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    «Exploitez-nous!»

    Les bibliothèques publiques lancent un cri du coeur aux municipalités

    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

    « Exploitez-nous ! » S’il n’y a qu’un message que les bibliothèques du Québec voudraient faire passer à leurs villes et municipalités, c’est celui porté par Stéphane Legault, président de l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ). « Exploitez-nous de manière efficace ! Surtout dans le contexte économique que l’on connaît. Quand on sait que pour chaque point de littératie gagné, le PIB du Québec augmente de 1,5 %, c’est un super bon investissement, une bibliothèque ! »

     

    À l’aube de 17e Semaine des bibliothèques publiques, les beaux discours cèdent la place à une prise de parole plus politique. « Notre préoccupation cette année, c’est la reconnaissance de l’entièreté du rôle des bibliothèques par les différentes municipalités. Un rôle qui est présentement vu de manière vraiment variable, vraiment inégale d’une ville à l’autre », indique M. Legault, qui parle au nom des bibliothèques autonomes des villes de 5000 habitants et plus. Si l’axe culturel est spontanément associé aux bibliothèques, les trois autres piliers tels que nommés dans la définition de l’UNESCO restent ignorés, parfois même empêchés. « Tout ce qui est éducation et accès à l’information n’est pratiquement pas reconnu ici comme une de nos missions. Et l’alphabétisation, pas du tout. C’est malheureux dans une province dont 49 % de la population est analphabète. »

     

    Le résultat de ce manque de compréhension ? Des bibliothèques inégales. « C’est carrément n’importe quoi tellement c’est développé de manière disparate, déplore Stéphane Legault, lui-même formé en sciences de l’information. On a tous des livres, mais c’est à peu près le seul point commun. Il y a des villes qui ont un petit nombre de livres par habitant, d’autres qui en ont beaucoup ; certaines font de l’élagage régulier, d’autres jamais ; du côté des directions, certaines comptent des bibliothécaires et des techniciens en documentation, d’autres s’appuient seulement sur des bénévoles. Il n’y a aucun encadrement à ce niveau. »

     

    Ce manque d’harmonie, et donc de cohésion, peut être attribué au fait que le Québec est la seule province du Canada à ne pas s’être dotée d’une loi qui encadre ses bibliothèques, la dernière ayant été abolie en 1990. « La loi la plus intéressante pour nous pourrait ressembler à celle de la Finlande, qui a un système un peu comme le nôtre : chaque bibliothèque continue à relever de la Ville, mais la législation est assez serrée, avec des normes fixes et claires, pour que les villes ne soient pas laissées à elles-mêmes, qu’elles relèvent du gouvernement, et ne fassent pas n’importe quoi. »

     

    Ailleurs au Canada, poursuit le porte-parole, la plupart des bibliothèques relèvent d’un conseil d’administration, constitué d’un élu et de citoyens. « C’est important que la bibliothèque ait cette voix citoyenne, afin qu’elle puisse être vraiment vivante », poursuit Stéphane Legault.

     

    Mise en commun

     

    Qu’est-ce que nos bibliothèques gagneraient à être uniformisées ? « Un service plus professionnel. Plus de partenariats. Une meilleure vision globale. Des possibilités de projets communs entre bibliothèques, des projets qui échapperaient aux rivalités municipales. » Et, pourquoi pas ?, une carte unique pour toute la province, comme on en trouve ailleurs au Canada. « Pourquoi ne pas mettre tout en commun ? » Le centre de généalogie d’une bibliothèque et les visites d’auteurs de sa voisine pourraient profiter aux abonnés des deux lieux, par exemple.

     

    « En 1998, quand le ministère de la Culture a rendu publique sa Politique de la lecture et du livre, cette notion de bibliothèque-ressource a été mise de l’avant. Mais ça ne s’est jamais réalisé. On a essayé aussi, dans le livre blanc sur l’avenir des municipalités du Québec, de se faire respecter comme institution, que dans la charte des municipalités la bibliothèque soit nommée directement, reconnue avec sa mission particulière. Ça a été refusé. »

     

    Ce qui n’empêche pas certaines bibliothèques de faire des miracles. Parmi celles qui se démarquent, le président de l’ABPQ nomme Montréal, qui participe à la francisation et à l’accueil des immigrants. Repentigny, avec ses programmes qui « emmènent » la bibliothèque à l’école et les élèves à la bibliothèque, ou ses pochettes d’information pensées pour les aidants naturels, rassemblant en paquets tous prêts de l’information sur le Parkinson ou la maladie d’Alzheimer. Entre autres. Mais sans loi, rien n’a empêché en 2010 la Ville de Brownsburg-Chatam de cesser complètement l’achat de livres neufs, par résolution du conseil municipal. Et rien ne l’empêchera.

     

    « Une société forte et une économie puissante reposent sur une population “apprenante”, capable de lire, d’écrire, d’interpréter un texte, renchérit Stéphane Legault. La population en bibliothèque continue à augmenter, et c’est une institution qui peut aller chercher toutes les tranches d’âge, tous les types de personnes. On veut travailler aussi en littératie — qu’elle soit scientifique, économique, médiatique, ou en alphabétisation. Tout ça a un impact sur le citoyen. Je trouve qu’on n’a pas les moyens de ne pas aller de l’avant. Exploitez-nous ! » répète-t-il.

    17e Semaine des bibliothèques publiques
    Du 17 au 24 octobre prochain












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