Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Le ventre d’Haïti en images

    Grottes, galeries, tunnels composent un fabuleux patrimoine souterrain à découvrir à la Tohu

    18 mars 2016 | Hélène Clément - Collaboratrice | Actualités culturelles
    Les yeux bleus de Marie-Jeanne
    Photo: Jean-François Fabriol Les yeux bleus de Marie-Jeanne

    La Tohu présente Grottes d’Haïti, entre imaginaires et réalités, une intéressante exposition qui met en lumière toute la beauté d’un univers souterrain méconnu du grand public. Elle témoigne aussi de l’importance des richesses géologiques dans la culture et l’histoire du pays depuis ses débuts.


    Ici, pas besoin de casque ni de lampe frontale. C’est à travers une série de photographies grandioses, de contenus multimédias et d’informations historiques, culturelles, géologiques et archéologiques que le visiteur découvre le magnifique patrimoine souterrain d’Haïti.

     

    « Un étonnant continent calcite, avec des centaines de kilomètres carrés de grottes, de galeries, de tunnels…, atteste Stéphanie Jagou, cocommissaire de l’exposition et spécialiste en développement durable. Nous souhaitons mettre en lumière une richesse naturelle méconnue de la population. Haïti n’est pas que malheur, le pays possède de jolis atouts dont il faut parler. »

     

    Grottes d’Haïti, entre imaginaires et réalités, d’abord présentée à Paris en janvier 2015, puis en Martinique en décembre dernier, mérite tous les détours. Surtout si l’on est amateur de spéléologie, de photo, d’histoire, et sensible aux problématiques que rencontre ce pays.

     

    Via un parcours libre ponctué de 46 panneaux, le visiteur pénètre dans les profondeurs de belles grottes de six départements haïtiens, l’entraînant du coup dans un voyage historique et fantaisiste.

     

    Ancrées depuis des lunes dans l’imaginaire haïtien, ces grottes ont joué un rôle essentiel tant chez les populations précolombiennes qu’en période de marronnage et lors de la révolution haïtienne. Aujourd’hui, plusieurs d’entre elles servent de lieu d’accueil de cérémonies vaudou.

     

    Une vue d’ensemble

     

    « Cette exposition permet d’avoir une vue d’ensemble de l’impressionnante taille des cavités de certaines grottes, précise Stéphanie Jagou. Comme le gouffre de Séjourné, dans la Vallée-de-Jacmel, avec ses130 mètres de long et 167 mètres de profondeur. Un spectaculaire travail de l’eau, des bijoux de roches dont les couleurs dépendent des minéraux. »

     

    Des textes littéraires contribuant à nourrir l’imaginaire accompagnent les panneaux. Comme ceux du moine catalan Fray Ramon Pané, qui a vécu avec les Taïnos, de l’historiographe Médéric Louis Elie Moreau de Saint-Mery, de Sémexant Rouzier, du poète contemporain Clotaire Saint-Natus, d’Antoine Salgado, auteur de Hauts lieux sacrés dans le sous-sol d’Haïti…

     

    Des cathédrales naturelles

     

    Si la beauté de ces cathédrales naturelles est mythifiée dans la littérature depuis l’époque où les indiens Tainos peuplaient l’île, il n’existait, avant ce projet, aucune photographie des lieux. Grottes d’Haïti est le fruit de cinq ans de recherche effectuées par les spéléologues et photographes français Olivier Testa, Jean-François Fabriol et Carole Devillers, sous le patronage de la Commission nationale haïtienne de spéléologie, en collaboration avec l’UNESCO.

     

    « Depuis le début de ce programme de valorisation du patrimoine souterrain, en 2009, nous avons inventorié plus de 200 grottes. Mais seule une vingtaine d’entre elles présente un intérêt esthétique, estime Olivier Testa. Parmi les plus belles : la Marie-Jeanne, située à Port-à-Piment, au sud-ouest de l’île. C’est la plus longue grotte d’Haïti connue à ce jour : quatre kilomètres de galeries étagées sur trois niveaux. Elle se visite accompagné d’un guide local.

     

    « Y vit une colonie de 50 000 chauves-souris qui déversent chaque jour des kilos et des kilos de guano. Et dans ce guano, on va trouver des araignées, comme cette mygale orangée avec des reflets violets et des poils, l’une des plus grosses au monde. Puis des serpents et des petits scorpions, une faune tropicale parfois un peu effrayante, mais sans danger. »

     

    L’exposition présente aussi la très jolie grotte Bellony, située à 45 minutes de Pestel, à l’ouest de Port-au-Prince ; la grotte Kounoubwa, un lieu de pèlerinage à 30 minutes de Camp Perrin, dans le sud-ouest ; les grottes Marie Za et le Trou Princeton à Mare Rouge, à 45 minutes du Môle-Saint-Nicolas. Toutes ces grottes demeurées rustiques se visitent accompagné d’un guide.

     

    Mais ici, pas de risque de casser un brin de stalactite ou de stalagmite qui prend des milliers d’années à se former.

     

    D’ailleurs, si l’exposition vise à faire découvrir le monde des grottes en Haïti, elle veut aussi souligner la nécessité de protéger ce beau travail d’orfèvrerie de la nature.

     

    « Ce grand projet en est un de valorisation, mais également de protection du patrimoine souterrain dans la perspective d’un développement durable des régions rurales, explique Stéphanie Jagou. L’énorme potentiel écotouristique en Haïti ne devrait pas être ignoré. »

     

    Il est recommandé aux visiteurs de se munir de leur téléphone intelligent ou d’une tablette pour accéder aux suppléments multimédias (contes, jeu, extraits de livres…) par un code-barres QR.


    Grottes d’Haïti, entre imaginaires et réalités, du 23 mars au 8 mai à la Tohu de Montréal.

    Les yeux bleus de Marie-Jeanne Le trou Princeton La grotte Marie Louise Boumba La grotte Bellony ou grotte des Trois Cheminées L'entrée de la grotte Marie-Jeanne Une cathédrale souterraine dans la grotte Marie-Jeanne, à Port-à-Piment, au sud-ouest de l’île












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.