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Juste pour... quoi?

La programmation de rue du festival de l'humour veut rendre compte des tendances mondiales d'un humour plus alternatif

Arturo Brachetti - Source: Festival Juste pour rire
Arturo Brachetti - Source: Festival Juste pour rire
Avec les années, les programmateurs de Juste pour rire ont développé une tendance à chercher des spectacles qui échappent aux catégories strictes, des spectacles incontournables mais qui ne sont pas nécessairement des spectacles d'humour dans le sens évident du terme.

Le Festival Juste pour rire a-t-il un problème d'image? Son nom même et son petit bonhomme vert dessiné par Vittorio font référence depuis 20 ans aux nombreux humoristes qui défilent sur la scène du Théâtre Saint-Denis à Montréal. Mais le festival a pris un virage majeur il y a cinq ans avec une programmation de rue qui veut rendre compte des tendances mondiales d'un humour plus alternatif.

Bref, le Festival Juste pour rire présente maintenant de multiples visages: festival d'humoristes en salle, développement d'une scène théâtrale, spectacles de rue axés sur la fête foraine. Et c'est sans parler du volet anglophone, qui a pris une telle expansion qu'il est devenu un autre festival en soi.

Signe des temps, l'ancien directeur du théâtre de Quat'Sous Pierre Bernard s'est joint au Festival il y a un an. «Dans ce festival, il y a un parti pris d'ouverture, d'élargissement des horizons», soutient-il.

La surprise et la joie

Pierre Bernard parle donc avec passion du Maria Pagés Flamenco, un grand spectacle de flamenco où la célèbre troupe sait danser non seulement au rythme des castagnettes mais aussi sur des pièces de blues et de rock. Ce spectacle est censé être un des moments forts de l'édition 2002 du festival.

Mais quel est le lien entre ce flamenco et Juste pour rire? «Il s'agit d'un événement exceptionnel, répond Pierre Bernard. Ce n'est pas obligé d'être absolument drôle. L'idée consiste plutôt à présenter quelque chose de tellement original qu'il faut absolument le voir, comme ce fut le cas avec le clown Slava et avec Arturo Brachetti. Nous cherchons des spectacles qui suscitent la surprise, la joie. La joie, c'est un état d'esprit, ce n'est pas nécessairement le gros rire.»

Le Festival Juste pour rire fête son 20e anniversaire cette année. Ils sont une vingtaine de personnes à parcourir le vaste monde pour faire du repérage artistique, un petit groupe auquel s'ajoutent une trentaine de collaborateurs dans différents pays, qui identifient les spectacles susceptibles d'intéresser le Festival (on inclut dans ce nombre les «repéreurs» de Just for Laughs).

Luce Rozon et Pierre Bernard sont deux de ces «repéreurs». La première est associée au Festival depuis treize ans et est directrice artistique du festival de rue. Le second est directeur artistique de certains spectacles en salle. Tous deux entendent développer dans les prochaines années un volet cabaret, volet illustré cette année par les Tiger Lillies, un trio musical mené par un chanteur à la voix de castrat, dans un spectacle provocateur issu de l'underground londonien.

Luce Rozon fait remarquer que, dans le domaine de l'humour, on ne connaissait, il y a vingt ans, que le stand up comic en Amérique. Au fil des ans, les formes d'humour se sont multipliées. Il y a cinq ans, Luce Rozon concluait que la présentation de stand up comic dans la rue était une voie sans issue. Le Festival a alors décidé de développer «la poésie dans la rue», raconte Pierre Bernard, d'explorer l'univers des fêtes foraines et des interventions urbaines en tout genre.

Rejoindre la multitude

Tenter de lire dans la programmation les grandes tendances mondiales de l'humour ou de l'art de rue est un exercice ardu puisque celle-ci est souvent liée aux états d'âme des programmateurs. «Il y a des années où je me sentais très provocante et où dans la rue c'était vraiment provocant, voire heavy, explique Luce Rozon. D'autres années je me sentais plus poétique. Cette année, je dirais que la programmation est plus festive.»

Dans cette optique, les deux programmateurs ont tendance à chercher des spectacles qui échappent aux catégories strictes, des spectacles incontournables mais qui ne sont pas des spectacles d'humour dans le sens où on l'entend habituellement, comme ceux des Tiger Lillies, du Maria Pagès Flamenco, mais aussi le Carmen de la Compagnie Off de France, une version de l'opéra Carmen présentée en plein air dans une arène où les spectateurs sont debout au centre alors que le spectacle se déroule en hauteur sur des échafaudages.

Les galas représentent toujours le coeur du festival. Coeur économique, mais aussi une véritable vitrine, soutient Luce Rozon. «Quand Slava a présenté ses numéros dans les galas, il a commencé à vendre des billets au rythme de 1000 par jour alors qu'auparavant il était inconnu», raconte-t-elle.

Pour cette 20e édition, on ne se privera pas de rendre hommage à tous les anciens animateurs de gala lors d'un grand gala spécial qui se tiendra le 11 juillet. Mais à côté des galas ou des spectacles solos, comme ceux de Laurent Gerra, de Franck Dubosc ou de Roland Magdane, on accentue le volet théâtral avec cette Irma la douce mise en scène par Denyse Filiatrault, version québécoise de la célèbre pièce londonienne Des roches dans les poches, ou encore avec le 5e Mondial de l'impro.

On entend également développer dans les prochaines années un volet consacré au clown et au mime. «Dans des festivals européens, j'ai vu de nouveaux clowns et de nouveaux mimes qui m'ont vraiment étonné, raconte Pierre Bernard. Dans le fond, nous nous demandons comment intégrer l'underground dans un grand festival populaire. C'est une préoccupation constante.»

L'ancien grand patron du Quat'Sous à Montréal, qui n'était jamais allé voir un gala du festival au Théâtre Saint-Denis avant l'année dernière, se dit «très impressionné» de pouvoir rejoindre tout à coup 1,5 million de personnes. «Mon but est de parler aux gens et de rejoindre la multitude, dit-il. Alors, de pouvoir le faire sans niveler par le bas, par exemple comme on l'a fait avec Arturo Brachetti, c'est vraiment bien.»
 
 
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