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    Culture

    Le festival de la compression budgétaire

    La suppression des conférences régionales des élus fait mal

    Le Festival de Petite-Vallée a sonné l’alarme: la baisse des subventions menace des activités culturelles, particulièrement en région.
    Photo: Festival en chanson de Petite-Vallée Le Festival de Petite-Vallée a sonné l’alarme: la baisse des subventions menace des activités culturelles, particulièrement en région.
    Ce texte fait partie de notre section Perspectives.
    La culture en région commence à subir les premiers effets des restrictions budgétaires du gouvernement Couillard. Aucun festival n’a encore été tué. Y arrivera-t-on ?


    Les festivals de la chanson de Petite-Vallée et de Tadoussac ont exprimé tout haut ce qui se vit en marge des grandes villes : sans l’appui de l’État, la culture en région est en péril.

     

    Les plans d’austérité du gouvernement libéral font mal, de la Gaspésie à l’Abitibi. Abolition de tables de concertation, disparition d’ententes de partenariat, réduction des commandites… Si, pour l’État, ce sont des économies nécessaires, pour les programmateurs, ce sont des pertes importantes.

     

    La Biennale internationale du lin de Portneuf (BILP), dont la 6e édition roule jusqu’en septembre, a perdu en avril un sixième de son budget de 300 000 $ avec la dissolution de la Conférence régionale des élus (CRE). L’événement alliant art contemporain et matières textiles s’en sort pour le moment grâce au… troc.

     

    « Quand on se tourne vers le privé, on se bute à des gens qui sont déjà très sollicités. On est en queue de peloton, constate Donald Vézina, président de la biennale enracinée dans la bucolique Deschambault-Grondines. Un concessionnaire automobile ne nous aide plus qu’en services [un prêt de voiture]. Même chose pour une quincaillerie. On se débrouille comme ça, mais à l’automne, il faudra savoir où on s’en va. »

     

    MRC et CLD

     

    La CRE de la Capitale-Nationale (qui inclut la MRC de Portneuf), comme les 18 autres CRE (une par région administrative), a été abolie en avril avec l’entrée en vigueur de la loi 28. Cette structure parapluie distribuait du financement sur l’ensemble du territoire québécois, dont une bonne partie était destinée au milieu culturel.

     

    Le Festival en chanson de Petite-Vallée a aussi écopé de la disparition des CRE. Et de l’absorption, par les MRC, des Centres locaux de développement (CLD). Et des coupes budgétaires imposées aux municipalités.

     

    Daniel Côté, maire de Gaspé et jadis membre de la CRE Gaspésie, est d’avis que le soutien régional est primordial, surtout quand le budget de la ville hôte est inférieur à celui du festival — le cas de Petite-Vallée. Or, même Gaspé, qui perçoit de Québec 800 000 $ en moins, a dû faire des choix et a supprimé l’an dernier la subvention aux événements de la Traversée de la Gaspésie. Ceux-ci bénéficient néanmoins, encore, du soutien du privé.

     

    « Quand il y a une baisse de l’aide publique, l’effet de levier n’est plus. Les 10 000 $ supprimés deviennent 20 000 ou 30 000 quand les autres partenaires [se retirent aussi] », croit le maire Côté.

     

    Rassembleur

     

    Et au-delà de leur soutien financier, les CRE pouvaient jouer un rôle rassembleur et constructif, rappelle-t-il. « À la CRE, on faisait de la promotion. On avait réussi à renverser la courbe démographique », soutient Daniel Côté. À Gaspé, entre 2008 et 2013, il y a eu une croissance de… 700 habitants. « Ce n’est pas énorme, mais c’est positif », dit le premier magistrat, qui reconnaît le problème démographique.

     

    Randa Napky, directrice de l’Association touristique de l’Abitibi-Témiscamingue, ne comprend pas les décisions de Québec.

     

    « On n’a plus de partenaires, dit-elle, en colère. Un plan de développement se discutait avec tous les préfets, à une même table. Aujourd’hui, il faut les rencontrer un par un. »

     

    La CRE d’Abitibi a sinon orienté son soutien aux événements exclus des programmes de financement public.

     

    « Sans la CRE, le Festival de musique émergente (FME) n’existerait pas, assure Mme Napky. Le FME est important, il fait rayonner toute la région. »

     

    Selon elle, les retombées des 23 événements importants de la région sont « réelles et immédiates » — 18 millions depuis cinq ans. Le milieu hôtelier l’a compris et accepté, note-t-elle, avec la hausse de la taxe d’hébergement à 3 $. Le retrait de culture, c’est le retrait de revenus.

     

    Effet domino

     

    « Couper dans la culture a un effet domino. Le gouvernement ne se rend pas compte qu’on ne travaille pas en silo. La culture est transversale », exprime pour sa part Julie Gauthier, directrice du Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent.

