Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Archives

    Sursis pour la Médiathèque Gaëtan Dostie

    La collection a jusqu’en 2017 pour trouver un nouveau toit

    Le collectionneur d’objets de poésie Gaëtan Dostie dans le lieu que la Médiathèque devra libérer
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le collectionneur d’objets de poésie Gaëtan Dostie dans le lieu que la Médiathèque devra libérer

    Soupir de soulagement pour le collectionneur d’objets de poésie Gaëtan Dostie, fondateur de la Médiathèque littéraire qui porte son nom, et le collectif La Passe. La Commission scolaire de Montréal (CSDM) leur a accordé le droit d’occuper l’édifice montréalais du 1214, rue de la Montagne pour six mois supplémentaires. Et ce, à titre gracieux, jusqu’en mars 2017.

     

    Le délai reste court, très court encore pour trouver un nouveau lieu et organiser le déménagement de cette bibliothèque de quelque 50 000 imprimés, de cadres, de manuscrits (dont certains d’Octave Crémazie, de Gaston Miron, de Josée Yvon…), de photos, de livres (dont plusieurs premières éditions), de vidéos, et d’oeuvres d’art.

     

    Le sursis permet de résider d’octobre prochain à mars 2017, à condition que le bâtiment soit fermé au public à partir du 30 septembre. Car la belle et large maison patrimoniale du centre-ville, attenante à l’ancienne Académie Bourget, que les organismes occupaient contre un loyer symbolique depuis 2009 avec la bénédiction de la CSDM, doit être évacuée. De la moisissure au sous-sol met à mal la qualité de l’air, et la commission scolaire n’a pas les moyens de rénover ce bâtiment de 1914. La Médiathèque apprenait donc en juin dernier qu’elle devrait quitter les lieux avec la fin du mois de septembre. Mission impossible, étant donné le court laps de temps, l’ampleur du déménagement et les très maigres finances.

     

    Lieu privé

     

    Là où le bât blesse dans l’entente verbale prise jeudi dernier entre la CSDM et la Médiathèque, c’est que le levier financier de la Médiathèque et du « collectif de collectifs » La Passe, qui partage l’adresse depuis trois ans, se résume aux activités publiques. Soirées littéraires, concerts et rencontre faisaient vivre le lieu, mais permettaient aussi d’en payer les frais. Comment financer dès lors le déménagement ? Et le prochain loyer ?

     

    La question reste ouverte. Les deux organismes ont décidé de la résoudre, et d’affronter leur destin main dans la main. « Ensemble — et sans financement public ni accréditation institutionnelle —, les artisans de La Passe ont monté une librairie, une chambre noire, des ateliers de reliure et de typographie, des éditions, des expositions d’archives, accueilli des soirées littéraires et organisé plus de 200 concerts dans la dernière année », ont indiqué les porte-parole de La Passe dans une lettre ouverte envoyée au Devoir.

     

    Se regrouper

     

    « On a convenu, la Médiathèque et La Passe, de rester ensemble, indiquait la semaine dernière M. Dostie, secondé par Philippe Blouin et Manuel Mineau, du collectif. Notre idée est un peu délinquante, et se veut une résistance à une certaine neutralisation de la littérature et de son histoire. » L’idée d’un lieu intergénérationnel, où le patrimoine et les documents restent à portée de main et de lecture plutôt que perdus dans les méandres archivistiques traditionnels, est essentielle à leurs yeux. Mais ce côté libre et délinquant porte aussi sa contrainte : sans deniers publics, sans reconnaissances des gouvernements, à vivre d’arrangements et de loyer de fortune, il est dur de survivre à moyen terme. Ou de répondre à un imprévu, tel ce déménagement imposé.

     

    Montée amoureusement au fil du temps par Gaëtan Dostie, qui a travaillé aux éditions de L’Hexagone à l’époque de Miron, puis aux éditions Parti Pris, la collection ratisse large. On y trouve du meilleur et des pièces qui laissent perplexes ; de l’indispensable patrimonial et des retailles que seul un fan fini peut apprécier ; des artefacts bien conservés, d’autres en état douteux. Cette largesse est une des particularités de la collection, qui ne saurait entièrement trouver place au sein des archives nationales. « C’est l’unité qui fait la force de la collection, précisait de vive voix Gaëtan Dostie. La façon dont on traite les archives dans une communauté parle aussi de qui nous sommes, de notre rapport à l’histoire, » ajoutait-il, exaspéré d’être si seul face à ces difficultés.

     

    Des pourparlers se poursuivent entre la Médiathèque, La Passe et la CSDM. Pour assurer son avenir, la Médiathèque cherche aussi à intéresser un ou plusieurs  mécènes.

     

    « Le patrimoine n’est pas qu’une catégorie administrative ou un hobby d’historien : c’est l’hommage rendu par les vivants à ce qui les a créés. À La Passe, ces jeunes qu’on accuse d’être rivés sur leurs écrans se sont organisés pour faire vivre des pratiques artisanales qu’on dit vouées à disparaître. C’est ce qui nous rend sensibles à la cause des Forges de Montréal et de Kabane 77, ces espaces d’autonomie collective, qui, pour avoir pris en charge le patrimoine commun, se voient menacés d’être évincés sans plus de formalités. Quand bien même Montréal se veut une métropole culturelle dynamique et créative, elle s’acharne à éteindre toutes les initiatives venues d’ailleurs que des tablettes de ses cadres. À ce rythme, elle ne sera bientôt plus qu’un ramassis de condos et de centres d’entraînement de Pokémon Go.

     

    En ce qui nous concerne, la collection [de la Médiathèque littéraire Gaëtan] Dostie exige qu’on lui trouve un lieu approprié pour garantir son intégrité : un édifice patrimonial propre et accessible, avec un bail stable, non soumis aux impératifs du marché. Si ce n’est pas à la CSDM, pressurée qu’elle est par le contexte d’austérité, ce sera aux autorités publiques de lui reconnaître son statut d’importance nationale et de la sauver de la ruine.

     

    Nous qui tenons à la pellicule, aux caractères de plomb, au papier, à l’analogique ; nous qui préférons l’improvisation aux festivals préprogrammés ; nous qui n’avons pas besoin que la réalité soit virtuelle pour y tenir mordicus ; nous de La Passe, cette relève qu’on expulse, exigeons que respect et hommage soient rendus au patrimoine créatif — aux prédécesseurs de notre fougue. »













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.