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    Ces artistes qui soulèvent des communautés

    30 mai 2015 | Marie-Hélène Alarie - Collaboratrice | Actualités culturelles
    <em>« L’île Miscou, c’est là où les oiseaux virent de bord, y peuvent pas aller plus loin, c’est la limite de l’univers »</em>, raconte la chanteuse Sandra Lecouteur.
    Photo: Ulrich Schade Thinkstock « L’île Miscou, c’est là où les oiseaux virent de bord, y peuvent pas aller plus loin, c’est la limite de l’univers », raconte la chanteuse Sandra Lecouteur.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Une communauté a toujours besoin de ses artistes et l’inverse est aussi vrai ! Sandra Lecouteur et Herménégilde Chiasson ont beaucoup donné, tout en recevant énormément. Ce sont ces échanges qui donnent vie à une collectivité.


    Il y a l’accent bien sûr, mais il y a aussi les mots, et quand Sandra Lecouteur chante, on l’écoute, et quand elle parle, on aurait comme tendance à faire la même chose : « L’île Miscou, c’est là où les oiseaux virent de bord, y peuvent pas aller plus loin, c’est la limite de l’univers. » C’est là, au bout du bout de la péninsule acadienne, qu’est née Sandra Lecouteur. Son dernier album, Le phare, qu’elle vient tout juste de lancer, est un hommage au phare de Miscou, son île. Une île qu’elle nous raconte : « Quand j’étais petite, à Miscou, on n’avait pas de pont, on était comme une tribu. » Sur cette île a poussé un phare construit il y a 158 ans, et « la gardienne du phare n’avait pas de petite fille, alors elle m’empruntait les fins de semaine, et j’ai vécu avec ce phare-là dans ma tête et, pour moi, c’est devenu comme un acouphène de mer ».

     

    « Mon rêve c’était de faire des spectacles dans le phare ! »

     

    On verra Sandra Lecouteur au colloque Les Arts et la Ville pour participer au panel Des artistes qui soulèvent des communautés. Accompagnée de deux autres artistes aux parcours semblables, elle viendra raconter comment l’aventure du phare de Miscou a changé sa communauté.

     

    Longtemps abandonné, le phare de Miscou a dû être complètement décontaminé avant d’être restauré, ce qui a été fait pour le Congrès mondial acadien en 2009. C’est à ce moment-là que germe, dans l’esprit de Sandra, une idée complètement extravagante : « Avec mon conjoint, on s’est dit : on va faire une série de spectacles, et les gens ont tout de suite dit : quelle bonne idée ! » On venait de donner une vocation culturelle à un établissement qui était important pour la communauté, mais où il ne se passait rien. « On a rallumé la lumière du phare, intérieurement et musicalement. »

     

    Aujourd’hui, le phare est devenu un lieu de diffusion culturelle, mais surtout un lieu de rencontre dynamique. Ce ne sont pas seulement les résidants de Miscou qui en profitent, mais toute la population de la péninsule acadienne. Depuis 2009, chaque été, Sandra Lecouteur y donne son spectacle Voir Miscou et mourir. Au fil des ans, d’autres spectacles s’y greffent et la programmation ne cesse de croître. En 2013, on ne voulait pas que le cinquième anniversaire passe inaperçu et on a voulu marquer le coup : « On a eu l’idée de faire un pique-nique qui s’appelle Déjeuner sur l’herbe, inspiré de la toile de Claude Monet. Les gens viennent en costumes d’époque avec leur pique-nique et on se retrouve tous assis au pied du phare par un beau dimanche après-midi. » Cette année on a invité Didier Dumoutier pour un grand bal musette. « Toute la communauté de Miscou, de La Mèque et de Caraquet est là. »

     

    Le projet Voir Miscou et mourir, très populaire auprès de la population, a gagné le prix Événement de l’année lors de la remise des prix Éloïse — l’équivalent des prix de l’ADISQ chez nous. Toute cette aventure a permis d’attirer des gens qui généralement ne vont pas au spectacle. « C’est le plus beau cadeau de ma vie ! Ils étaient portés à venir parce que c’était leur phare, leur endroit à eux autres. » De plus, le spectacle de Sandra Lecouteur raconte leur propre histoire : « Dans mon spectacle, je raconte, je raconte l’histoire de Miscou et des anecdotes, et j’en mets et j’en mets. Le bouche-à-oreille a fait son oeuvre, et maintenant c’est un must de passer par Miscou. » Pourtant, au départ, ce n’était pas gagné : « Au début, y avait pas personne de Miscou, les gens venaient de Moncton, des touristes des alentours, mais c’est le déjeuner sur l’herbe qui a tout fait exploser. Et, aujourd’hui, les résidants participent à la vie culturelle. »

     

    À Miscou, on s’est approprié le phare, mais constamment on doit alimenter le désir de venir au spectacle pour que le lieu reste vivant. « Aujourd’hui, les gens sont fiers de participer à tout ça et fiers qu’on parle de Miscou. » Si c’était à recommencer, Sandra Lecouteur n’hésiterait pas : « J’aurais commencé ben avant, pis je l’aurais décontaminé moi-même, le phare ! »

     

    Le poète lieutenant-gouverneur

     

    Tellement ancré dans la communauté néo-brunswickoise, Herménégilde Chiasson a été le lieutenant-gouverneur de la province de 2003 à 2009. La réputation de cet artiste multidisciplinaire dépasse les frontières du Nouveau-Brunswick, mais c’est là-bas qu’il s’enracine : « Je dis souvent que si je vivais dans une ville comme Montréal ou Québec, je ne ferais probablement qu’une seule chose. Artiste visuel, je me trouverais une galerie et je travaillerais pour cette galerie. Mais, vivant dans un milieu comme ici, il faut tout faire, il faut non seulement créer l’oeuvre, mais il faut aussi créer la structure, la gérer et aller chercher de l’argent… C’est comme ça que je me suis fait connaître des politiciens et qu’ils se sont dit qu’au niveau du discours ce serait peut-être intéressant d’avoir quelqu’un qui vient du monde culturel comme lieutenant-gouverneur. »

     

    Être connu et aimé d’une communauté, c’est extrêmement nourrissant : « Ça nous inspire de sentir qu’on fait vraiment partie d’une communauté et que l’élément de la culture s’intègre à la vie de la communauté. » Herménégilde Chiasson affirme que la culture est primordiale pour la vie en société : « Il y a la culture qui vient en premier, parce que c’est grâce à elle qu’on fabrique les rêves qui deviennent ensuite des projets politiques, qu’on peut par la suite rentabiliser au niveau économique. Toutes les sociétés fonctionnent d’abord sur des rêves et des idées et, en très grande partie, ce sont des dimensions qui proviennent du domaine de la culture. »

     

    Est-ce qu’on rejoint plus les gens lorsqu’on est un poète ou un homme politique ? « Je pense que, sur la quantité, j’ai touché plus de gens en tant qu’homme politique, mais, sur la profondeur, beaucoup plus comme écrivain, poète et artiste visuel. Il y a plus de gens qui sont au courant de mon existence ici parce que j’ai été lieutenant-gouverneur, mais, quand je crée, quand j’écris, je mets beaucoup plus de mon âme que dans mes discours politiques. »

    <em>« L’île Miscou, c’est là où les oiseaux virent de bord, y peuvent pas aller plus loin, c’est la limite de l’univers »</em>, raconte la chanteuse Sandra Lecouteur. Herménégilde Chiasson












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