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    Elles chantent aussi

    Des femmes dans les affaires, il y en a bien davantage qu’avant, même si le champ réclame plus de semailles dans le sillon des dames. Ce n’était pas tant l’envie d’en voir réunies plus de 50 qui m’a fait accourir lundi soir au Centre CDP, place Jean-Paul-Riopelle, mais celle de les entendre chanter. La culture d’entreprise au féminin peut flirter avec fantaisie. À preuve !

     

    Curieuse donc devant la chorale Du fond du choeur pour son concert de Noël : 52 femmes d’affaires sur scène avec quinze de leurs enfants et cinq jeunes patients de Sainte-Justine, entonnant cantiques et chants du temps des fêtes. Fallait voir.

     

    Les grincheux me diront qu’on s’enfarge dans les chorales de Noël, avec ou sans neige. Pour un mois encore, c’est reparti côté Jingle Bells à pleines églises et à pleines rues.

     

    Allez, c’est souvent bien joli ! Émouvant aussi, qu’on leur répond.

     

    Elles étaient belles et chics, de noir vêtues, ces Amazones-là, les enfants tout autant. Gregory Charles animait la soirée où se succédaient également des artistes invités : Annie Villeneuve, Lynda Thalie, France D’Amour, David Thibault, etc.

     

    La chanteuse Judith Bérard dirigeait le concert comme elle le fit pour l’album de Noël Au fond du choeur. Le projet Femmes de tête, femmes de choeur, par l’intermédiaire de deux fondations du CHU Sainte-Justine, en est un de collecte de fonds. Déjà 165 000 $ lundi soir ; la campagne se poursuit sur le site Web.

     

    La saison de Noël est celle des bonnes actions. On a la générosité épisodique, collée à une fête religieuse, puis basta ! Mieux vaudrait ouvrir le jeu et sa bourse douze mois durant.

     

    Je sais, mais c’est bien pour dire… Dans ce concert-là, j’aimais surtout les voix qui sonnaient faux. Minoritaires, quoiqu’audibles. Ça me plaisait de voir des femmes de carrière, fières battantes au bureau, sortir à ce point de leur « zone de confort ».

     

    Sur la note ou pas, toutes semblaient admettre par leur présence qu’il existe des enjeux supérieurs à la performance : l’engagement, par exemple. D’ailleurs, elles s’en tiraient bien, côté vocal, dans l’ensemble. Faut pas croire.

     

    Cris d’espoir et mises en garde

     

    On les a écoutées s’enfiler Christmas Carol, Sainte nuit, Il est né le divin enfant et bien d’autres. Ajoutez un Blue Christmas, avec David Thibault, 23 décembre, de Beau Dommage, Happy Xmas (War is Over), de John Lennon et Yoko Ono, qui résonnait comme un cri d’espoir et une mise en garde en nos temps troublés : « The world is so wrong… » L’assemblée entrait dans le choeur parfois.

     

    C’était la première fois que ces dames chantaient toutes ensemble. Pour l’enregistrement de l’album de Noël, à cause des horaires chargés, des studios mobiles avaient été improvisés dans les bureaux de l’une ou de l’autre, captant les voix séparément. Même les répétitions devaient se faire par petits groupes, faute de disponibilité générale.

     

    Annie Lemieux, présidente d’une entreprise de gestion immobilière, et Judith Bérard ont lancé l’affaire : deux amies d’enfance dans leur berceau de Brossard, réunies après 30 ans de séparation. Elles avaient formé l’an dernier une plus petite chorale. Catherine Sévigny, qui dirige la Fondation Mélio du CHU Sainte-Justine, et Maud Cohen, celle de Sainte-Justine au complet, les avaient entraînées du côté des soins aux enfants.

     

    Le groupe s’est constitué de façon informelle, par réseaux de filles connectés à d’autres réseaux de filles, sans passer par une association de femmes d’affaires, tous univers unis : les banques, la publicité, les grands syndicats, les multinationales, etc. L’argent récolté va à l’achat d’équipements de pointe comme à l’humanisation des soins : zoothérapie, art-thérapie, musicothérapie, etc.

     

    Thérapie par le chant, cette chorale ? Ça sonnait parfois ainsi au concert de lundi. Les voix justes tirent les autres vers le haut, paraît-il. Pas toujours, en fait. On s’en félicite. La perfection sied aux harmonies professionnelles, qui nous bercent ou nous bousculent avec leur art.

     

    Ailleurs, c’est plus émouvant, plus humain quand ça fausse un peu, ou même beaucoup.

     

    Fausser de tout coeur

     

    Je m’étais passé les mêmes réflexions devant les délégués québécois à Paris — Justin Trudeau et conjointe inclus — vus dimanche à la télé. Ils se recueillaient avec François Hollande devant le Bataclan recouvert de fleurs, avant le sommet sur l’environnement. Pour mieux lui offrir leurs condoléances après les attentats du 13 novembre, le groupe s’est mis à chanter tout croche Quand les hommes vivront d’amour, de Raymond Lévesque.

     

    Le président français écoutait peut-être cette chanson québécoise pour la première fois, mais entendre les « cousins d’Amérique » fredonner de concert pareilles paroles d’espoir et de désespoir, les voix cassées sur « Mais nous nous serons morts, mon frère », a dû lui faire chaud au coeur.

     

    Gageons qu’il la connaît par coeur, maintenant.













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