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    Un opéra qui raconte la rue de Montréal

    L’Opéra de Montréal et l’organisme Le sac à dos ensemble dans un projet artistique

    Les histoires de Brian Busby, de Marie-Josée Lejeune et de Michel Arsenault, qui ont vécu dans la rue, seront interprétées par des membres de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, en mai prochain, à la Place des Arts.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les histoires de Brian Busby, de Marie-Josée Lejeune et de Michel Arsenault, qui ont vécu dans la rue, seront interprétées par des membres de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, en mai prochain, à la Place des Arts.

    Brian Busby a eu accès à un appartement vendredi dernier, après avoir vécu dans la rue pratiquement toute sa vie. Marie-Josée Lejeune a connu deux épisodes d’itinérance de plusieurs mois, à cause d’une maladie mentale non traitée. Michel Arsenault a vendu de la drogue durant des décennies et dit être devenu pauvre lorsqu’il s’est promis d’arrêter. À 61 ans, il vit en refuge, « quand il y a de la place », en attendant de trouver un appartement. En mai prochain, leur histoire, et celle de plusieurs autres, sera inscrite dans un opéra joué par les membres de l’atelier d’art lyrique de l’Opéra de Montréal, sur un livret de José Acquelin et une musique d’Éric Champagne.

     

    Ce projet d’« opéra de rue » est une collaboration de l’organisme Le sac à dos, qui accompagne les personnes itinérantes, et de l’Opéra de Montréal. Le sac à dos a d’abord vu le jour pour permettre aux itinérants de poser leurs bagages, souvent contenus dans un simple sac, lorsqu’ils faisaient différentes démarches. Il a ensuite diversifié ses services d’intégration sociale et économique et dit « favoriser la participation et l’engagement, notamment par la création d’un milieu de vie et le développement de réseaux d’échange ».

     

    Tout pour Le sac à dos

     

    Marie-Josée Lejeune affirme que c’est grâce au Sac à dos qu’elle a réussi à sortir de la rue, elle qui occupe un appartement depuis deux mois. L’organisme lui permet entre autres d’occuper un travail qui respecte ses limites. Car c’est le stress qui fait que, à un moment donné, elle se trouve dans une sorte de black-out, explique-t-elle.

     

    « J’aurais fait n’importe quoi pour Le sac à dos », dit Michel Arsenault, au sujet de sa participation à l’opéra de rue. « Je connais un peu les grands airs d’opéra, poursuit-il, Carmen, les plus connus ». Après avoir bummé 30 ans, vendant de la drogue mais en consommant aussi beaucoup — « j’étais mon principal client » — il décide d’arrêter tout ça, de régler ses comptes avec la mafia. « Mais je sais pas faire grand-chose d’autre », dit-il. Il descend donc encore plus bas, consomme encore plus. Il me montre son sourire édenté. « Je n’ai plus de dents en bas en avant », dit-il, avant d’ajouter qu’il pourrait en avoir gratuitement. « Je suis trop négligent. »

     

    À 54 ans, Brian Busby roule lui aussi sa bosse dans la rue depuis l’âge de 19 ans. Ébranlé par le décès de son frère jumeau dans un incendie dont lui-même est sorti indemne, il a étudié en cinéma, sans jamais y travailler. Le projet de l’opéra de rue lui permettra de renouer avec ses anciennes amours, puisqu’il y aura des occasions de travailler avec l’équipe technique. « J’adore les éclairages », dit-il.

     

    Scènes multiples

     

    En tout, ils devraient être 12 personnes fréquentant Le sac à dos à participer au projet. Après avoir été initiés à l’opéra et à la rédaction du livret, les participants seront invités à des ateliers de scénographie, de mise en scène, de jeu et de présence scénique. Ce ne sont cependant pas eux qui seront sur scène le 15 mai, mais bien des membres de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal.

     

    Le tout sera présenté le 15 mai à la Cinquième Salle de la Place des Arts. C’est la soprano Marie-Josée Lord, qui est également porte-parole de l’événement, qui assumera la première partie du spectacle. En conférence de presse, jeudi, Marie-Josée Lord racontait avoir accepté cet engagement parce que la vie elle-même est une « grande oeuvre aux scènes multiples » et que les drames vécus par les gens de la rue, « sans maquillage ni bijoux », peuvent se comparer, en intensité, à ceux vécus par les personnages d’opéra. Pour Marie-Josée Lejeune, la vie dans la rue est effectivement ponctuée de drames intenses, suivis de périodes de calme.

     

    Un court documentaire, produit par les productions Jab, sur le déroulement de la production, sera aussi présenté.

     

    Ce projet de collaboration de l’Opéra de Montréal et du Sac à dos s’inspire de « ce qui se fait à Londres par la compagnie Streetwise Opera, qui réunit des personnes en situation d’itinérance et des professionnels de la scène pour prendre part à des oeuvres lyriques ».

     

    Pierre Vachon, directeur des communications de l’Opéra de Montréal, qui a également donné des ateliers aux participants de l’opéra de rue, aime citer Sylvain, l’un des participants à ce projet. « L’opéra, c’est marginal. Nous, on est des marginaux. J’ai hâte de voir la rencontre entre ces deux marginaux. » Le tout s’inscrit dans la volonté de l’Opéra de Montréal de rejoindre toutes les sortes de public.













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