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    Médiathèque Gaëtan-Dostie

    Une expulsion causée par un excès de zèle?

    La philosophie de «risque zéro» incompatible avec la préservation du patrimoine

    La Médiathèque Gaëtan Dostie, rue de la Montagne, est un petit musée de la poésie québécoise.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La Médiathèque Gaëtan Dostie, rue de la Montagne, est un petit musée de la poésie québécoise.

    La médiathèque Gaëtan-Dostie, ce musée de la poésie menacé d’expulsion par la Commission scolaire de Montréal (CDSM), a enfin pu consulter la semaine dernière le rapport sur l’état de l’édifice du 1214, de la Montagne, qu’elle occupe depuis 2009. Alors que la CSDM demandait la fermeture rapide de l’ancienne Académie-Bourget (1914) pour cause de contamination par des champignons, l’organisme confirme qu’aucune analyse chimique n’a été effectuée pour en confirmer la présence. Une expulsion par excès de zèle ?

     

    « Selon nous, l’approche retenue par la CSDM est de risque zéro », a indiqué en entrevue au Devoir l’urbaniste Gérald McNichols Tétreault. La CSDM ne se penche pas sur la présence de champignons, mais sur la possibilité qu’il y en ait.

     

    Il est vrai que la CSDM a été durement secouée par le passé par des cas d’écoles contaminées. Mais « cette méthodologie, défendable dans le cas d’une école de 200 enfants, devient une condamnation certaine pour un immeuble patrimonial fragile ». M. McNichols Tétreault, qui a codirigé la restauration du Théâtre Corona, « alors que 14 services municipaux condamnaient ce building pour 14 raisons différentes », et qui a oeuvré longtemps à la Société immobilière du patrimoine architectural, était du comité de la Médiathèque qui a pu consulter, in situ seulement et en présence des administrateurs, le rapport d’état des lieux. L’homme, qui envisage de se lancer en politique municipale pour Projet Montréal, intervient ici, précise-t-il, à titre purement citoyen.

     

    Manque de preuves

     

    « Notre première surprise, c’est qu’aucune analyse chimique n’a été faite, sauf pour détecter de l’amiante, qui n’est pas le problème ici ». L’experte de la CSDM s’appuie sur une réflexion faite avec la Direction de santé publique. Dans le cas du 1214, de la Montagne, une infiltration d’eau en 2015, réparée et asséchée depuis, ainsi que des dommages à la toiture, suffisent à rendre l’édifice « à risque ». C’est par évaluation visuelle que l’analyse s’est faite.

     

    « On n’est plus tellement dans le scientifique, déplore l’urbaniste, et à ce compte, notre vision, qui voit que tout est sec, vaut bien la leur… » Pour lui, la logique du risque zéro, comme présumer qu’il peut y avoir des champignons ou des moisissures dans tous les édifices qui ont subi des infiltrations d’eau ou de l’humidité, ne peut qu’aboutir à la condamnation pure et simple du patrimoine bâti.

     

    Un rapport gardé secret

     

    La commissaire scolaire indépendante du Sud-Ouest, Violaine Cousineau, entend demander lors du prochain conseil des commissaires que tous les documents d’évaluation de l’état du bâtiment soient rendus publics. Elle déposera aussi une proposition pour la tenue d’une consultation publique sur l’avenir de l’immeuble. Car cette adresse est, croit-elle, désormais « doublement patrimoniale ».

     

    « La Médiathèque est un joyau de l’histoire littéraire, un lieu de conservation, de diffusion, de transmission qui n’a pas d’équivalent, indique Mme Cousineau au Devoir. En dehors du patrimoine architectural, on est donc face à un patrimoine littéraire, artistique, intellectuel qui est actuellement mis en péril. »

     

    L’expulsion des locataires avait, dans un premier temps, été justifiée par la nécessité de récupérer le bâtiment à des fins scolaires, rappelle la commissaire. Mais les plans ont changé fin août, et la CSDM ne compte plus convertir les locaux en école.

     

    « Nous devons viser à trouver une solution qui permettra à cet organisme, dont la mission est aussi connexe à celle de la CSDM, d’occuper le bâtiment de la rue de la Montagne en attendant une solution permanente, poursuit-elle. Si nous procédons dans l’urgence, en fermant au public l’accès à l’organisme dès la fin septembre, nous risquons d’infliger à la Médiathèque un coup auquel elle ne survivra peut-être pas. »

    La CSDM ne bouge pas

     

    M. McNichols Tétreault rappelle de son côté la fragilité de la collection de la Médiathèque, faite en grande part de papiers, et qui ne peut que souffrir d’un déménagement.

     

    Il aimerait que la CSDM fasse les travaux urgents en présence de la Médiathèque plutôt que de l’expulser, car « placarder la maison serait la faire disparaître ».

     

    Sans surprise, la présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, voit les choses différemment. Si l’organisme a demandé à la Médiathèque de quitter les lieux, c’est bel et bien en raison des moisissures, quoi qu’en dise M. McNichols Tétreault, affirme-t-elle.

     

    « Il est urbaniste, il n’est pas hygiéniste en environnement. J’ai lu le rapport de l’hygiéniste en environnement, qui était d’ailleurs présente lorsqu’il a vu le rapport, et qui lui a expliqué tout ça. »

     

    Il n’y a pas d’élèves, mais comme propriétaire, la CSDM se doit d’être « diligente ». « Il y a des travaux majeurs à effectuer pour s’assurer de la qualité de l’air. » Mme Harel Bourdon convient néanmoins qu’il n’y a pas d’« urgence » les forçant à expulser la Médiathèque.

     

    Elle n’a pas souhaité dire si le rapport d’expert attestant de la présence de moisissures serait rendu public comme le demandent Mme Cousineau et M. Dostie. Les négociations entre M. Dostie et la CSDM se poursuivent, ajoute la présidente.

     

    Toujours pas d’entente

     

    Le fondateur de la Médiathèque littéraire n’envisage pas pour l’instant de signer l’entente de prolongation jusqu’en mars 2017 proposée par la CSDM, puisqu’elle inclut une clause lui faisant reconnaître la présence de champignons qu’il se refuse à entériner. « Nous n’avons aucune perspective à court terme. Une campagne de financement sera lancée bientôt. Le choix de bâtir ou de s’insérer dans un édifice existant en découlera. »

     

    Le 1214, de la Montagne abrite aussi le collectif d’éditeurs, libraires et organisateurs d’événements La Passe, aussi visé par l’expulsion. La Médiathèque et La Passe veulent penser conjointement leur avenir.


    Rêver d’une place des Lettres Alors qu’il bataille pour la survie à très court terme de sa Médiathèque littéraire, le fondateur Gaëtan Dostie rêve encore. « M. Luc Ferrandez nous fait dire de nous intéresser au site de l’Hôtel-Dieu qui sera bientôt vidé, a-t-il écrit au Devoir. Le Musée de l’imprimerie du Québec est en entrepôt depuis un an et, d’autre part, en absorbant l’héritage de l’École des arts graphiques depuis 1940, le Collège Ahuntsic détient un patrimoine des plus prestigieux. Pouvons-nous rêver à une future place des Lettres réunissant ces trois entités ? Il existe un moratoire sur la création de toute institution muséale ou patrimoniale au Québec depuis [2003] ; c’est encore et toujours un mur. Ni à Montréal, ni dans les Laurentides, Lanaudière et la Montérégie, il n’existe la moindre institution reflétant ces héritages, ce patrimoine infiniment montréalais. Qui peut et veut nous aider ? »












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