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    Le village fortifié d’Odanak retrouvé

    Des artefacts viennent confirmer l’existence du seul et unique fort autochtone connu en Amérique du Nord

    La découverte de pieux massifs de 20 à 25 centimètres de diamètre et d’une enfilade de traces de piquets dans la cour arrière du Musée des Abénakis, à Odanak, vient confirmer l’existence du seul et unique fort autochtone connu en Amérique du Nord.
    Photo: Musée des Abénakis La découverte de pieux massifs de 20 à 25 centimètres de diamètre et d’une enfilade de traces de piquets dans la cour arrière du Musée des Abénakis, à Odanak, vient confirmer l’existence du seul et unique fort autochtone connu en Amérique du Nord.
    Des Abénakis industrieux

    Creusées dans le sable, les fosses fouillées par les archéologues Geneviève Treyvaud et Michel Plourde ont non seulement révélé la présence de quantités importantes d’ossements d’animaux très bien conservés, mais aussi plusieurs ornements de cuivre de même que des perles de verre, d’os, d’argilite rouge et de mollusque qui témoignent de l’habileté manuelle des Abénakis.

    On note aussi des pierres à fusil transformées en perçoirs de même qu’une bague dite de jésuite, un médaillon en ardoise gravé de lignes fines dessinant des croix et des chevrons et une petite figurine humaine gravée dans une argilite que les Abénakis associaient aux petits êtres de la forêt.

    La carte réalisée par l’ingénieur français Jacques Levasseur de Néré, en 1704, ne mentait pas. Il y a bel et bien eu un village autochtone fortifié sur la rive Est de la rivière Saint-François, dans l’actuelle circonscription de Nicolet-Yamaska. La découverte de pieux massifs de 20 à 25 centimètres de diamètre et d’une enfilade de traces de piquets dans la cour arrière du Musée des Abénakis, à Odanak, vient en effet confirmer l’existence du seul et unique fort autochtone connu en Amérique du Nord.

     

    Les historiens savaient que Louis XIV avait commandé à l’ingénieur royal les plans d’un fort destiné à protéger la rivière Saint-François, véritable plaque tournante entre le nord et le sud sur le nouveau continent. « Louis XIV souhaitait non seulement que les Abénakis construisent un fort, mais qu’ils l’habitent et le défendent contre les assauts des Britanniques et des Iroquois, raconte la directrice générale du Musée des Abénakis, Michelle Bélanger. C’est d’ailleurs ce qu’ils vont faire pendant plus de 50 ans, jusqu’à ce qu’il soit détruit par un incendie, en 1759. »

     

    Jusqu’ici, rien n’avait toutefois permis de retracer ce fort unique, le seul qui ne soit pas français ou britannique dans la longue série de forts construits aux XVIIe et XVIIIe siècles pour protéger l’accès aux routes maritimes. « Non seulement nous sommes aujourd’hui en mesure de le faire, mais nous en apprenons aussi beaucoup sur le quotidien de ceux qui l’ont habité », explique Mme Bélanger.

     

    Amorcées en 2010, les fouilles réalisées par les archéologues Geneviève Treyvaud et Michel Plourde auront jusqu’ici permis de mettre au jour plus de 2500 artefacts. Les plus intéressants sont sans doute ceux qui parlent directement du quotidien des Abénakis, un peuple semi-nomade pour qui l’établissement dans un fort, construit avec le concours de militaires français, n’allait pas de soi.

     

    « Il faut savoir que les Abénakis ont d’abord été chassés de la Nouvelle-Angleterre par les Britanniques et les Iroquois. Ils se sont ensuite établis près de la rivière Chaudière et on les a déplacés ici à la demande du roi », rappelle Michelle Bélanger. Au plus fort de son occupation, jusqu’à 300 personnes résideront dans le fort autochtone, mais pas nécessairement en permanence, les Abénakis continuant à voyager beaucoup le long de la rivière Saint-François.

     

    Si l’enceinte du fort qui commence à émerger ces jours-ci ressemble à celle des forts français et britanniques, les habitations mises au jour en son milieu sont apparues typiquement autochtones, raconte la directrice du musée. « La dizaine de fosses fouillées jusqu’ici fait état de la présence de maisons longues dans lesquelles on faisait du travail manuel, notamment beaucoup de transformation de matières premières à partir, par exemple, de chaudrons de cuivre, que les Abénakis utilisaient, non pas pour la cuisson, mais comme matière première pour la fabrication de couteaux, de flèches, ou d’ornements de corps et de cheveux. »

     

    La traite y était également pratiquée couramment, ajoute Mme Bélanger. « On a retrouvé des perles de coquillages et de l’argilite rouge qui témoignent d’échanges en provenance du Maine, de la Nouvelle-Angleterre, voire du Midwest. » Sans oublier la faïence hollandaise, prisée par les jésuites.

     

    Forts de ces succès, l’équipe poursuivra ses fouilles jusqu’au 22 août alors que les subventions fédérale, provinciale et municipale arriveront à leur terme. La directrice du Musée ne cache pas sa volonté de trouver le financement nécessaire pour poursuivre le travail. Les archéologues aimeraient notamment arriver à mettre au jour un coin ou un bastion, introuvables jusqu’ici. « On les voit sur la carte, mais il est possible que les Abénakis aient dérogé aux plans. Il serait donc intéressant de voir de quelle manière ils ont interprété ces éléments-là. »

     

    D’ici là, les archéologues, flanqués de deux techniciens et huit assistants, vont tenter de situer d’autres établissements domestiques tout en dévoilant de nouveaux vestiges de la première église catholique d’Odanak, construite vers 1700.

     

    À noter que les fouilles sont ouvertes au public qui peut aussi consulter en ligne le carnet de bord des chercheurs sur le site du musée. Une publication grand public est également prévue pour 2015, de même qu’une exposition des principaux artefacts trouvés.

    La découverte de pieux massifs de 20 à 25 centimètres de diamètre et d’une enfilade de traces de piquets dans la cour arrière du Musée des Abénakis, à Odanak, vient confirmer l’existence du seul et unique fort autochtone connu en Amérique du Nord. Si l’enceinte du fort qui commence à émerger ces jours-ci ressemble à celle des forts français et britanniques, les habitations mises au jour en son milieu sont apparues typiquement autochtones. Médaillon en ardoise gravé de lignes fines dessinant des croix et des chevrons Perles de verre, coquillages et os
     
     
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