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    Fouiller l’âme sonore de Montréal

    Stephen Bain et d’autres fidèles marquent les dix ans des Escales improbables

    En 2011, Stephen Bain avait été captivé par l’ancien Montréal révélé au musée Pointe-à-Callière.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir En 2011, Stephen Bain avait été captivé par l’ancien Montréal révélé au musée Pointe-à-Callière.
    Des escales formées de fidèles, de fêtes et d’orgies sonores

    « Dans la trame du 10e anniversaire, on trouvait important qu’il y ait une large place à ces artistes avec qui on a construit des histoires de fidélités », confie la fondatrice et directrice artistique des Escales improbables, Sylvie Teste.

    Toujours fidèle à la danse, celle-ci invite la compagnie Mandoline hybride à reprendre ses Installations mouvantes en formule souper-spectacle (à l’Espace Lafontaine) une version toute spéciale pour le 10e anniversaire

    Jérôme Minière reprend lui aussi son Épicerie musicale, qui jumelle culture musicale et agriculture, avec Marie-Pierre Normand et la participation de Tristan Malavoy. En kiosque : des fruits pour nourrir le corps et l’esprit.

    L’ensemble Constantinople était des toutes premières Escales en 2004. Il revient avec La nuit aux 1000 oreilles, reconstitution imaginaire de la musique de la poétesse grecque de l’Antiquité, Sappho. La composition pour instruments persans, viole d’amour, clarinette basse et percussions donne vie à ses vers portés par la chanteuse grecque invitée, Savina Yannatou.

    L’art sonore est à d’ailleurs à l’honneur de cette 10e mouture. Outre les fidèles, le Français Christophe Hocké s’installe dans son Human Juke Box, autour de la Place des Arts. Il y distille musiques et chansons des années 60 à nos jours, au gré des désirs des passants. Il suffit de tourner les boutons… Entre boîte à musique et cabinet de curiosités.

    Sa mini-maison victorienne, plantée au milieu des allées et venues du Vieux-Port de Montréal, avait fait l’événement des Escales improbables 2011. L’artiste néo-zélandais Stephen Bain revient cette année fêter les dix ans de la manifestation avec une installation d’archéoacoustique s’inspirant de l’esprit du Vieux-Montréal.

     

    Belle manière de saluer en même temps l’esprit de cette manifestation qui investit les quais de manière multiple (par la musique, la danse, l’art visuel, la performance) en invitant le public à se laisser surprendre, à s’arrêter pour regarder son environnement autrement.

     

    Soundig ressemble à un petit chantier archéologique sous les bâches. « L’idée est de découvrir des éléments de culture et d’anthropologie pour reconstruire comment la vie se passait avant, mais à travers le son, explique l’artiste au Devoir, sur le site où sera bientôt érigé son antre sonore. On a récolté des sons environnants mais aussi des sons historiques tirés des archives orales, de YouTube et des cartographies sonores déjà existantes, comme montrealsoundmap.com. »

     

    Bain essaie en quelque sorte de capter l’atmosphère propre à Montréal, inspiré par le bouquin Psyche The City dans lequel des psychanalystes jungiens fouillent l’« âme » des métropoles. Soundig tente de représenter trois champs de la psyché. La conscience regroupe les sons récoltés un peu partout pour représenter le quotidien. L’inconscient personnel prend la forme d’une transposition sonore des « récits et mondes imaginaires qui nous affectent ». Pour l’inconscient collectif, Bain et son équipe ont planté des micros sous le sol, via l’égout attenant, dont l’écoulement, généreux le jour de l’entrevue, semblait rappeler l’existence de l’ancienne rivière Saint-Pierre, qui coulait par là…

     

    L’art de la rencontre

     

    Le charme de l’affaire, c’est que les balbutiements de ce concept ont germé ici même, alors que Bain présentait Baby… ? en 2011. Fasciné par le travail des archéologues, il avait été captivé par l’ancien Montréal mis au jour au musée Pointe-à-Callière. « Il m’a appelée peu de temps après pour me dire : “J’ai une idée !” », raconte Sylvie Teste, directrice artistique des Escales improbables. Le réinviter s’imposait tout naturellement.

     

    Intimement liée au lieu où elle se déploie, l’installation archéoacoustique incarne l’approche in situ que les Escales de jour (celles qui se déroulent dans le Vieux-Port) ont souvent adoptée sans en faire un « absolu ».

     

    On se souvient notamment d’Idylle, installation évolutive créée pour le bassin d’eau du Vieux-Port, en écho au fleuve, des installations Forêt et Sacs de prière du sculpteur Phil Allard. Cette année, le tandem chorégraphique Mandoline hybride propose ses Installations mouvantes qui distillent poétiquement l’esprit des cafés, bistrot et terrasses. Aux Escales de ville, qui s’enfoncent dans le tissu urbain depuis quelques années, le chorégraphe et danseur Peter Trosztmer reprend sa performance 5 of 6 Machines dans un édifice industriel de Griffintown, inspirée du lieu, de ses outils et matériaux et du travail qui s’y déployait jadis.

     

    Tirée du jargon archéologique, l’expression latine a d’abord été appliquée à l’art public, puis repiquée, adaptée, parfois galvaudée un peu.

     

    « La question de l’in situ est en pleine évolution, explique Mme Teste. D’autres disciplines se sont approprié le concept. Pour nous, il s’agit surtout de création en espace public. » Car le coeur battant des Escales, après tout, c’est la rencontre inusitée, pluridisciplinaire avec les passants.

     













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