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Louis Hamel, ambassadeur du Canada à l'UNESCO - Diversité culturelle: la politique des petits pas

La prochaine étape commence dans deux semaines à Paris

Il n'y a pas de secret, même en diplomatie. Pour arriver à ses fins, il faut travailler, travailler et encore travailler. Dans ce domaine feutré, le QG de la capitale décide de la stratégie appliquée ensuite par le capitaine-ambassadeur sur le terrain, à l'étranger plus ou moins lointain.

La règle a tenu pour la convention internationale sur la diversité culturelle que le Canada (comme le Québec... ) souhaite faire adopter par les quelque 190 membres de l'UNESCO. Avant que la 32e Conférence générale de la mi-octobre, à Paris, accepte le développement de cette nouvelle charte mondiale, l'ambassadeur canadien auprès de l'organisme onusien pour la culture et l'éducation a personnellement contacté 90 de ses collègues. Aussi bien dire les représentants de la moitié du monde.

«L'idée de la charte a beaucoup progressé, mais le Canada n'est pas le seul à pousser à la roue», commente l'ambassadeur Louis Hamel, interviewé cette semaine lors de son passage au pays. «Nous avons beaucoup d'alliés, à commencer par le Québec et la France. Je pense même que l'intervention favorable du président Jacques Chirac dans le dossier, cette année, a été déterminante pour la suite des choses.»

Il mentionne aussi le rôle «essentiel» des artistes et des associations professionnelles dans ce dossier. La Coalition pour la diversité culturelle, fondée à Montréal au printemps 1998 par les principales associations québécoises du milieu culturel, comprend maintenant 32 associations représentant les créateurs, les artistes, les producteurs, les distributeurs, les radiodiffuseurs et les éditeurs oeuvrant dans les secteurs du livre, du cinéma, de la télévision, de la musique, des arts d'interprétation et des arts visuels. La coalition a déjà fait une dizaine de petits dans le monde, de l'Australie à la Corée.

La prochaine échéance cruciale pour tout ce beau monde arrive dans deux semaines, toujours à Paris, avec la première réunion des experts mandatés pour plancher sur une proposition de texte. Le professeur Ivan Bernier, juriste de l'Université Laval, fait partie du lot. Les mandataires se rencontreront de nouveau en février et déposeront autour d'avril une première version au comité exécutif de l'UNESCO. Les pays membres recevront une proposition au plus tard sept mois avant l'assemblée générale chargée d'en débattre et de la juger. Le vote sur la convention sur la diversité culturelle pourrait donc se tenir à Paris en octobre 2005. «Les délais sont serrés mais jouables, dit l'ambassadeur canadien. On pourrait aussi décider de donner du temps au temps. Mieux vaut étendre les délais pour arriver à un meilleur résultat.»

Louis Hamel est en poste depuis le 11 septembre... 2000. «Je suis arrivé à l'UNESCO pendant une période très intéressante, dit-il. Le nouveau directeur général [le Japonais Koichiiro Matsuura, élu en 1999] a entrepris des réformes importantes. Il a réduit et redynamisé les bureaux de l'UNESCO. Il a redéfini les grands objectifs de l'organisation.»

L'optimisme des fonctionnaires mondiaux laisse pantois. L'UNESCO prétend pouvoir réduire de moitié la proportion de la population vivant dans l'extrême pauvreté, d'ici à 2015, assurer l'éducation primaire universelle dans tous les pays, d'ici à 2015, et éliminer les disparités entre les sexes dans l'éducation primaire et secondaire d'ici à 2005... Oui, bien sûr...

Sur un plan peut-être plus réaliste, il y a toujours ce sommet mondial de la société de l'information, qui s'ouvre mercredi prochain à Genève. Pour la première fois dans un sommet onusien, la société civile est conviée à égalité avec les États. On y discutera notamment du contrôle des infrastructures de communication, ce néocolonialisme numérique qui défavorise encore et toujours les pays pauvres.

Les États-Unis, leader mondial du secteur des nouvelles technologies, participeront au sommet en tant que nouveau membre de l'UNESCO. Les Américains avaient claqué la porte de l'organisme il y a 18 ans, en l'accusant de mauvaise gestion.

Ce retour de l'enfant prodigue, annoncé le 12 septembre par Laura Bush, la femme du président américain, rajoute des dizaines de millions au budget, qui passera de 700 millions l'an dernier à 800 millions en 2004. «L'apparition-surprise des États-Unis suscite admiration et crainte, dit l'ambassadeur canadien. Le plus puissant pays du monde doit être présent dans les discussions concernant la culture ou l'éducation dans le monde. Mais il revient aussi pour défendre ses vues et ses intérêts, dans le domaine de la diversité culturelle comme dans les autres dossiers chauds.»

Quelques hauts gradés d'origine canadienne aident maintenant à donner des coups de balai dans la machine mondiale autrefois ostentatoire. Dyane Dufresne-Klaus dirige le bureau des ressources humaines. Elle a nettoyé le secteur de ses mauvaises habitudes népotistes, assure l'ambassadeur Hamel. Le vérificateur général de l'UNESCO vient aussi d'ici. Au total, une trentaine de Canadiens s'activent au sein de l'organisme onusien, par exemple dans la haute direction des secteurs de l'éducation ou des affaires aborigènes.

La contribution canadienne au budget de l'organisme atteint environ 25 millions par année. L'ambassade du Canada auprès de l'UNESCO, avec ses cinq employés, coûte moins de un million. Par contre, contrairement à d'autres capitales, Ottawa ne rajoute que très exceptionnellement des fonds pour des projets spéciaux. Les Européens, eux, remplissent souvent le chapeau, par exemple pour intervenir dans des situations de crise, en Afghanistan ou dans une autre zone de conflit. «Le gouvernement fédéral paye ses contributions rubis sur l'ongle mais ne consent pas des subventions séparées», reconnaît honnêtement le capitaine Hamel, même s'il n'est pas là pour tirer sur le QG...
 
 
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