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    La culture en région sous le seuil de viabilité

    8 juillet 2015 |Texte collectif* | Actualités culturelles

    Depuis près de 40 ans, les conseils régionaux de la culture (CRC) informent et conseillent les acteurs clés du développement régional en matière d’art et de culture. En vertu de leur mission, les CRC s’engagent envers leurs membres à défendre les intérêts supérieurs de la culture, à faire reconnaître la pratique artistique professionnelle et l’importance de la culture dans le développement régional. Le Réseau des conseils régionaux de la culture (RCRCQ) joint sa voix à celle du Conseil montérégien de la culture et des communications (CMCC) pour dresser le portrait des effets collatéraux des divers remaniements régionaux sur la vitalité du secteur artistique et culturel.

     

    Porté par la volonté d’assainir les finances publiques, le gouvernement a mis en branle de grands changements en matière de gouvernance régionale avec l’abolition des conférences régionales des élus (CRE) et le transfert de leurs responsabilités aux municipalités régionales de comté (MRC). Également, l’abolition des forumsjeunesse, la réorganisation des services de développement économique, le resserrement des mandats d’organismes de services et autres remaniements de structures dessinent à grands traits une approche différente du développement régional.

     

    Les changements en cours entraînent des pertes importantes, notamment dans le cadre des ententes régionalisées en culture avec le ministère de la Culture et des Communications (MCC) et celles avec le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). En Montérégie, l’abandon partiel ou total de ces ententes représente, pour l’année 2014-2015, une perte de 486 000 $. Puisque ces ententes s’étendaient sur un horizon de trois ans, soit jusqu’en 2017, ce sont 1 675 000 $ qui ont, en fait, disparu, et avec eux des programmes issus de la concertation qui permettaient une distribution territoriale équitable des fonds publics.

     

    Situation préoccupante

     

    Or, ces investissements permettaient aux promoteurs culturels régionaux, non seulement de boucler leur budget, mais également de convaincre d’autres partenaires d’investir à leur tour dans leurs projets. Bien que le MCC de même que le CALQ maintiennent leur volonté de conclure des ententes régionalisées, le CMCC et le RCRCQ s’inquiètent de la capacité des MRC à développer des programmes régionaux concertés qui favoriseront l’équité en matière d’accès et de développement culturel pour l’ensemble des habitants, tant ceux des milieux urbains que ruraux. La concertation entre partenaires régionaux de tous horizons, portée par les CRE depuis plus de 10 ans, est également un enjeu de taille pour l’amélioration des conditions de pratique des artistes et des organismes culturels.

     

    De plus, les services culturels de proximité souffrent de la révision à la baisse des budgets municipaux. Déjà, en Montérégie, trois MRC ont choisi d’abolir ou de suspendre les postes d’agents de développement culturel. Une situation des plus préoccupantes quand l’on considère les efforts déployés au cours des dernières années et leurs impacts positifs sur la vitalité des municipalités culturellement engagées.

     

    Les alliés naturels des arts et de la culture sont également touchés par la réorganisation des structures et autres compressions budgétaires. Le milieu de l’éducation, pour ne nommer que celui-là, en est un bon exemple. À la diminution de la capacité d’action des écoles et des commissions scolaires s’ajoute une préoccupante rumeur de boycottage des sorties scolaires dès l’automne. On imagine facilement le désastre qui s’annonce pour de nombreux artistes et organismes culturels, musées, centres d’exposition, producteurs et diffuseurs dont l’offre s’adresse directement à la clientèle scolaire.

     

    Coupes de 2,5 millions au CALQ

     

    Par ailleurs, à l’échelle nationale, le CALQ vient de subir des compressions de l’ordre de 2,5 millions, ce qui ne sera pas sans pénaliser les artistes et les organismes de création, en Montérégie comme partout ailleurs au Québec. Il est important de rappeler que peu d’artistes et d’organismes ont accès au soutien de l’État, qu’il soit récurrent ou ponctuel. Faut-il également rappeler que les ministères et sociétés d’État ont dû procéder à des resserrements draconiens dans l’attribution de commandites et de placements publicitaires ? Plusieurs médias communautaires, événements et organismes culturels en subissent les contrecoups.

     

    Puis, tous les organismes de regroupements qui viennent en aide au milieu culturel ont subi des coupes. Les CRC ont vu leur budget de fonctionnement amputé de 15 %, ce qui limite leur capacité d’action : perte d’expertise, équipes réduites, diminution des services…

     

    Ces nombreux constats démontrent bien que la pression collatérale exercée sur les artistes et les organismes culturels régionaux a atteint un stade critique. Les effets combinés des restrictions budgétaires et de la réorganisation de la gouvernance régionale, s’ils devaient s’accentuer, auraient des conséquences dévastatrices et, dans bien des cas, irrécupérables. Le RCRCQ constate que cette situation alarmante en Montérégie est semblable à celle vécue dans toutes les régions du Québec. Avec des pressions qui fusent de toute part, la culture en région est en train de passer sous le seuil de la viabilité.

     

    Aussi, il est primordial, dans la poursuite des objectifs fixés par le gouvernement, de considérer la part globale que le milieu culturel régional assume dans le redressement des finances publiques du Québec.

    *Conseil d’administration du Conseil montérégien de la culture et des communications et Réseau des conseils régionaux de la culture du Québec













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