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    Livre jeunesse

    À 88 ans, Gilles Vigneault n’en a que pour l’avenir

    « J’ai davantage espoir en la nature qu’en l’être humain, qui ne la respecte pas et la massacre », affirme Gilles Vigneault.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir « J’ai davantage espoir en la nature qu’en l’être humain, qui ne la respecte pas et la massacre », affirme Gilles Vigneault.

    À bientôt 88 ans, Gilles Vigneault passe son temps à parler d’avenir. Du sien, mais aussi de celui des enfants, et de la planète. L’espoir, croit-il, est celui que l’on se fait. Vigneault lançait hier son cinquième livre-disque aux éditions de la Montagne secrète, Gaya et le petit désert, illustré par Stéphane Jorisch. Outre le conte de Gilles Vigneault, dans lequel la jeune Juliane Belleau, dix ans, tient le rôle de Gaya, le livre-disque propose dix nouvelles chansons, écrites par Gilles Vigneault avec sa fille Jessica. Ces chansons sont interprétées par une brochette d’artistes québécois, de Richard Séguin à Diane Tell en passant par Daniel Lavoie.

     

    Écrit il y a quelque 25 ans, Gaya et le petit désert raconte l’histoire d’une enfant qui cherche à savoir pourquoi le puits s’est tari à côté de la maison où elle habite avec son grand-père. Après avoir interrogé l’arbre, l’écureuil ou le hibou, après avoir accusé le castor de déforestation, elle replante des arbres avec son grand-père dans ce petit désert où il a tout coupé.

     

    Du progrès, mais plus de danger

     

    À l’époque de la rédaction du conte, se souvient Vigneault, l’environnement était moins au coeur des consciences collectives. « À l’époque, la pression écologiste existait, mais on ne le savait pas et on en parlait moins. Aujourd’hui, il y a plus de pression. On dirait qu’il y a un progrès, mais il y a plus de danger. Donc, les progrès sont à venir… »

     

    Réaliste, donc, le poète ne baisse surtout pas les bras. L’espoir est dans l’oeil de celui qui regarde, et l’espoir doit être l’oeuvre de celui qui regarde.

     

    « Parler d’avenir, c’est d’abord parler du passé, la mémoire ne doit pas délester le passé pour ne se consacrer qu’à l’imagination de l’avenir. » L’avenir n’est pas sur l’étoile du Centaure, la plus proche de nous, à 4000 années-lumière. L’avenir est ici, sur la Terre.

     

    La Gaya du conte représente donc la Terre. « La Terre est notre maison principale, notre extraordinaire vaisseau spatial, dans lequel nous nous appliquons à percer des trous pour qu’il coule au plus vite. »

     

    Un « non » sans appel

     

    Aujourd’hui, ce sont les projets de pipeline qui mobilisent sa colère. Il y oppose un « non » sans appel. Pour lui, il est clair que ce pipeline engendrerait, tôt ou tard, une marée noire dans le fleuve Saint-Laurent, et il lui tarde de voir la population se mobiliser haut et fort pour s’y opposer. Nous sommes, dit-il, « à l’heure où on veut passer des pipelines sous le fleuve, avec du pétrole sale, à l’heure où on tergiverse : “On va-tu l’accepter ou non?”, à l’heure où personne n’est dans la rue pour dire non. »

     

    Parlant du Saint-Laurent, il revient tout juste de son Natashquan natal, où il a vu plus de berries et de bleuets que jamais. À la petite Juliane Belleau, il raconte comment son cousin, parti un jour pêcher la morue à des kilomètres de la côte, avait accroché un requin presque aussi grand que sa chaloupe.

     

    « C’est il y a 30 ans que je suis allé à la dernière pêche à la morue, dit-il, évoquant le moratoire sur la pêche imposé il y a des décennies. Mais la morue revient et il y en a qui commencent à y retourner. Je vais peut-être y aller. » À 88 ans, il mord toujours dans la vie, cette vie « passionnée et passionnante ». Il évoque la joie de voir grandir son arrière-petit-fils de trois ans.

     

    Du Québec, il demande en riant : « Est-ce que c’est toujours une province ? » Il reprend le mot de « pays », qui ouvre de meilleurs possibles, se dit séduit par le mot « référendum ».

     

    Espoir il y a, donc. « J’ai davantage espoir en la nature qu’en l’être humain, qui ne la respecte pas et la massacre. Il y a des choses dont je ne parle pas dans le conte, comme de la pollution lumineuse, qui perturbe la flore qui se croit au printemps », dit-il.

     

    Son espoir, il le puise surtout dans ces enfants, auxquels il s’adresse presque exclusivement depuis quelques années.

     

    « Je vais tout faire pour réaliser mon espoir, et je vais parfois confier la tâche aux enfants. Je respecte beaucoup les enfants, tous les enfants sans exception, davantage que les adultes. » Il parle des familles nombreuses, de 10 ou 14 enfants, qu’il a connues à Natashquan à l’époque, des tablées de huit ou dix personnes qu’on y trouve encore aujourd’hui.

     

    « C’est là qu’il est, l’espoir », dit-il, ajoutant d’ailleurs : « À l’avenir, je crois que je ne créerai plus que pour les enfants. »













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