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    Les compressions silencieuses

    La culture a déjà largement contribué, juge l’économiste Pierre Fortin

    Le MAL craint que le climat financier actuel ne sonne le glas de plusieurs activités culturelles. Ici, de jeunes danseuses observent La petite danseuse de Degas, de passage au MBAM.
    Photo: Annick MH De Carufel Le Devoir Le MAL craint que le climat financier actuel ne sonne le glas de plusieurs activités culturelles. Ici, de jeunes danseuses observent La petite danseuse de Degas, de passage au MBAM.

    À l’écart des coupes radicales de l’automne qui touchent l’éducation, la santé et les programmes sociaux, le secteur de la culture retient son souffle et croise les doigts devant le vent d’austérité qui souffle sur le Québec. D’autant qu’il ressent déjà les contrecoups de ce qui se passe ailleurs.

     

    Le Mouvement pour les arts et les lettres (MAL) a fait part au Devoir de plusieurs témoignages, surtout venus des régions, disant que les coupes extérieures au ministère de la Culture et des Communications (MCC) se font sentir partout. Les compressions à Emploi Québec affecteraient les subventions salariales en culture, alors que les ponctions au ministère de l’Éducation, des Loisirs et des Sports et dans les commissions scolaires risquent de sonner le glas de plusieurs activités culturelles, rapporte l’organisme. L’abolition des conférences régionales d’élus et des centres locaux de développement se répercute aussi sur le terrain culturel. Entre autres.

     

    « L’impact de toutes les mesures [d’austérité] n’est pas seulement direct, mais indirect, rappelle l’économiste Pierre Fortin. Si tout ça fait ralentir l’économie, ce qu’un couple ou une famille va supprimer, c’est ce qui n’est pas nécessaire à sa survie, donc ses dépenses en culture. »

     

    On peut envisager le verre à moitié plein et rappeler que le budget du ministère de la Culture et des Communications est, depuis les années de vaches maigres, épargné, maintenu, voire minimalement accru. La ministre Hélène David vantait la croissance de 1 % des sommes allouées à la culture et l’ancien titulaire péquiste Maka Kotto encensait la hausse sibylline de 2,1 % en 2012, principalement affectée au service de la dette.

     

    Mais toute la force du symbole positif ne réussit pas à cacher les compressions silencieuses que subit le secteur depuis plusieurs années — le verre à moitié vide. « Depuis 10 ans, il y a eu une baisse des dépenses en culture par rapport aux dépenses globales », affirme M. Fortin, qui a témoigné au nom de plusieurs syndicats de travailleurs culturels dans le cadre de la commission Godbout sur la fiscalité en octobre.

     

    Pour lui, l’argument libéral selon lequel chacun doit contribuer ne tient pas la route pour les gens de la culture. « Ce serait d’une iniquité foncière d’aller de l’avant avec des coupes, dit-il. Ils se sont déjà serré la ceinture. Ils l’ont fait, leur part. » Le réseau muséal en sait quelque chose avec les compressions successives de ses budgets. Même le rapport Corbo en 2013 appelait à un rattrapage de son financement.

     

    L’économiste signale que les dépenses de programmes en culture ont progressé deux fois moins (11 %) que celles en économie (25 %) entre 2006 et 2013 et quatre fois moins que celles du secteur de la santé (40 %). Il rapporte aussi les conclusions d’une récente note économique de l’Institut de recherche et d’information socio-économique qui conclut à la forte précarisation des artisans du secteur de l’audiovisuel, où temps partiel et contrats cumulés sont la norme.

     

    S’il estime qu’il n’y a pas encore de catastrophe déclarée, il invite à la prudence, enjoignant aux gouvernants d’éviter de frapper un « secteur vital pour notre identité », qui ne se soumet pas mal aux diktats économiques. « L’impact de la culture dépasse énormément le marché immédiat qui la concerne. Si tu laisses l’économie marchande pure s’en occuper, elle va disparaître. »













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