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    Inquiétude pour le patrimoine de L’Estérel

    La municipalité retire à un complexe des années 1930 sa citation historique

    Le centre commercial du Domaine-de-l’Estérel
    Photo: Sylvain Lizotte © Ministère de la Culture et des Communications Le centre commercial du Domaine-de-l’Estérel

    La santé d’un joyau de l’architecture moderne dans les Laurentides, classé immeuble patrimonial par Québec, suscite de grandes inquiétudes.

     

    Le centre commercial du Domaine-de-l’Estérel, situé dans la municipalité de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, est à l’abandon depuis plus d’un an. Voilà qu’en juillet le conseil municipal a voté le retrait de sa propre citation de bien patrimonial, un statut complémentaire au classement dicté par le ministère de la Culture et des Communications (MCC). Cette décision survient alors que le propriétaire actuel, HBO Construction, souhaite y développer des condos.

     

    Le mauvais état de l’édifice, reconnaissable pour ses étages en demi-cercle, n’est pas nouveau. Déjà en 2012, une firme d’ingénieurs suggérait sa totale destruction. La crainte d’en arriver là est réelle, selon la Société d’histoire de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson et d’Estérel (SHSME).

     

    « On désapprouve [la décision du conseil municipal]. Elle donnera plus de marge de manoeuvre au projet de condos », estime André Émond, président de la SHSME.

     

    Érigé vers 1937, à l’initiative du baron Louis Empain et sur les plans de l’architecte Antoine Courtens, deux Belges, le bâtiment en béton est considéré comme le premier centre commercial au Canada. Il fait partie d’un vaste complexe, incluant des chalets en bois rond, mais il constitue la dernière trace de ceux en béton.

     

    À l’origine doté de restos et d’un cinéma, l’édifice a eu plusieurs fonctions. Avec le temps, il est devenu un centre culturel et communautaire et a abrité l’hôtel de ville. C’est le déménagement de celui-ci, en avril 2014, qui l’a laissé à l’abandon.

     

    Les choses se sont bousculées en 2013. Pendant que la Ville cherchait à vendre l’édifice, Québec a émis un avis pour le classer dans le patrimoine, statut réclamé déjà en 2005 par la SHSME. Quelques jours avant les élections de novembre 2013, HBO l’a acquis pour 100 000 $, alors que le terrain avait été évalué à 800 000 $ l’année précédente.

     

    L’actuel maire, Gilles Boucher, avait fait campagne sur la question du patrimoine. Comme promis, il a donné à l’édifice la citation, devançant la classification provinciale. Cette dernière vise l’enveloppe extérieure et certaines parties intérieures, dont un escalier et un restaurant-cabaret. La citation municipale couvrait d’autres secteurs, notamment l’arrière du bâtiment et l’ancien stationnement intérieur en voûte.

     

    La Ville a cherché à racheter le bâtiment de 80 ans, sans succès. Puis HBO a menacé la municipalité de poursuites judiciaires, arguant qu’il ne pouvait développer son projet. Enjeu subséquent : l’accès à la plage, fermée cet été pour une deuxième année de suite.

     

    En juin, l’administration municipale a annoncé, en consultations publiques, sa volonté de retirer la citation historique. « La Ville souhaite arrêter rapidement la dégradation [du site], qui pourrait le rendre irrécupérable à court et moyen terme », lit-on dans les intentions présentées à la population.

     

    Le conseil municipal est arrivé à la conclusion que l’abrogation de la citation serait un moindre mal : elle permettra à HBO de s’occuper de sa propriété, en supposant que Québec veillera à sa conservation.

     

    France Vanlaethem, présidente de Docomomo Québec, organisme voué à la défense de l’architecture moderne, est d’avis qu’un deuxième hiver inoccupé pourrait être fatal. « Le retrait de la citation n’est pas le plus grave, constate-t-elle. Le problème, c’est l’avenir du bâtiment. Qu’est-ce que le propriétaire veut faire ? On a la protection principale [le classement]. Là, il faut sortir de l’impasse. »

     

    Le MCC a aussi accordé au bâtiment une aire de protection qui vise à contrôler les constructions et démolitions autour du site.













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