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    Documentaire

    Entre combat social et condos de luxe

    Ève Lamont filme un portrait de Pointe-Saint-Charles en cours de gentrification

    La réalisatrice Ève Lamont
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La réalisatrice Ève Lamont

    Dans le combat qui les oppose aux géants de l’immobilier, les organismes communautaires ne pèsent pas toujours lourd. Depuis dix ans, la réalisatrice Ève Lamont (Le commerce du sexe, L’imposture) suit pas à pas la lutte de deux d’entre eux, dans le quartier Pointe-Saint-Charles, au sud-ouest de Montréal, pour obtenir pignon sur rue, au milieu de l’invasion des condominiums.

     

    Elle en a tiré un documentaire, Le chantier des possibles. Il faut dire que le quartier Pointe-Saint-Charles a une histoire de mobilisation sociale inscrite dans son ADN. C’est là que les premiers exemples de cliniques et de services juridiques communautaires, comme de coopératives, ont été mis en place.

     

    Mais malgré tout, le quartier est en plein embourgeoisement. Le prix des maisons y aurait grimpé de 474 % depuis 15 ans, selon Ève Lamont, qui cite des données de la Fédération des chambres immobilières. Pendant ce temps, trois résidants du quartier sur quatre sont toujours locataires. Alors que 40 % du parc locatif était occupé par des logements sociaux en 1996, ce pourcentage chutera à 27 % si tous les projets immobiliers des promoteurs s’y réalisent.

     

    Dans ce contexte, le combat des deux organismes que la réalisatrice a suivis, la résidence pour personnes âgées appelée La Cité des bâtisseurs et le groupe 7 à nous, est exemplaire. Dans les deux cas, des citoyens revendiquent un pourcentage de l’espace où sont projetés de vastes projets immobiliers. Dans le cas de la Cité des bâtisseurs, le projet avance plus rondement. C’est entre autres, dit la réalisatrice en entrevue, parce que les citoyens ont pu bénéficier d’un certain soutien par l’intermédiaire des programmes soutenant ce type de projet. Le projet 7 à nous, porté, au départ, par un centre social autogéré, est plus inusité. Il s’agit de convertir l’un des anciens bâtiments du CN en centre communautaire, où seraient entre autres établis des jardins et des ateliers d’artistes. Parallèlement, les citoyens du quartier ont dû se battre pour que le développeur de l’ensemble du site du CN ne déplace pas un parc, le parc de la Congrégation, pour mener à bien son projet. Au moment où le film se termine, le groupe vient tout juste d’obtenir la clé du bâtiment 7, et se prépare à procéder aux travaux de rénovation de l’édifice, qui est désaffecté depuis des années.

     

    Le site du CN occupe d’ailleurs à lui seul le tiers de l’ensemble de la superficie du quartier. Aux heures de gloire du canal Lachine, Pointe-Saint-Charles a été le plus gros quartier industriel au Canada. Après la fermeture du canal à la navigation, le quartier a vu ses usines migrer en banlieue, et le chômage et la pauvreté, qui touchent anglophones comme francophones, se sont installés.

     

    Depuis, des promoteurs ont réalisé le potentiel immobilier des abords du canal. Les condos s’y multiplient et se vendent à des prix trop élevés pour que la population traditionnelle du quartier puisse y accéder.

     

    « Tous ces bâtiments leur coupent l’accès et la vue », dit Ève Lamont.

     

    Résistant à la vague immobilière, des citoyens tiennent le fort de leurs droits, protestent contre le flux de voitures qui circulent en provenance des ponts Champlain et Victoria, militent contre l’impact ferroviaire et celui du camionnage.

     

    Le chantier des possibles est diffusé tous les jours jusqu’au 27 octobre à la Cinémathèque.













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