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    Musée des beaux-arts de Montréal

    La saison des grands écarts

    9 mai 2015 | André Lavoie - Collaborateur | Actualités culturelles
    Masque de Hanako
    Photo: Musée Rodin Masque de Hanako
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Pour Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), l’été ne rime jamais avec facilité et farniente à l’heure de concevoir des expositions pour la belle saison. Il s’agit en fait d’accomplir ce qu’elle nomme « le grand écart », à savoir « trouver un bon sujet pertinent d’un point de vue académique avec une grande résonance pour le public ». Ce que le dynamique établissement de la rue Sherbrooke proposera à ses milliers de visiteurs au cours des prochains mois s’inscrit parfaitement dans cette philosophie.

     

    Le nom d’Auguste Rodin stimulera assurément l’imagination des habitués du MBAM, et des touristes, l’oeuvre du célèbre sculpteur retrouvant le chemin de Montréal après une absence de quelques décennies (la dernière expo remonte à 1963), ainsi qu’un véritable triomphe datant de 1998 au Musée national des beaux-arts du Québec. Dès le 30 mai prochain, et avec la précieuse collaboration du musée Rodin de Paris, Métamorphoses. Dans le secret de l’atelier de Rodinsera l’événement phare de la saison estivale du musée montréalais, grâce à ses 165 sculptures, mais aussi à de nombreux dessins et aquarelles illustrant la ferveur créatrice de l’artiste, son goût du risque et des audaces. Le tout sera accompagné d’une acquisition récente, des photographies d’Eugène Druet, fidèle collaborateur de Rodin.

     

    Ce savant assemblage d’objets (allant du plâtre au bronze en passant par le marbre et la pâte de verre) ne constitue pas un survol impressionniste de sa carrière, mais aborde diverses facettes du « sculpteur face au processus créatif, aux matériaux et à ses collaborateurs », précise Nathalie Bondil, elle-même grande passionnée de sculpture. On pourra découvrir l’approche « très moderne » d’un artiste qui n’hésitait pas à exposer des oeuvres en plâtre, une aberration au XIXe siècle, car ce matériau n’avait rien de noble, et à modifier son rapport avec ses modèles. « Il détestait les modèles qui faisaient de la composition ou voulaient incarner un sujet, comme la figure d’une amazone ou la position d’un archer, souligne la directrice. Ce qui l’intéressait, ce n’est pas le sujet, mais le modèle au naturel, les postures invraisemblables, le rapport à la forme, et même à la vieillesse. Selon lui, il n’y avait rien de laid dans la nature. La véritable laideur, c’était le faux, le factice, la tricherie et l’artificiel. »

     

    Un autre sculpteur fera les beaux jours de la saison estivale du MBAM, le Britannique Henry Moore, mais attention, de façon étonnamment sobre. Il compte parmi les artistes figurant dans l’exposition inaugurée le 15 avril dernier et intitulée De Gainsborough à Moore, deux siècles de dessins britanniques. Nathalie Bondil ne s’en cache pas : il s’agit d’abord d’un beau prétexte pour présenter les trésors de la collection permanente et quelques joyaux récemment acquis, « un privilège même pour nous parce que ce sont des oeuvres cachées que l’on doit protéger des affres du temps ».

     

    Une quarantaine de dessins évoquent la campagne anglaise, mais puisent aussi dans l’imagerie religieuse et théâtrale, avec bien sûr quelques portraits. Au milieu de toutes ces illustrations d’une délicatesse extrême, signées Thomas Gainsborough, Edward Burne-Jones et William Turner, trône un magnifique dessin recto verso de Moore, Figures allongées et Figures mises en place, deux images de celui qui multipliait les croquis et les esquisses avant de transformer ses visions en trois dimensions.

     

    Dans ce temple de la célébration des beaux-arts, la peinture est loin d’être négligée, surtout avec ces deux nouvelles expositions qui soulignent le travail d’un artiste à l’aube d’une brillante carrière et celui d’un autre au crépuscule d’une vie dévouée à la création, mais aussi à l’enseignement. Dans les deux cas, les couleurs et les formes exubérantes abondent, plongeant le visiteur dans un climat euphorisant.

     

    Nathalie Bondil n’est pas peu fière d’offrir au jeune peintre américain Michael Williams sa toute première grande exposition solo dans un musée, qui plus est canadien, autre preuve de l’effervescence suscitée par cet artiste très prisé des collectionneurs d’art contemporain. Le visiteur sera happé « par cette espèce de jubilation dans la matière, et cette exagération dans la forme ». Celui qui n’hésite pas « à mélanger la colle, les paillettes, les résines et l’acrylique » lorgne souvent vers le kitsch, et risque fort de flirter encore longtemps avec le succès grâce à cet important coup de chapeau.

     

    Autre hommage, cette fois à la Montréalaise Marion Wagschal, elle qui a formé plusieurs générations d’artistes comme professeure à l’Université Concordia, récemment retraitée, mais qui n’a jamais délaissé ses pinceaux pour créer une oeuvre jugée audacieuse, privilégiant la figuration, la plaçant ainsi à contre-courant de ses nombreux collègues séduits pendant longtemps par l’abstraction. « Elle ne s’est jamais préoccupée de l’esprit du temps, selon une Nathalie Bondil admirative. Elle propose une figuration un peu outrancière, offrant une vision des corps très intense. Ses toiles, immenses, expriment tout à la fois une douleur intériorisée, mais aussi une approche très humaniste, sans concession, sans méchanceté, sans dérision. » Trente tableaux magnifiques et imposants, peints entre 1971 et 2014, seront là pour en témoigner.

     

    Toutes ces propositions devraient susciter l’intérêt des curieux, par ailleurs si nombreux qu’ils ont permis au MBAM de se distinguer comme le musée d’art le plus fréquenté au Canada (1 009 648 visiteurs en 2014, devant le Royal Ontario Museum et l’Art Gallery of Ontario) selon le mensuel britannique Art Newspaper. À lui seul, Auguste Rodin suffira sans aucun doute à maintenir un engouement qui ne se dément pas envers l’établissement de la rue Sherbrooke, et ce, peu importe la saison, même, et surtout, celle des grands écarts.

    Masque de Hanako La main de Dieu, vers 1896-1902 L’homme qui marche, grand modèle, 1907












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