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    Centre canadien d’architecture

    Une invitation à se réapproprier l’espace urbain

    9 mai 2015 | Etienne Plamondon Emond - Collaborateur | Actualités culturelles
    L’exposition intitulée Le processus SAAL : le logement au Portugal entre 1974 et 1976 a été conçue par le Musée Serravales d’art contemporain de Porto en collaboration avec le CCA.
    Photo: Courtoisie CCA L’exposition intitulée Le processus SAAL : le logement au Portugal entre 1974 et 1976 a été conçue par le Musée Serravales d’art contemporain de Porto en collaboration avec le CCA.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Les chauds rayons de soleil printaniers tombent en début d’après-midi. Quelques jeunes et moins jeunes demeurent sereinement assis ou étendus dans le parc Baile, rectangle de verdure s’étalant du côté nord du Centre canadien d'architecture (CCA). Romain Duguay, directeur associé aux affaires externes au CCA, explique, lunettes de soleil sur le nez, que l’établissement souhaite inciter la population à davantage faire sienne cette petite oasis du centre-ville. L’été dernier, dans le cadre de son 25e anniversaire, le CCA avait mis en place pour une première fois des activités extérieures. Des concerts, des contes pour enfants et des ateliers de jardinage y avaient été organisés, en plus d’une soirée de projection sur la façade de l’établissement.

     

    Mais cette année, le CCA veut mettre les bouchées doubles avec une programmation plus constante et plus consistante entre le 28 juin et le 6 septembre. Des projections de films sous les étoiles seront organisées tous les mardis soir. Les mercredis midi, la population pourra se joindre à des activités bénéfiques pour la santé, telles que du yoga ou du taï-chi. Tous les jeudis, sur l’heure du dîner, des musiciens viendront donner des concerts en utilisant, entre autres, un piano public installé en permanence dans le parc durant la saison chaude. Du matériel sera fourni pour des activités les vendredis midi. Ainsi, du mini-golf, du badminton et des parties d’échecs sont prévus à cette dernière case horaire. Le dimanche, des ateliers en lien avec l’architecture ou les expositions amuseront toute la famille. D’autres activités s’ajouteront tout au long de la période estivale pour égayer davantage l’espace extérieur entourant le CCA.

     

    « Phyllis Lambert, quand elle a créé le CCA, elle a toujours eu cette vision que l’espace devait être utilisé par les gens, note M. Duguay en marchant autour du bâtiment. Indirectement, le parc devient une extension du message que l’on veut envoyer, qui dit que vous pouvez avoir des espaces qui permettent de profiter de votre ville. »

     

    À l’architecture, citoyens !

     

    À l’intérieur des murs de l’établissement, des plans architecturaux, des maquettes, des documents d’archives, des enregistrements sonores, des photographies et des films raconteront l’histoire inspirante d’un mouvement citoyen impliqué dans la conception des logements sociaux que ses membres allaient ensuite habiter.

     

    Cette exposition, intitulée Le processus SAAL : le logement au Portugal entre 1974 et 1976, s’ouvrira mardi prochain, le 12 mai. Conçue par le Musée Serravales d’art contemporain de Porto, en collaboration avec le CCA, elle retrace un fascinant chapitre de l’histoire de l’architecture portugaise, qui a suivi la révolution des Oeillets de 1974.

     

    Au lendemain de la dictature, le manque de logements disponibles pour la population défavorisée se révélait un enjeu criant. Une nouvelle démarche a été expérimentée : le SAAL, pour Serviço Ambulatório de Apoio Local, qu’on pourrait traduire par « Service ambulant de soutien local ». Le gouvernement a ainsi dépêché sur le terrain des équipes d’architectes, surnommées brigades, afin d’aider les collectivités et les associations de quartier, qui élaboraient démocratiquement leurs habitations. « Les architectes, pour la première fois, sont descendus dans la rue, ont travaillé avec la population et ont lancé des projets d’architecture », explique M. Duguay. En 26 mois, le SAAL a contribué à 170 projets à travers lesquels se jouait le toit de 40 000 familles.

     

    Le projet a pris fin abruptement en 1976. Mais son héritage demeure tangible et ses répercussions, considérables. « L’influence qu’a eue le SAAL sur l’architecture portugaise et son enseignement, durant les années qui ont suivi, a été cruciale, souligne M. Duguay. Jusqu’à aujourd’hui, l’architecture portugaise est reconnue pour son côté humain et social.»

     

    Certains Portugais qui ont participé à ce mouvement populaire habitent toujours dans leurs résidences érigées durant cette période charnière, affirme M. Duguay. Certains architectes, qui ont pris part aux chantiers des villes de Lisbonne, Setúbal et Porto, sont devenus par la suite des références dans leur domaine. Parmi eux, il y avait Álvaro Siza, lauréat du prix Pritzker en 1992 et d’un Lion d’honneur à la Biennale de Venise en 2012. Le CCA a d’ailleurs annoncé l’acquisition, l’été dernier, de certaines archives de cette figure phare de l’architecture portugaise.

     

    Les enjeux soulevés par cette histoire risquent d’interpeller les gens d’ici, selon M. Duguay. « Avec toutes les questions autour du logement à Montréal et à Toronto, je pense que ce sera un sujet qui va pouvoir relancer la discussion à propos des logements sociaux, indique-t-il. Est-ce qu’on fait ça dans des carrés et on met des gens dedans ou peut-on faire des logements de qualité à la suite d’une réflexion ? »

     

    Il est à noter que, ce mercredi 13 mai, une visite en anglais de l’exposition, en compagnie de la commissaire Delfim Sardo, se déroulera à partir de 18 h. Le lendemain, toujours à 18 h, la maison Shaughnessy, intégrée au CCA, accueillera une conversation publique dont le point de départ sera le sujet de l’exposition. Parmi les invités, il y aura Nuno Portas, un architecte, urbaniste et acteur politique, qui a directement été impliqué dans le processus SAAL. Ces deux activités seront gratuites.

     

    Variation sur des archives

     

    L’autre exposition temporaire du CCA, Sortis du cadre : Ábalos et Herreros, changera de visage au cours de l’été. Amorcée le 12 mars dernier dans la salle octogonale de l’établissement, elle se voulait dès le départ une variation sur les mêmes archives. Ainsi, trois commissaires invités différents vont réaliser tour à tour une nouvelle exposition à partir des archives de la firme architecturale espagnole Ábalos et Herreros. Jusqu’au 17 mai, le public pourra encore visiter l’interprétation de l’agence Office Kersten Geers David Van Severen, consacrée à l’architecture industrielle dans l’oeuvre d’Ábalos et Herreros. Du 24 mai au 12 juillet, la salle octogonale sera réaménagée par Juan José Castellón, chercheur à la chaire de conception structurelle (D-ARCH) de l’Institut fédéral suisse de technologie ETH Zurich. Puis, du 23 juillet au 13 septembre, ce sera au tour de l’agence new-yorkaise d’architecture Solid Objectives-Idenburg Liu de poser un nouveau regard sur le travail d’Ábalos et Herreros.













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