     

    Jusqu’à la fin de ses activités ce printemps, conséquence de la suppression par l’État des Forums jeunesse, la Commission jeunesse du Bas-Saint-Laurent distribuait 30 000 $ au Conseil de la culture, qui s’en servait pour accompagner les artistes de la relève. À ceci s’ajoute la compression de 15 % des budgets imposée par le ministère de la Culture aux conseils régionaux.

     

    « L’accumulation des coupes fait que ça devient ingérable », finit par lâcher Julie Gauthier.

     

    Désormais, « l’argent en danger » consiste en 1,9 million, un montant qui équivaut à la somme des subventions de deux sources : la CRE et le Conseil des arts et des lettres (CALQ). Selon les « ententes de partenariat régional », le CALQ pouvait égaler l’argent d’une CRE. La disparition de l’une entraîne de facto la disparition de l’autre.

     

    Au CALQ, on est conscient de la situation, mais on assure que les sommes investies seront distribuées dès qu’un nouveau palier régional fera son apparition. Depuis 2012, l’organisme étatique avait fourni, selon ces ententes, 1,8 million.

     

    « Le développement régional est une priorité du CALQ. La volonté est d’être encore là », assure Christian O’Leary, directeur des communications.

     

    Révision touristique

     

    Il n’y a pas que la diminution des fonds en culture qui sème l’inquiétude. Le ministère du Tourisme, qui revoit aussi ses investissements, a supprimé en avril une entente régionale similaire à celle du CALQ.

     

    Au cabinet de la ministre Dominique Vien, on rappelle que le modèle d’affaires de l’industrie est actuellement en révision. La promotion et le financement sont les deux vecteurs ciblés.

     

    « La ministre veut savoir comment mieux vendre le Québec et cherche les pistes de solution pour trouver plus d’argent », résume son attachée de presse, Cynthia St-Hilaire.

     

    Le nouveau modèle est attendu à l’automne.

     

    Au Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI), on note que l’enveloppe du Programme d’aide financière aux festivals et événements touristiques a baissé de 3 millions depuis 2012. Le volet innovation de ce plan a même fondu : des 2 millions qu’il contenait au départ, il ne reste que 200 000 $.

     

    En gros, dit Martin Roy, de REMI, « le financement des festivals qui performent n’augmente pas ». « Par contre, on diminue celui de ceux qui performent le moins bien. »

     

    Le cas Loto

     

    La performance. Le mot fait peur. À Frédéric Lagacé, du moins. Le directeur de Festi Jazz international de Rimouski se sent « vulnérable » depuis le mot d’ordre que Martin Coiteux, président du Conseil du trésor, a adressé aux sociétés d’État. Celles-ci sont priées de réduire leur budget de commandite et de se limiter à du « financement essentiel et jugé incontournable ».

     

    « S’il faut juger selon les masses, on n’est pas à la hauteur », dit celui qui dirige le deuxième plus vieux festival de jazz, après celui de Montréal. Par contre, signale-t-il, s’il faut tenir compte des retombées culturelles et humaines…

     

    Or, déjà, le Festi Jazz subit les effets. Loto-Québec a annoncé qu’il sera difficile de renouveler l’entente en cours, qui prend fin en 2016.

     

    « Sans le financement de Loto-Québec, on coupe une scène. Avec une scène supprimée, on répond moins bien à notre mandat », explique Frédéric Lagacé, qui craint l’effet boule de neige qui pourrait s’en suivr

     

    Valeur ajoutée

     

    Loto-Québec ne s’en cache pas : depuis 2013, son budget de commandites a perdu 1,3 million. C’est à peine 9 % par an, mais ce bilan a été dressé avant la politique de l’« essentiel et incontournable ».

     

    « [On veut que] chaque investissement se rapproche davantage des besoins de l’entreprise. C’est dans cette optique que Loto-Québec privilégiera désormais les commandites qui présentent une valeur ajoutée pour son offre de divertissement, dans les régions où l’on trouve un établissement de jeux », reconnaît Patrice Lavoie, directeur des communications à Loto-Québec.

     

    Un point d’interrogation subsiste sur l’avenir du jazz à Rimouski, comme sur celui de la chanson à Petite-Vallée ou de l’art contemporain à Deschambault. Or, l’optimisme est de mise, croient certains.

     

    « Il est encore tôt pour dire si des événements disparaîtront. J’ai l’impression qu’on revit l’époque de la fin de la commandite par l’industrie du tabac. C’est une période de transition difficile, mais ça passera. La résistance est forte en culture », résume Pierre-Paul Leduc, directeur de Festivals et événements Québec, une association regroupant 543 membres.

    Le Festival de Petite-Vallée a sonné l’alarme: la baisse des subventions menace des activités culturelles, particulièrement en région. Plusieurs festivals, dont celui de Tadoussac, se sentent menacés.












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