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    Pour une stratégie numérique

    Défi culturel urgent

    L’ère des médias de masse avait bien des défauts, mais puisque rien n’est parfait, l’ère du numérique qui lui a succédé n’en est pas dénuée non plus. Entre autres pour l’avenir des petites cultures périphériques. Ainsi, il urge que soit déployée et amplifiée la « stratégie culturelle numérique » annoncée par Maka Kotto et poursuivie par le gouvernement Couillard.

    On le répétait sans trop y croire aux débuts de l’Internet démocratique, il y a 20 ans : le numérique, ou les « autoroutes de l’information » — selon la métaphore douteuse en vogue alors —, allait tout changer. C’est peut-être là une des rares prédictions des futurologues à s’être véritablement avérée ! Aujourd’hui, de l’industrie du taxi à la musique en passant par les médias, la démocratie et la télévision généraliste, tous les secteurs semblent être bouleversés par la transition vers une société numérique.

     

    Des possibilités infinies se sont ouvertes, on ne peut le nier et on doit le célébrer : l’accès à l’information, notamment des documents et des archives ; interaction, instantanéité, nouvelles formes de socialité, etc. Mais contrairement à ce que promettaient les futurologues prophètes d’une sorte de « nirvanet », cette ère n’est pas sans défauts.

     

    Quelle était cette utopie populaire en 1995 ? La fin de la domination des médias de masse — où un diffuseur « arrosait » une population sans rétroaction — ouvrait, disait-on, une ère où chaque personne accéderait au savoir, pourrait s’exprimer et trouver son public, cocréer ses oeuvres. L’homme devenait un média pour l’homme. Il y avait là un espoir de réciprocité, d’égalité, de développement inédit de l’« intelligence collective ».

     

    Deux décennies plus tard, certains tentent de dresser un bilan. Dans les entrevues qu’elle accorde (à propos de son essai The People’s Platform), la documentariste Astra Taylor fait l’hypothèse d’un renversement au moins partiel de l’utopie de l’Internet des années 1990. Les hiérarchies médiatiques ancestrales devaient être abolies, mais voilà que de nouvelles se sont constituées, souligne-t-elle. Et bien des créateurs et « fournisseurs de contenus » se trouvent, plus que jamais, menacés d’indigence, voire de pauvreté. Les utopistes d’Internet comme John Perry Barlow détestaient le droit d’auteur, vantaient la gratuité. Mais ce faisant, n’ont-ils pas sapé des possibilités de revenus pour nombre de créateurs ? Comme le disait Beaumarchais, l’inventeur du droit d’auteur, « l’auteur, il doit manger tous les jours » !

     

    L’ère actuelle comporte une part d’illusion, souligne Astra Taylor : « La culture gratuite, comme la nourriture bon marché, implique des coûts cachés. » Notamment une nouvelle sorte de « féodalisme » : les masses créatives travaillent, se connectent, échangent… et pendant ce temps, Google, Facebook et Amazon ramassent l’argent (habile formule du New York Times du 18 juillet). Autres gagnants : les gros phénomènes culturels de masse (Beyonce, Game of Thrones, Fifty Shades of Grey, etc.), qui ne sont pas entièrement nouveaux, mais qui deviennent, plus rapidement, plus planétaires que jamais. En dessous d’eux, il y a une « classe moyenne » de créateurs qui, dans le bouleversement des anciens modes de production et de diffusion, perdent énormément au change, soutient encore Taylor : romanciers, chanteurs, musiciens, scénaristes, journalistes d’enquête, etc.

     

    Intéressantes, les thèses de Taylor semblent occulter d’autres perdants dans ce nouveau monde : les artistes et créateurs issus des cultures périphériques nationales, comme ceux du Québec, qui sont trop souvent marginalisés en musique, en télévision et en littérature. Alors qu’au contraire y est ultrafavorisée la culture anglo-américaine de masse, l’ancienne (car archivée et redistribuée massivement) comme la nouvelle, devenue commune à l’ère numérique.

     

    Heureusement, le gouvernement Couillard a décidé de conserver la stratégie numérique annoncée peu avant les élections par l’ancien ministre péquiste de la Culture, Maka Kotto. Dans le budget Leitao, on l’a dotée d’un budget de 110 millions de dollars. Lors de l’étude des crédits, la ministre Hélène David a promis de déposer un « plan de déploiement » à l’automne. Il ne faudrait pas trop tarder. Le terme a peu été employé dans les documents jusqu’à maintenant, mais il s’agit d’une politique de « diversité culturelle », qui pourrait du reste se montrer plus ambitieuse et aborder la démocratie. Le Manifeste pour un Québec numérique libre et ouvert, lancé pendant la dernière campagne, le disait à sa manière : « Ces transformations nous arrivent de l’extérieur plus souvent que de l’intérieur, et nos intérêts sont loin d’être pris en compte. Il importe d’agir au niveau politique afin de nous assurer d’exercer le plus grand degré de maîtrise des enjeux du numérique, aujourd’hui comme demain. »

     
     
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