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    Exposition

    La banlieue, sans gêne

    24 août 2015 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Actualités culturelles
    Détail de l’exposition «Banlieue! Ordre et désordre»
    Photo: Guy L’Heureux Détail de l’exposition «Banlieue! Ordre et désordre»

    OBV. Sous cet acronyme se terre un jeune artiste, qui n’a pourtant pas froid aux yeux : il est banlieusard et ne s’en cache pas. Et pour lui, la banlieue se vit… à pied.

     

    OBV n’est pas Lavallois, mais Charlesbourgeois. Son rapport à sa ville natale, aujourd’hui arrondissement de Québec, se mesure en enjambées. Son Atlas subjectif de Charlesbourg, un cahier qui schématise les allées et venues de son enfance, fait partie de l’exposition Banlieue ! Ordre et désordre, à la Maison des arts de Laval.

     

    L’exposition rassemble le travail de 24 artistes, collectifs et écrivains. Ils invitent à voir la banlieue (pas seulement Laval) sous différents angles, de son urbanisation à son implosion, où les héros et défis ne manquent pas.

     

    Le sujet se discute de plus en plus, comme en témoigne le dossier « Suburbia. L’Amérique des banlieues » de la revue Figura, lancé en complément à Ordre et désordre. Après plus d’un demi-siècle de cités périphériques, la mise au point s’impose.

     

    Faire tomber les préjugés

     

    Le concept de la banlieue, stigmate de l’American Dream, est apparu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le rêve d’une vie rangée et confortable s’est depuis érodé, cible des clichés faisant de la banlieue une ville-dortoir. Monotone, artificielle, bastion de l’automobile… Parmi les pires images, il y a aussi celle du « far west » violent (la ville de Jacques-Cartier des années 1960, annexée depuis à Longueuil) ou destructeur du paysage (quartier DIX30).

     

    C’est pour affronter la tonne de clichés qu’est née Ordre et désordre, programmée dans le cadre du 50e anniversaire de Laval. Elle est une sorte de « coming out », par lesquels les artistes se clament banlieusards. Des étudiants se prononcent aussi : le poète et professeur du Collège Montmorency Hector Ruiz (Gestes domestiques) leur a laissé la parole.

     

    « On met l’accent sur la subjectivité, on fait tomber des préjugés », dit-il au sujet du cours Littérature et communication qu’il dirige depuis 2007, axé pour l’occasion sur « la prise de conscience ». « Les étudiants devaient parler de leur rapport avec la banlieue. J’ai été touché qu’ils l’associent à de beaux souvenirs d’enfance. »

     

    Le professeur, montréalais, a noté une grande diversité dans la manière dont les jeunes perçoivent Laval. Parmi les tendances décelées, il y a ceux qui voient un atout dans la proximité du plein air, et ceux, plus critiques, qui n’attendent que l’âge universitaire pour décamper.

     

    Un non-lieu

     

    Pour le romancier Michael Delisle (Le feu de mon père), dont les récits se déroulent à Jacques-Cartier, la banlieue se définit comme un non-lieu, où l’on s’oriente selon ce qui se trouve au-delà de ses limites.

     

    « Entre [la ville et la nature], il y a une zone appelée banlieue. Comme un fluide interstitiel entre deux organes. Un point d’arrêt entre la montée et la descente. Un temps dans la respiration où rien n’entre, rien ne sort », écrit-il dans Figura.

     

    Un vide. OBV ne le nie pas. Celui qui est devenu un grand marcheur, au point qu’il projette des voyages pédestres, apprécie ce mode de vie, parce qu’il lui donne une impression de liberté. « L’important n’est pas la destination, mais ce qu’il y a entre un point A et un point B », dit-il. S’il reconnaît qu’à Charlesbourg il est seul de sa « gang », il note que les urbains sont les premiers à refuser de marcher pendant 30 minutes. « La marche est une solution pour apprécier la [vaste étendue] d’une banlieue », estime celui qui vient d’emménager dans le Vieux-Québec.

     

    Stephan Hillerbrand et Mary Magsamen considèrent aussi la banlieue comme un espace de liberté. Ces anciens New-Yorkais, qui forment le collectif Hillerbrand + Magsamen, ainsi qu’une famille de la banlieue de Houston, au Texas, exposent à Laval Whole, une vidéo dans laquelle ils défoncent les murs de leur bungalow.

     

    « Nous avons la liberté et les moyens de faire ce que l’on veut. Nous avons plus de temps, espace et énergie, et même plus de possibilités, qu’à New York, expliquent-ils par courriel. [Whole] permet de voir ce qui signifie échapper à la vie quotidienne tout en l’acceptant avec humour. »

     

    À pied ou à la tronçonneuse, entre ordre et désordre, la vie en banlieue ouvre, selon ces artistes et écrivains, plus d’horizons qu’on ne le croit.

    Banlieue ! Ordre et désordre
    À la Maison des arts de Laval, jusqu’au 30 août.












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