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    Politique culturelle du Québec

    De la gigue à l’usine: au-delà des symboles, il faut des actions

    L’église Saint-Gérard-Majella, à Saint-Jean-sur-Richelieu, qualifiée de «bijou d’architecture moderne», était condamnée à la démolition en 2015.
    Photo: Conseil du patrimoine religieux du Québec L’église Saint-Gérard-Majella, à Saint-Jean-sur-Richelieu, qualifiée de «bijou d’architecture moderne», était condamnée à la démolition en 2015.

    Nouvelles vocations pour les églises à surveiller, sites industriels à apprécier, traditions ancestrales à préserver : les enjeux reliés au patrimoine sont vastes. Et les mesures pour y répondre adéquatement, nombreuses. Les consultations publiques mises en place par le ministère de la Culture et des Communications (MCC) en vue du renouvellement de la politique culturelle du Québec ont déclenché une série d’appels à mieux penser la question du patrimoine.

     

    À travers les mémoires présentés en juin, et consultés par Le Devoir, une tendance se dessine : il faut valoriser davantage le patrimoine, le bâti comme l’immatériel, le religieux comme l’industriel. Malgré la Loi sur le patrimoine culturel, en vigueur depuis 2012, il y a encore beaucoup à améliorer, clament les différents groupes qui se sont prononcés lors du premier mois de consultations.

     

    Le mémoire d’Action patrimoine fait figure de consensus. Il statue ceci : « La protection et la valorisation du patrimoine bâti et des paysages culturels québécois doivent être envisagées dans une perspective intégrée d’aménagement du territoire. » Autrement dit, la question en est une d’intérêt national et nécessite la compréhension et la défense de tous, pas uniquement du MCC.

     

    On appelle à « une vision plus claire et cohérente » du patrimoine, à ce que celui-ci soit associé à des valeurs sociales et économiques et à ce qu’on définisse mieux les rôles et responsabilités. « Force est de constater, estime-t-on chez Action patrimoine, que nous sommes [soumis à] une gestion que l’on pourrait qualifier de “pompier”, c’est-à-dire de dernière minute et au cas par cas. »

     

    Le cas du vivant

    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La loi de 2012 a permis de désigner comme éléments du patrimoine immatériel des pratiques comme le chant de gorge inuit.
     

    Le Conseil québécois du patrimoine vivant (CQPV) et le Centre de valorisation du patrimoine vivant (CVPV), ou Ès Trad, réclament tous deux un changement d’attitude radical. Certes, la loi de 2012 a permis de désigner comme éléments du patrimoine immatériel des pratiques comme le chant de gorge inuit, le canot à glace sur le fleuve Saint-Laurent ou le fléché. Sauf que ce statut légal, différent de la citation ou du classement attribués à des immeubles ou des documents, n’est qu’un symbole.

     

    « Ce qui nous intéresse, confie Antoine Gauthier, directeur du CQPV, ce sont des plans de développement, pas juste des statuts. Les statuts envoient le message erroné que l’État s’occupe des traditions. »

     

    « La Loi sur le patrimoine culturel est l’exemple idéal d’une loi qui n’a pas les moyens de ses ambitions. Elle n’est assortie d’aucun véritable levier […]. Aucun plan d’action n’est prévu pour assurer la pérennité de la pratique culturelle », lit-on dans le mémoire d’Ès Trad.

     

    Les deux organismes souhaitent un meilleur accès aux subventions de l’État, déplorant notamment la disparition de certains fonds et le transfert d’autres vers les municipalités. La gestion locale n’offre aucune garantie, croit-on.

     

    « Le patrimoine vivant se retrouve devant un non-sens : on le protège par le biais d’une loi, mais on met de côté les organisations qui le font vivre depuis plus de trente ans. Assez pathétique », accuse-t-on du côté d’Ès Trad.

     

    Devant ce ton plutôt alarmiste, Antoine Gauthier précise qu’il n’est pas question d’annoncer la disparition d’activités ancestrales, mais de signaler leur absence dans l’espace public et dans les programmes d’éducation.

     

    « Le Québec, comparé à plusieurs pays ou régions du monde, fait piètre figure en matière [d’éducation], accuse le CQPV. Il est possible de passer plus de vingt ans sur les bancs d’un établissement public qui enseigne la musique sans être capable d’interpréter de façon probante un reel, une galope, une gigue […], voire sans être capable de reconnaître ces formes musicales. »

     

    Le cas industriel

     

    Sans une orientation claire de la part du MCC, la conservation d’usines, de manufactures et d’autres sites de ce type est difficile, estime pour sa part l’Association québécoise pour le patrimoine industriel (AQPI). Elle aussi dit craindre la décentralisation des mesures : « Le rapprochement avec les collectivités est essentiel, mais un transfert de responsabilités vers les municipalités nous inquiète. »

     

    Pour l’AQPI, la protection du patrimoine doit être « un principe fondamental » de la future politique culturelle. Celle-ci devra instaurer des mécanismes pour empêcher une démolition sans consultation, établir une aide financière destinée aux associations nationales et envisager le patrimoine industriel comme un moteur économique et touristique.

     

    « Nous pensons que l’avenir du patrimoine industriel est aussi en danger que le patrimoine religieux et qu’il devrait faire également l’objet d’un exercice particulier, avance l’AQPI. Il faut absolument reconnaître, protéger et valoriser la diversité patrimoniale. »

     

    Le cas religieux

     

    S’il y a un secteur patrimonial qui a bénéficié d’une meilleure attention depuis la première politique culturelle (1992), c’est bien celui du religieux. Devenu un « véritable enjeu de société », de l’avis du Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ), il a été soutenu par des investissements frôlant le demi-milliard de dollars. Or, selon cet organisme, il est urgent de revoir les stratégies.

     

    Il n’est plus question que de s’occuper d’édifices utilisés à des fins religieuses, comme il y a 20 ans. La protection du patrimoine religieux concerne désormais les presbytères, couvents et autres bâtiments connexes. Elle s’applique aussi aux cimetières, oeuvres d’art, vêtements, etc.

     

    « Depuis 2011, le CPRQ fait de la question de la désaffection des lieux de culte patrimoniaux un axe stratégique d’intervention. La conversion des édifices excédentaires s’impose désormais comme la voie d’avenir et une condition de conservation viable », lit-on dans le document de 12 pages.

    L’église Saint-Gérard-Majella, à Saint-Jean-sur-Richelieu, qualifiée de «bijou d’architecture moderne», était condamnée à la démolition en 2015. La loi de 2012 a permis de désigner comme éléments du patrimoine immatériel des pratiques comme le chant de gorge inuit.












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