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    Gatineau - L'argent de l'or noir soutient le Musée des civilisations

    L’institution de Gatineau accepte de recevoir un million de dollars en commandite de l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) pour financer ses prochaines expositions.
    Photo: Olivier Zuida Archives Le Devoir L’institution de Gatineau accepte de recevoir un million de dollars en commandite de l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) pour financer ses prochaines expositions.
    Ottawa — Le pétrole est partout, et il sera désormais aussi au Musée canadien des civilisations. L’institution de Gatineau accepte de recevoir un million de dollars en commandite de l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) pour financer ses prochaines expositions. Les magnats de l’or noir n’auront pas leur mot à dire sur le contenu, mais reconnaissent qu’ils se serviront des expositions itinérantes pour faire parvenir leur message économique là où il ne se rend pas.

    Le million de dollars sera versé sur cinq ans, à raison de 200 000 $ par année. À titre de comparaison, les commandites en argent du Musée canadien des civilisations ont totalisé, selon le dernier rapport annuel, 1,1 million de dollars en 2013 et 723 000 $ en 2012. Le gouvernement fédéral verse 71 millions de dollars par année au musée. De l’aveu même du président-directeur général, Mark O’Neill, « 200 000 $ par année, c’est beaucoup pour le musée ».

    L’idée de cette collaboration a d’abord germé dans la tête des dirigeants de l’institution muséale. En entrevue, M. O’Neill reprend à son compte l’argumentaire de l’industrie pétrolière sur son importance dans l’économie canadienne, importance qui justifie cette collaboration nouvelle. « C’est notre direction du développement qui a contacté l’ACPP pour développer un partenariat, raconte-t-il. On a pensé que c’était un secteur très important du Canada. Ça représente la majorité de l’énergie produite au Canada. C’est une industrie très importante pour le pays. »

    Rappelons qu’il y a deux ans, le Musée des sciences et de la technologie du Canada, à Ottawa, avait inauguré l’exposition Énergie, le pouvoir de choisir, qui avait reçu 50 000 $ de cette même ACPP. Lors de sa visite, Le Devoir avait constaté que le segment portant sur les sables bitumineux passait sous silence les aspects les plus dérangeants de cette industrie et reprenait à son compte le justificatif économique de l’ACPP. Le Musée avait juré que l’industrie n’avait pas eu son mot à dire. Des courriels obtenus en vertu de la Loi d’accès à l’information avaient démontré par la suite qu’au contraire, l’ACPP avait influé sur le contenu de l’exposition. Son président, David Collyer, avait notamment demandé — et obtenu – que ne soient pas utilisées les images des camions miniers surdimensionnés.

    Le p.-d.g. du Musée canadien des civilisations se montre malgré tout à l’aise et promet qu’il n’y aura pas de dérapage. « Je ne pense pas qu’il y ait un conflit entre les deux. Toutes les institutions comme le Centre national des arts, le Musée des sciences, le Musée des beaux-arts ont des partenariats avec des associations comme l’ACPP. Ce n’est pas nouveau. »

    «Entrer en contact avec les Canadiens»

    L’ACPP, jure M. O’Neill, n’aura aucune influence sur le contenu des expositions, qui, par ailleurs, ne porteront pas sur le pétrole, mais sur des sujets aussi variés que le naufrage de l’Empress of Ireland, Terry Fox, la Confédération de 1867 ou… la neige. « Pas du tout, affirme-t-il en français. Ce sont nos chercheurs et d’autres spécialistes du musée [qui décideront du contenu]. Il n’y aura pas une occasion pour que l’Association soit impliquée dans les expositions. »

    M. Collyer, qui était présent à la conférence de presse de lundi, tient le même discours. « Le contenu de ces expositions et ce que le Musée décide de faire avec cette commandite est complètement indépendant de toute influence de notre part. Nous commanditons l’institution, nous n’influons d’aucune manière sur le contenu mis en avant par cette institution. » Les compagnies pétrolières s’attendent seulement à voir leur nom dans le matériel promotionnel des expositions. « Rien d’autre », dit-il.

    M. Collyer explique que c’est parce qu’elle veut être vue comme un bon organisme citoyen que l’Association verse autant d’argent. Cette commandite, dit-il, figure parmi les plus grosses jamais accordées par l’ACPP.

    « Nous ne sommes pas parfaits en tant qu’industrie, et aucune ne l’est, mais nous sommes plutôt bons à faire ce que nous faisons et nous continuerons à nous améliorer. Une chose dans laquelle nous devons devenir meilleurs, c’est d’entrer en contact avec les Canadiens à travers le pays pour qu’il y ait une bonne compréhension des avantages et des bénéfices de l’industrie pour le pays, mais aussi une bonne compréhension de ce qui est fait pour améliorer notre performance environnementale et sociale. […] Notre partenariat avec une institution comme le Musée nous donne cette présence nationale. Parce qu’il a ce rayonnement à travers le pays, il nous donne l’occasion d’avoir une présence dans toutes les régions du pays où il nous serait difficile autrement d’avoir accès. »

    L’exposition 1867 prévue pour le 150e anniversaire du Canada s’intéressera aux « facteurs sociaux, culturels, économiques et démographiques » ayant contribué à la création du pays. Les dirigeants affirment que le pétrole n’y sera pas discuté plus que nécessaire. Le Musée doit changer de nom pour devenir le Musée canadien de l’histoire, mais le projet de loi, mort au feuilleton avec la prorogation du Parlement, a été déposé de nouveau, mais pas encore été adopté.












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