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    Relire Félix Leclerc

    Le centenaire de naissance du chansonnier offre l’occasion de dépoussiérer son image

    « Tous les grands débats que la société québécoise traverse depuis une dizaine d’années ont des liens avec ce que Félix Leclerc nous disait », estime le musicologue Luc Bellemare.
    Photo: Agence France-Presse « Tous les grands débats que la société québécoise traverse depuis une dizaine d’années ont des liens avec ce que Félix Leclerc nous disait », estime le musicologue Luc Bellemare.

    Dans le Web, au Quartier des spectacles, sur les plaines d’Abraham. À entendre Bernard Adamus s’approprier avec naturel Attends-moi ti-gars, on pourrait croire que l’auteur de Brun et Numéro 2 est un enfant de Félix Leclerc. Eh non. En réalité, dit-il, « c’est quelqu’un que j’ai plus lu qu’écouté. J’ai lu ses romans et ses recueils de contes, les trois Adagio, al dente, c’est pas al dente, je dis n’importe quoi, ces trois-là [Adagio, Allegro, Andante, publiés en 1943 et 1944]. »

     

    Félix Leclerc (1914-1988) aurait eu 100 ans ce 2 août. L’occasion, pour plusieurs comme Adamus, de rappeler l’étendue de son legs, au-delà de ses grandes chansons. Le patriarche aurait apprécié : il aurait voulu qu’on se souvienne de lui comme d’un auteur avant tout. Ce qui n’est pas toujours le cas.

      

    Auteur, raconteur, poète

     

    « L’image du monument de la chanson fait un peu d’ombre », lance le musicologue Luc Bellemare, diplômé de l’Université Laval. Félix Leclerc, croit-il, a beaucoup plus à nous dire qu’à travers ses seuls classiques.

     

    « On se souvient de lui comme d’un chansonnier, alors qu’il a fait des recueils de contes, des nouvelles, du théâtre. Son théâtre, on le connaît très mal », estime le chercheur, auteur en 2007 d’une thèse consacrée à l’auteur de Bozo. La pièce politique Maluron, créée à la fin des années 40, oubliée depuis, montre que son nationalisme ne surgit pas avec la Crise d’octobre.

     

    Félix Leclerc, auteur, raconteur, poète. À celui qu’il qualifie de « mélange d’intellectuel et de Brassens », Adamus fait un clin d’oeil dans Le fou de l’île, huitième titre de Brun. Vincent Vallières, lui aussi, préfère ce modèle, alors que le guitariste l’intimide. « J’ai toujours eu un désir de m’approprier son propos », dit celui qui a créé Fabriquer l’aube, avec en tête Calepin d’un flâneur, carnet de réflexions de Félix Leclerc.

     

    L’animateur de Vallières, sur les ondes d’Espace musique, n’a enregistré du Félix qu’une fois, avec Marc Déry, pour un disque-hommage en 2008. Un vrai plaisir qu’il a eu à déterrer Complot d’enfants, courte chanson d’une minute, rallongée et transformée en pop, avec refrain et tout. Vincent Vallières apprécie que les gens de sa génération en fassent autant. Voilà la preuve, selon lui, que les textes de Félix Leclerc vieillissent bien. Il consacrera d’ailleurs une partie de l’émission de ce vendredi et de ce samedi à ce répertoire rafraîchi, avec des cas tels que Le tour de l’île version Karkwa et Le chant du patriote par Daniel Boucher.

     

    Retour dans le passé

     

    Convaincu que les textes et les archives dormantes de Félix Leclerc recèlent des propos d’actualité, Luc Bellemare voit, dans la redécouverte de l’écrivain, plus qu’un retour dans le passé.

     

    « Tous les grands débats que la société québécoise traverse depuis une dizaine d’années ont des liens avec ce que Félix Leclerc nous disait », estime le musicologue.

     

    La laïcité, dit-il, Félix Leclerc, divorcé, en a fait un combat bien avant l’heure. Une chanson méconnue, La Veuve, éditée en 1969, exprime cette nécessité de s’éloigner de la religion. La question écologique, sinon, est très présente chez l’auteur de Mort de l’ours. « Au milieu des années 1950, rappelle le spécialiste, il prend conscience que cette nature nous appartient. Ça rejoint nos débats sur les ressources naturelles, que ce soient les mines, les forêts, le pétrole. »

      

    Rebâtir le monument

     

    Roland Stringer, qui dirige La montagne secrète, maison de disques spécialisée dans le répertoire québécois ajusté à hauteur d’enfant, a lancé en 2006 Chapeau Félix. L’hommage apportait de l’air frais : un groupe d’interprètes uniquement féminin et l’inclusion d’un Cadet Rousselle enregistré par Félix Leclerc dans le cadre d’un film de l’ONF sur fond de gouaches de Jean Dallaire.

     

    « J’ai su que Félix avait fait [Cadet Rousselle] 20 ans après Dallaire. Cette idée qu’il s’est greffé à une idée qui existait déjà me plaisait », dit M. Stringer, qui croit qu’on gagne à voir Félix Leclerc autrement que comme un génial auteur-compositeur. Il préfère l’image de quelqu’un de simple, resté, malgré les succès parisiens, « avec de belles valeurs, fidèle à soi ».

     

    Félix Leclerc, père de la chanson québécoise ? De tels énoncés agacent Luc Bellemare, qui y voit l’instauration de mythes faussant la réalité. La Bolduc, Alys Roby ou le Quatuor Alouette, rappelle-t-il, sont apparus avant lui.

     

    « Félix Leclerc est le premier à se présenter sur une scène avec sa poésie, ses chansons, des textes recherchés et une guitare acoustique. Ça n’existait pas dans l’espace francophone. Il influence Brel, Brassens, tout un mouvement. Ça fait de lui le père des chansonniers. Ce n’est pas la même chose que le père de la chanson québécoise », clame l’universitaire.

     

    Pour Luc Bellemare et ses collègues de l’UQAM, le 100e anniversaire de Félix sera l’occasion de rebâtir le « monument » et de relire Leclerc. En septembre, l’établissement montréalais sera l’hôte d’un colloque dédié à son oeuvre. Le programme est à compléter, mais les spécialistes invités devraient revisiter le théâtre de Félix Leclerc ou ses idées sur la langue et l’identité.













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