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    Journée internationale des musées

    Les musées, gardiens du patrimoine culturel de l’humanité

    9 mai 2015 | Marie-Hélène Alarie - Collaboratrice | Actualités culturelles
    Selon l’archéologue Leïla Ladjimi Sebaï, l’avenir des musées passe par l’archivage virtuel de toutes les œuvres. Ci-dessus : vue d’une salle intérieure du Musée du Bardo.
    Photo: Fethi Belaid Agence France-Presse Selon l’archéologue Leïla Ladjimi Sebaï, l’avenir des musées passe par l’archivage virtuel de toutes les œuvres. Ci-dessus : vue d’une salle intérieure du Musée du Bardo.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    La Journée internationale des musées ne revêt pas la même signification que l’on soit au Québec ou en Tunisie. Après la destruction des sculptures au musée de Mossoul et l’attaque du Bardo, on tente de redéfinir la mission et la vocation du monde muséal.


    Le 26 février dernier, le groupe djihadiste Daesh met en ligne une vidéo où l’on voit des combattants détruire à coups de masse et de marteau-piqueur des oeuvres d’art préislamiques très rares du musée de Mossoul, dans le nord de l’Irak. Le 18 mars, vers 12 h 30, des tirs de Kalachnikov se font entendre dans l’enceinte du Musée du Bardo, le musée national de Tunis. L’attentat terroriste, encore une fois l’oeuvre de Daesh, fera 24 morts et 45 blessés.

     

    La mission d’un musée est de préserver le patrimoine, et entre les mains de terroristes, le musée devient le symbole d’un patrimoine à écraser : « Le Musée du Bardo n’a pas été attaqué en tant que musée. Ce sont d’abord les touristes qui ont été visés, et donc l’économie, la démocratie et l’image d’ouverture de la Tunisie. Mais c’est aussi au patrimoine qu’on s’est attaqué, ils ont choisi le Bardo et ce n’est pas anodin », nous dit Leïla Ladjimi Sebaï, archéologue, historienne, directrice de recherche à l’Institut national du patrimoine de Tunisie et spécialiste d’épigraphie latine.

     

    En rappelant le thème de la Journée internationale des musées, «Musées pour une société durable »,Mme Sebaï évoque aussi les mots d’Hans-Martin Hinz, le président de l’ICOM : « Les musées, en tant qu’éducateurs et médiateurs culturels, adoptent un rôle de plus en plus vital en contribuant à la définition du développement durable, sa mise en oeuvre et ses pratiques. Les musées doivent être en mesure de garantir leur rôle dans la sauvegarde du patrimoine culturel face à la précarité croissante des écosystèmes, à des situations d’instabilité politique et aux défis naturels et humains qui peuvent se présenter. Le travail des musées, par l’intermédiaire de l’éducation et d’expositions, peut contribuer à la création d’une société durable. »

     

    Devoir de conservation

     

    Cette mission de protéger, les musées s’en acquittent depuis leur création. Mais aujourd’hui, ce rôle devient extrêmement complexe. « Dans un musée, nous sommes déjà conservateurs d’objets, finalement, ne devrions-nous pas faire des musées de véritables bunkers, les fermer comme des châteaux forts, c’est-à-dire mettre à l’abri notre patrimoine ? » nous dit Mme Sebaï. L’archéologue justifie ses propos en affirmant que dorénavant, du fait d’actes terroristes, « ces oeuvres d’art sont vouées à être dilapidées parce que, d’une part, on veut marquer les esprits et on veut toucher à l’histoire et à la représentation que nous avons de notre identité, mais d’autre part, il ne faut pas oublier que dans tout ça il y a le trafic illicite ».

