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    Culture

    Regrouper pour mieux régner

    Alexandre Taillefer veut rassembler les créateurs pour permettre à la culture québécoise grand public de s’exporter

    Le Piknic Électronik fait partie des trois premiers partenaires de Mishmash. L’événement s’exporte déjà à Barcelone, Dubaï et Melbourne.
    Photo: Sylvain Granier Le Piknic Électronik fait partie des trois premiers partenaires de Mishmash. L’événement s’exporte déjà à Barcelone, Dubaï et Melbourne.

    « Demain matin, le monde m’attend. » Ce pourrait être la chanson thème du nouveau collectif Mishmash. Et « l’union fait la force », son proverbe fétiche. Mishmash veut partager connaissances, expertises et carnets d’adresse pour faciliter l’exportation de spectacles et d’événements grand public made in Québec. Ce nouveau « collectif expérientiel » investit gros en culture et divertissement — 15 à 20 millions sur trois ans —, vise gros, et partout sur la planète.

     

    Polarisé par Alexandre Taillefer (XPND Capital), comptant déjà Groupe Piknik Électronik, Productions Opéra Concept MP et La Tribu parmi ses membres, Mishmash entend attirer d’autres créateurs en son sein. À cheval entre la mutuelle, la création collective et l’investissement privé, la structure est peut-être symptôme de l’arrivée de nouveaux mécanismes, plus collectifs, en culture.

     

    « On a vu trop d’entreprises d’ici extraordinaires, mais trop grandes pour être petites et trop petites pour être grandes. Je suis tanné de ces “ secrets bien gardés ” du Québec », a illustré Alexandre Taillefer au moment du lancement du collectif. « Exporter va faire reconnaître nos talents d’ici. »

     

    Les moyens de ses ambitions

     

    Pascal Lefebvre, de Piknik Électronik, résumait à sa manière : « Si on veut comme culture se développer à l’international, il faut se donner les moyens de ses ambitions. Sinon, on fait du surplace. » Un exemple concret de ce que fera Mishmash ? La première production sera Another Brick In The Wall — L’Opéra, ce « happening lyrique » préparé par Productions Opéra Concept MP, dont la première aura lieu en mars prochain. La licence du spectacle a été acquise par Mishmash, permettra de faire voyager le concept inspiré de l’album The Wall. Québécois, ce spectacle dont Roger Waters est la tête d’affiche ? Julien Bilodeau signe la composition lyrique, Dominic Champagne la mise en scène. Trois autres projets seraient en gestation.

     

    Ensemble, c’est tout

     

    Mishmash fera l’acquisition d’une part minoritaire (40 %) de ses membres, contre l’émulation d’un travail multi-cerveaux. Le double message lancé est clair. Au milieu culturel : la force du nombre serait maintenant nécessaire pour faire front aux géants que sont les concurrents internationaux. Et au milieu des affaires, Alexandre Taillefer entend apporter la preuve qu’il y a de l’argent à faire en culture pour les investisseurs privés. L’homme vise un chiffre d’affaires de 200 millions dans trois ans, « soit un cinquième de ce que fait le Cirque du Soleil. Si on ne fait pas ça, je vais être déçu », avance-t-il, la moue boudeuse.

     

    N’y a-t-il pas dans le concept danger de convergence artistique ? D’uniformisation de la création ? Taillefer : « L’État ici finance les arts à environ 85 %. Il faut développer davantage de revenus autonomes, et s’approprier une part du panier culturel. Sinon les gens, les spectateurs, vont aller la chercher à l’international. On préfère nourrir leurs cerveaux avec des talents d’ici. »

     

    Des arts tels la danse contemporaine ou les arts visuels pourront-ils faire partie de Mishmash ? « Pourquoi pas ? », mais le collectif spécifie qu’il portera des projets qui s’adressent au grand public, des projets pas pointus ni spécialisés. « Mais ce peut être des projets nichés : ce que fait Piknik Électronik, c’est niché, par exemple », précise le propriétaire de Taxi Diamond, de Téo Taxi, de Voir et président du conseil d’administration du Musée d’art contemporain de Montréal.

     

    Spectacles 2.0

     

    Mishmash intégrera-t-il la technologie, des projets numériques ? Les réponses, jeudi, différaient selon les têtes interrogées. Claude Léveillé, de La Tribu, qui en plus d’être producteur et diffuseur de spectacles est un grand propriétaire de salles de spectacle, disait aimer « être en live, vouloir provoquer le frisson, chercher la chaleur humaine » d’abord et avant tout. Alexandre Taillefer affirmait au contraire vouloir « saisir les occasions liées au numérique, surtout en distribution et diffusion ».

