne heure en ce temps-ci de l’année… Du coup, ça semblait une petite expédition de se rendre dans Hochelaga-Maisonneuve, près des nouveaux bureaux de la Fondation Gilles-Carle. Le métro était en retard, l’autobus aussi. Quelques frissons de saison… et la porte s’ouvrit.

     

    Le bistro Le Ste-Cath était rempli des gens du quartier, mais aussi des proches de Gilles Carle, mort il y a sept ans tout juste, des choristes et du musicien Réjean Bouchard. Elle est tellement chaleureuse, Chloé Sainte-Marie, en muse qui virevolte. Si vivante, mais traînant ses amours passées dans ses bagages. On se réchauffe au contact de la fille aux cheveux rouges.

     

    Elle lançait là-bas le vidéoclip Auréoler sans tambour ni trompette, sous la direction artistique d’Hugo Latulippe. Mariant des scènes du documentaire de Charles Binamé Gilles Carle ou l’indomptable imaginaire à des images du rapatriement des cendres de son célèbre conjoint à l’île Verte pour les inhumer, le clip ressuscitait le cinéaste de La vraie nature de Bernadette, par-delà son enterrement.

     

    Les films de Gilles Carle lui survivent, mais parfois un coup de pouce hors des oeuvres semble nécessaire pour garder à vif les héritages.

     

    Bonne chose donc, si la Fondation des aidants naturels initiée par Chloé, offrant un répit aux accompagnateurs des grands malades, porte le nom du disparu.

     

    Ça aurait pris une porteuse de mémoire à Claude Jutra, dont le Québec a effacé le nom en deux coups de cuillère à pot. Il n’était pas un saint, Gilles Carle, grand érotomane s’il en fut. Faudrait pas trop creuser pour l’écorcher. D’ailleurs on s’en garde. Souhaitons-lui de mugir en paix face à son fleuve chéri.

     

    Chloé s’est élancée avec son groupe sur la petite scène du bistro Le Ste-Cath. C’était son spectacle À la croisée des silences en condensé avec des poèmes incendiaires comme Larguez les amours de Patrice Desbiens. Claude Gauvreau était de la fête, Jean-Paul Daoust aussi et les Premières Nations.

     

    Elle peut bien chanter en innu, en latin, en français ou en exploréen, Chloé Sainte-Marie, c’est sa fougue qui épate. Et le flambeau de Carle porté au bout de ses bras.

     

    On la félicitait de préserver si bien le souvenir. Mais la chanteuse s’inquiétait un peu : « Pour ses films, je ne sais pas trop. En tout cas, l’ONF devrait sortir quelque chose dans ses futurs locaux du Quartier des spectacles. » L’Office le fera sans doute. Pas juste parce que Chloé veille, mais ça doit bien aider un peu.

     

    Grabuge

     

    En sortant après le show, sur Sainte-Catherine Est, je songeais à quel point ce coin de Montréal s’est transformé pour le meilleur et pour le pire. Les petits bistros, les fondations comme celle de la Maison Gilles-Carle poussent sur un terrain autrefois plus trash.

     

    Ce n’est pas juste le Plateau qui a changé de gueule depuis l’enfance de Michel Tremblay. Plus à l’est, la ville s’embourgeoise de concert. Voici les marginaux de tous poils indésirables en leurs terres consacrées, les plus pauvres tassés encore en périphérie. Les loyers grimpent. Les couteaux s’affûtent. Ambiance !

     

    La nuit avant l’hommage anniversaire à Gilles Carle, il y avait eu du vandalisme dans cinq commerces d’Hochelaga-Maisonneuve (boutiques de meubles, salon de coiffure bobo, agence immobilière) en protestation contre la gentrification du quartier. Des actes à la fois revendiqués et anonymes. On a lu le manifeste, évoquant un acte de guerre, sur le site anarchiste Montréal Contre-information. Ce n’était ni la première attaque (22 depuis le début 2016) ni la dernière, mais en aspergeant de peinture et en démolissantl’intérieur des commerces, les casseurs masqués débordaient du saccage des vitrines.

     

    « Ces boutiques sont le visage sympathique d’un processus violent que nous désirons saboter », préviennent les auteurs, disant s’opposer au nettoyage social.

     

    À l’opposé, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer davantage de caméras de surveillance et de patrouilles policières. Des remue-méninges se préparent dans le quartier en cellule de crise. Les commerçants touchés, paisibles, s’affolent.

     

    — Pourquoi moi ?

     

    Des cibles au hasard…

     

    Oui, on comprend la frustration d’une population bousculée et évincée. Mais comment se désolidariser du malheur des marchands ? Et pas question de défendre des actes de terrorisme ! Il doit bien exister d’autres méthodes que la violence d’un bord et la répression de l’autre. Fallait-il attendre avant de négocier que deux couches sociales soient ainsi dressées nez à nez ?

     

    Ces questions se bousculent en sortant d’un bistro accueillant, d’un spectacle au profit d’une fondation qui aide les gens à en aider d’autres, en plein quartier déchiré. Gardant en tête l’hommage à un cinéaste proche de son peuple jusqu’à se fondre en lui.

     

    Bobos, artistes, junkies, « BS » se côtoyaient dans l’oeuvre de Gilles Carle en un vrai pudding chômeur, offert à la ronde. Chloé Sainte-Marie chante à sa suite les mixités. On rêve dans leur sillage qu’il y ait moyen là-bas de moyenner.













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