     

    Par chance, les oeuvres du Musée du Bardo n’ont pas été touchées par les terroristes. En contrepartie, peu de pièces du musée de Mossoul auront survécu aux attaques des djihadistes, attaques qui ne sont pas sans rappeler celles des talibans contre les bouddhas de Bamiyan en Afghanistan en 2001. En temps de guerre, la spoliation d’oeuvres d’art est florissante et le régime nazi l’a largement démontré lors de la Seconde Guerre mondiale. Mais aujourd’hui, au beau milieu d’une guerre terroriste, on rencontre plus de receleurs que de collectionneurs : tout ce qui n’est pas vandalisé est maintenant vendu au marché noir et les recettes du pillage d’oeuvres d’art servent à alimenter les réseaux de drogue ou d’armes. Les pays visés par cette spoliation sont la Libye, l’Irak, l’Égypte ainsi que le Mali. Le butin de cet énorme trafic, le deuxième en importance après la vente de pétrole, représenterait plus de 7 milliards de dollars. « Il y a la mise en scène et le spectacle pour les caméras, et parallèlement à ça, il y a les oeuvres qui se font voler », ironise Mme Sebaï. Et ces oeuvres trouvent preneurs partout dans le monde, en Europe, en Asie, aux États-Unis et plus récemment dans les pays arabes : « Par exemple, l’Arabie Saoudite, le Qatar et évidemment les Émirats arabes unis. À Abou Dhabi et à Doubaï, on monte des musées de bric et de broc et l’on essaie de se refaire une histoire ou une archéologie avec des oeuvres glanées dans le monde entier. »

     

    L’UNESCO a d’abord pris des mesures à l’automne dernier en adoptant une résolution sur la protection du patrimoine irakien, puis le Conseil de sécurité de l’ONU y est allé lui aussi d’une résolution visant à empêcher le trafic d’oeuvres d’art et la vente de pétrole, et a ensuite étendu à la Syrie une interdiction, s’appliquant déjà à l’Irak, de faire commerce de biens culturels volés. Mais malheureusement, lutter contre ce marché est aujourd’hui extrêmement complexe puisqu’il faudrait, pour y parvenir, une coopération et une cohésion de tous les États touchés, même si des organismes comme l’ICOM, l’UNESCO et Interpol unissent leurs forces pour contrer ce fléau.

     

    Aussi incroyable que cela puisse paraître, à l’heure actuelle, il n’existe pas de catalogues systématiques des oeuvres d’art se trouvant dans les musées du monde entier. Ces inventaires sont souvent longs et coûteux et ne sont vraiment à jour que rarement. Un musée peut parfois mettre longtemps avant de réaliser qu’une oeuvre a disparu : « Il y a quelques années, en Tunisie, on nous a signalé la vente aux enchères de manuscrits du Coran. Un feuillet de manuscrit peut disparaître très facilement sans que personne s’en rende compte puisque ce qui est inventorié, ce n’est pas le feuillet, mais le manuscrit complet. » Aujourd’hui, dans le contexte géopolitique tendu que nous connaissons, pour Leïla Ladjimi Sebaï, l’avenir des musées passe par l’archivage virtuel de toutes les oeuvres : « Ça nous permettrait de connaître même ce qui se cache dans les réserves des musées. Il faut numériser toutes les collections, de la plus petite à la plus grande, pour obtenir une trace numérique, parce que je ne suis pas certaine que nous puissions sauver l’oeuvre elle-même. »

     

    « Actuellement, nous ne voyons pas très clair et nous n’avons pas encore le recul nécessaire. De plus, nous ne sommes pas habitués à ce genre d’attaques, ce sont des comportements très nouveaux pour nous, même si nous n’en sommes pas aux premiers vols d’objets d’art, ni aux premières destructions de cités, mais comment peut-on répondre à ça ? Si toutefois il y a une réponse, ce dont je ne suis pas très sûre », conclut de manière assez pessimiste Leïla Ladjimi Sebaï.

     

    Aussi incroyable que cela puisse paraître, à l’heure actuelle, il n’existe pas de catalogues systématiques des oeuvres d’art se trouvant dans les musées du monde entier.













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