     

    Que gagne, par exemple, Groupe Piknik Électronik à s’intégrer à Mishmash, alors que le développement international est déjà entamé ? « C’est tough, l’international, indique le cofondateur et président Pascal Lefebvre, qui a fait voyager ces dernières années son concept de party musical électronique en plein jour et plein air à Barcelone, Dubaï et Melbourne, entre autres, et encore plus tough quand y’a pas d’argent dans le compte de banque. Ce n’est pas mon métier de développer à l’international ; je suis un producteur, et j’ai été obligé d’avoir deux cerveaux. Ça fait 14 ans que je suis au Piknik ; si on avait eu une proposition comme Mishmash à nos trois ans, c’est sûr qu’on serait ailleurs aujourd’hui. » Bien plus loin, laisse-t-il entendre.

     

    L’ambition et l’accès à l’international serait-elle la clé de la vivacité de la culture d’ici ? De sa survie, même ? Interrogés séparément, Alexandre Taillefer, Claude Léveillé et Pascal Lefebvre ont répondu de fermes « oui » à cette question.

     

    Accueil favorable

     

    Le Regroupement des événements majeurs internationaux, par la voix de son p-dg Martin Roy, a salué l’avènement de ce partenariat ouvert, et « tout particulièrement le rôle qu’entendent jouer XPND Capital et Alexandre Taillefer pour le développement de l’industrie événementielle. À l’instar de ce qui se passe dans le multimédia ou le jeu vidéo, on peut espérer que l’industrie événementielle montréalaise et québécoise se démarque internationalement ». Patrimoine canadien « salue cette initiative ainsi que toutes celles qui visent à faire rayonner les entreprises culturelles d’ici à l’international ».

     

    Pour le ministre de la Culture, Luc Fortin, « la culture québécoise rayonnera encore davantage suite à cette initiative, et je ne peux que me réjouir que nos créateurs rejoignent de nouveaux publics où ils pourront faire la démonstration de leur talent. Je salue également l’investissement privé de XPND Capital, qui démontre que le mécénat contribue lui aussi au développement de notre économie culturelle. »

     

     

     

    Les difficultés derrière les succès

     

    Le Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI) a voulu dans la foulée du lancement de Mishmash rappeler les difficultés, souvent occultées par l’apparence (et le réel succès) des grands rassemblements culturels.

     

    «Des événements comme Igloofest et le Piknic Électronik ont traditionnellement été négligés en termes de financement public, indiquait au Devoir le p-dg Martin Roy, notamment parce qu’ils sont arrivés plus récemment dans le paysage et qu’au moment de leur création la pression étaient déjà très forte sur les enveloppes existantes et, trop souvent, «fermées». Des solutions innovantes comme celle-ci, il en faut donc non seulement du côté du financement privé et des revenus dits autonomes, mais du côté du public, et à tous les niveaux de gouvernement. On a bon espoir d’y arriver prochainement à Québec. Encore cet été, des événements majeurs internationaux ont fracassé des records ici. Ces résultats cachent une autre réalité présente au sein du RÉMI: financement public moins présent, déficits nombreux et difficulté de renouvellement. Ceci, au moment où les membres veulent adopter des stratégies de croissance qui suivent la demande et contrecarreraient l’effet de la compétition internationale. Pour ça, il faut des moyens, il faut de l’argent.»


    Les difficultés derrière les succès Le Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI) a voulu dans la foulée du lancement de Mishmash rappeler les difficultés, souvent occultées par l’apparence (et le réel succès) des grands rassemblements culturels. « Des événements comme Igloofest et le Piknic Électronik ont traditionnellement été négligés en termes de financement public, indiquait au Devoir le p.-d.g. Martin Roy, notamment parce qu’ils sont arrivés plus récemment dans le paysage et qu’au moment de leur création, la pression était déjà très forte sur les enveloppes existantes et, trop souvent, “fermées”. Des solutions innovantes comme celle-ci, il en faut donc non seulement du côté du financement privé et des revenus dits autonomes, mais du côté du public, et à tous les niveaux de gouvernement. On a bon espoir d’y arriver prochainement à Québec. Encore cet été, des événements majeurs internationaux ont fracassé des records ici. Ces résultats cachent une autre réalité présente au sein du RÉMI : financement public moins présent, déficits nombreux et difficulté de renouvellement. Ceci, au moment où les membres veulent adopter des stratégies de croissance qui suivent la demande et contrecarreraient l’effet de la compétition internationale. Pour ça, il faut des moyens, il faut de l’argent. »












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