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    Transformer l’horreur en art

    Le combat de l’Argentine Patricia Isasa est porté à l’opéra en première à Montréal

    Kristin Nordeval dans «The Trials of Patricia Isasa»
    Photo: Chants libres Kristin Nordeval dans «The Trials of Patricia Isasa»
    Opéra
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    Patricia Isasa avait 16 ans lorsqu’elle a été kidnappée par les forces de l’ordre, dans la petite ville de Santa Fé, en Argentine, torturée et violée, puis détenue pendant deux ans. Et elle en avait 50, en 2010, lorsqu’elle a finalement obtenu gain de cause devant les tribunaux, et obtenu la condamnation de six de ses tortionnaires, dont un juge fédéral, un maire et un haut placé du gouvernement.

     

    L’histoire a touché la compositrice et chanteuse américano-norvégienne Kristin Nordeval, qui en a fait un opéra : The Trials of Patricia Isasa. Sensible aux causes touchant les droits de la personne, Kristin Nordeval avait déjà fait un spectacle multimédia sur la torture et les droits fondamentaux lorsqu’elle est tombée sur une entrevue avec Patricia Isasa, qui venait de gagner une bataille juridique contre ceux qui l’avaient torturée, plus de trente ans plus tôt, au moment du coup d’État qui a secoué l’Argentine en 1976.

    Je n’ai jamais vraiment su pourquoi ils m’avaient relâchée, peut-être parce que j’étais très jeune
    Patricia Isasa
     

    « Je l’ai appelée tout de suite. Et je lui ai parlé au bout du fil », se souvient la compositrice et chanteuse. Six ans plus tard, Kristin Nordeval présente à Montréal, en première mondiale, au Monument-National, son opéra The Trials of Patricia Isasa, produit par la compagnie Chants libres.

     

    « C’est une histoire qui s’est conclue par une victoire, alors c’était plus positif que ce que j’avais traité auparavant comme sujet », dit-elle en entrevue, en marge de la répétition de l’opéra.

     

    Nouvel opéra cherche scène pour s’incarner

     

    Kristin Nordeval présente sa première ici parce que Montréal est l’un des seuls endroits où une compagnie, Chants libres en l’occurrence, présente de nouveaux opéras fraîchement écrits. « Il y a d’autres compagnies qui présentent des opéras de musique contemporaine, mais pas de nouvelles oeuvres », dit Kristin Nordeval.

     

    Le livret de l’opéra a été écrit par Naomi Wallace. Il raconte le combat de Patricia Isasa, de son enlèvement, de son emprisonnement et de sa torture durant deux ans, en 1976, jusqu’au procès qui lui a permis de faire incarcérer six de ses tortionnaires en 2010.

     

    Kristin Nordeval a utilisé huit pianos désaffectés, dont elle a trafiqué les pièces pour créer une trame sonore, qui rappelle les sons électriques et métalliques de la torture. « Moi qui travaille beaucoup avec l’électronique pour produire de la musique, ça me donne des frissons de penser que l’on se sert de l’électricité pour torturer », dit-elle. En guise d’étude pour ce projet, Kristin Nordeval a d’ailleurs présenté une exposition sur ces pianos. « C’était une étude en prévision de l’opéra », dit-elle.

    Photo: Chants libres Patricia Isasa
     

    Sur scène, Kristin Nordeval sera accompagnée de la chanteuse colorature québécoise Rebecca Woodmass, qui incarnera la jeune Patricia Isasa, tandis que Kristin interprète Patricia Isasa adulte. Trois autres solistes incarneront différentes personnes qui ont participé à la torture de Patricia Isasa, et l’ensemble Ko assurera le choeur de 20 chanteurs.

     

    Le tout se déroulera sous la direction de Christian Gort, d’origine argentine, dont les parents ont fui la dictature. Cinq musiciens sont argentins, dont le bandéoniste très connu Daniel Binelli. Kristin Nordeval s’est librement inspirée du tango pour écrire la musique. Le tout se déroule sous la direction artistique de Pauline Vaillancourt.

     

    « C’est Pauline Vaillancourt qui a fait en sorte que je suis retournée à la composition », raconte Kristin Nordeval, qui a visité Montréal à l’occasion d’un événement autour de l’opéra organisé par Pauline Vaillancourt en 1999.

     

    Au nom de tous les disparus
     

    Patricia Isasa sera également à Montréal pour la présentation de l’opéra. « C’est intéressant de voir une histoire d’horreur se transformer en art et en beauté », dit, au sujet de l’opéra racontant son histoire, Patricia Isasa, jointe au téléphone à Buenos Aires, où elle vit toujours.

     

    Aujourd’hui architecte, Isasa consacre son énergie à lutter contre l’école du crime, comme on appelle l’école militaire des Amériques, située en Géorgie, aux États-Unis. On y forme, dit-elle, des militaires à la torture. « Dans les années 1960 et 1970, cette école était au Panama », dit-elle. Plusieurs pays, dont l’Argentine, refusent désormais d’envoyer des militaires étudier à cette école.

     

    Patricia Isasa considère qu’elle fait partie des 2 % de disparus qui ont survécu à leur kidnapping par la junte militaire des années 1970. « Je n’ai jamais vraiment su pourquoi ils m’avaient relâchée, peut-être parce que j’étais très jeune. Peut-être parce qu’il fallait que certains d’entre nous retournent pour faire peur aux autres », dit-elle.

     

    Aujourd’hui, elle dit militer non seulement au nom de tous les disparus de l’Argentine, mais aussi des centaines de milliers de personnes qui ont disparu aux mains des gouvernements de dictature en Amérique latine. « Il y a eu 200 000 disparus au Guatemala, 200 000 au Pérou, 50 000 au Salvador, 30 000 en Argentine. C’est très important de faire de l’éducation, et de discuter de quelle sorte de milice nous voulons. »

    The Trials of Patricia Isasa
    Au Monument-National les 19, 20 et 21 mai












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