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    L’Écomusée du fier monde

    La 4D au service du patrimoine

    22 novembre 2014 | Arnaud Stopa - Collaborateur | Actualités culturelles
    L’environnement 4D proposé par l’Écomusée du fier monde pour modéliser l’usine sise sur la rue Panet se veut novateur.
    Photo: Nathalie Charbonneau L’environnement 4D proposé par l’Écomusée du fier monde pour modéliser l’usine sise sur la rue Panet se veut novateur.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le Québec est en retard dans le développement d’outils numériques dans un cadre muséal. En attendant les retombées du Plan culturel numérique, certains musées ont déjà pris des initiatives. L’Écomusée du fier monde s’est allié avec le Laboratoire d’histoire et du patrimoine de l’Université du Québec à Montréal pour faire revivre, au moyen d’une modélisation évolutive, l’usine Raymond, sise sur la rue Panet à Montréal. Une première dans la province, dont l’inauguration aura lieu en octobre 2015. Retour sur la genèse du projet.


    Le doigt sur le curseur du temps, le bâtiment s’agrandit ; les photos s’affichent, le texte défile. L’utilisateur fait pivoter le bâtiment, s’en approche, y entre. Il comprend alors que l’ancienne usine Raymond a été bâtie dans un siècle d’expansion. De cette évolution, il ne reste que photos, plans, témoignages, et ce qu’il reste du bâtiment : l’actuelle Usine C. L’Écomusée du fier monde investit le numérique pour souligner ce patrimoine.

     

    L’environnement 4D — pour l’espace et le temps — proposé par le musée pour modéliser l’usine de confiture de fruits se veut novateur. « L’utilisateur verra l’évolution du site, car ce n’est pas seulement un bâtiment, mais quatre. Il y a eu beaucoup d’évolution [depuis 1913], comme des ajouts d’étages, la construction d’entrepôts, d’une chaufferie, d’annexes, etc. Il y a eu beaucoup de modifications, c’est très intéressant de voir ça », explique Nathalie Charbonneau, agente de recherche au Laboratoire d’histoire et du patrimoine de l’Université du Québec à Montréal et conceptrice de l’application.

     

    Le laboratoire collabore depuis longtemps avec l’Écomusée et il avait été décidé d’utiliser le site de l’usine Raymond, fermée dans les années 1970, pour cette première expérimentation, indique Joanne Burgess, directrice du Laboratoire. « L’usine Raymond nous intéressait parce qu’on a un site industriel qui se développe en pleine zone résidentielle et qui prend de l’expansion en transformant les espaces périphériques. »

     

    René Binette, directeur de l’Écomusée, prévoyait utiliser l’environnement 4D en prévision d’une exposition pour le 375e anniversaire de Montréal. « On a un projet qui s’appelle Nourrir le quartier, nourrir la ville, dont le résultat est prévu pour 2017. On cherche à comprendre comment on passe d’une production maison à une production industrielle. Les anciennes usines Raymond, actuellement l’Usine C. »

     

    Développement maison

     

    Nathalie Charbonneau travaille sur l’application depuis deux ans. À partir des documents qu’on lui a fournis — plans d’architecte, mesures de terrains, photos —, elle a mis en place un programme spécifique pour l’usine Raymond. « C’est un système qui lie trois logiciels. Un logiciel-cadre de conception assisté par ordinateur, qui génère la maquette, modélise et crée les géométries ; une base de données pour le volet information — les mesures, par exemple — et un module de visualisation, Unity 3D, qui est un moteur de jeu, pour être utilisable dans le cadre d’une interaction. »

     

    Bien que le jeune public sera plus à l’aise, Nathalie Charbonneau estime que cet outil de vulgarisation, qui met à disposition toutes les connaissances historiques du site, sera utilisable par tous. « On veut vraiment joindre un public le plus varié possible. On ne veut pas juste une interface pour des jeunes qui aiment bien les jeux vidéos 3D. Il y aura des petites interfaces partielles pour ceux qui ont moins l’habitude des interfaces complexes, ou qui ont des problèmes de vue ou d’alphabétisation », indique-t-elle.

     

    Collecte de sources participatives

     

    L’application, subventionnée par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, a subi une série de tests auprès d’usagers au cours de cette année pour évaluer les besoins et les améliorations à apporter. Les retours sont positifs, selon Mme Charbonneau. « Ce que les gens apprécient le plus, c’est le lien entre photo et maquette numérique. La maquette est un peu froide, car ce sont des formes parfaites, il n’y a pas de textures. On l’a faite juste pour se repérer dans le site. Les photos sont d’autant plus intéressantes qu’il y a des gens au travail ou des voitures d’époque. C’est très apprécié ! »

     

    La prochaine étape, c’est l’utilisation par des personnes qui ont travaillé dans l’usine, afin de recouper les sources et apporter des modifications aux données historiques. « On espère faire du crowdsourcing, avec des gens qui connaissaient le site et qui nous diront, par exemple, que ce mur n’était pas là parce qu’il y avait une machine, ou qu’ils rentraient par cette porte plutôt qu’une autre », explique-t-elle.

     

    Selon l’agente de recherche, le Québec est très en retard sur le plan numérique, comparativement à la France, par exemple. « Il y a beaucoup de choses intéressantes qui s’y font au niveau du patrimoine, et nous, on est un peu à la traîne. La 3D est un domaine intéressant. Si les gens prennent l’habitude de trouver ces bornes interactives dans les musées, il y aura moins de barrières pour explorer cette voie. » Elle espère ainsi pouvoir utiliser l’environnement 4D du laboratoire et le décliner pour d’autres sites patrimoniaux.

     

    Présentation au public

     

    Les recherches ont amené à fouiller les archives de HEC Montréal, où l’héritière de la famille Raymond avait déposé un important fonds. « Il y a tellement de stock sur Alphonse Raymond qu’on fera une exposition dès l’an prochain, au mois d’octobre, indique René Binette. On est en train de travailler sur une façon d’intégrer la modélisation. Ça va rendre le tout plus dynamique. Une photo, c’est beau, c’est intéressant avec un texte, mais là, on va avoir une image qui bouge, on a quelque chose avec quoi les gens vont interagir. »

     

    Heureux hasard, l’Usine C fêtera ses 20 ans l’année prochaine, et une collaboration est envisagée par le musée, indique son directeur. « On va voir avec eux comment on va aussi intégrer l’histoire de l’usine à la programmation de leur anniversaire. Je vois ça avec des visites guidées du quartier, par exemple. »













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