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    L’actualité, cette ironique poésie

    La page Facebook Dérapages poétiques cherche à saisir «ce moment précis où la parole publique prend le décor»

    Quelques perles croisées sur ces «Dérapages poétiques».
    Photo: Montage Le Devoir Quelques perles croisées sur ces «Dérapages poétiques».

    C’est une page Facebook encore discrète, apparue il y a quelques semaines, dont l’adresse se passe presque sous le manteau dans un certain monde littéraire. L’idée est simplissime, et il faut la voir de visu pour l’apprécier : une citation, boiteuse ou ridicule — l’un n’empêche pas l’autre… — glanée dans la vaste actualité — et souvent sortie de la bouche d’un élu… — est présentée sans contexte sur une feuille toute blanche. Mise en page comme de la poésie, avec beaucoup d’espace et de retours de chariot. Un formatage qui surligne la vacuité des propos.

     

    De ce croisement entre les parodies d’actualités (Le Navet, La Pravda) et la poésie du très réel (Patrice Desbiens, Jean-Sébastien Larouche, Daniel Leblanc-Poirier) naît un mutant fort sympathique. Il faut dire que l’idée, hilarante, peut se décliner à l’infini. Nombreuses déjà sont les citations de ministres — la page ne cesse de réclamer le retour d’Yves Bolduc, virtuose du « pied dans la bouche de l’austérité » —, dont Gaétan Barrette, mais on en trouve aussi de Denise Filiatrault (le black face gate), Caroline Dumas (le pouding chômeur gate), d’Éric Duhaime, de Jean Tremblay, etc.

     

    Rire d’un monde défait

     

    Derrière ces Dérapages, ils sont trois, qui préfèrent garder cet anonymat permettant « une liberté que la signature n’offre pas ». Ils se nourrissent des frémissements des grands réseaux — Facebook, Twitter, les journaux électroniques. Et c’est là aussi qu’ont germé ces Dérapages, des « réseaux sociaux et de leur façon de s’indigner face à chaque déclaration déplacée », comme l’ont expliqué par courriel au Devoir les créateurs de ces carambolages du sens. Apprentis poètes, ils ont « commencé à réfléchir à l’essence de la phrase — même la plus stupide — et aux manières de la repoétiser. Les mots disent quelque chose, ils ne sont pas lancés comme ça, au hasard. Avec le temps, Dérapages est devenu pour nous une source de réflexion permanente sur l’actualité et ses aléas. Ce qui constitue ou non, pour nous, un Dérapage est une question très sérieuse. »

     

    Le trio s’est fixé certaines règles, sa propre éthique en quelque sorte. « Nous n’aimons pas les lapidations publiques, précisent-ils, et ne tenons pas mordicus à y participer. Nous n’aimons pas non plus les cibles trop faciles ; nous nous sommes interdits assez tôt de transformer en poème les dires de chroniqueurs à go go chez qui la déclaration imbécile est une activité rémunérée. Nous essayons d’être les premiers sur les lieux de l’accident. Nous cherchons à identifier ce moment précis où la parole publique prend le décor. »

     

    Drôle ? Certainement. Cynique ? Triste ? Aussi. Les six mains derrière Dérapages poétiques sont conscientes de pratiquer « l’humour le plus tragique qui soit : celui d’un monde défait devenu sa propre blague ». Avec l’espoir de redonner, par résonance et en contrepoint, tout leur poids et leur sens aux mots.













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