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Le tour de l’île du Codex Montrealensis

Deux artistes colombiens décryptent les quartiers de la métropole en s’inspirant des codes aztèques, au Musée des maîtres et artisans du Québec

L’exposition au Musée des maîtres et artisans du Québec présente 19 planches de Dimo Garcia et Gigiola Caceres, encrées et codées avec la minutie des scribes anciens.
Photo : Geneviève Tremblay Le Devoir L’exposition au Musée des maîtres et artisans du Québec présente 19 planches de Dimo Garcia et Gigiola Caceres, encrées et codées avec la minutie des scribes anciens.
Codex Montrealensis
Musée des maîtres et artisans du Québec, 615, avenue Sainte-Croix, Montréal
Jusqu’au 16 juin
Par ses 19 planches dessinées, encrées et codées avec la minutie des scribes aztèques, le Codex Montrealensis explore, non sans humour, l’identité propre à chaque arrondissement de la métropole - un projet longuement documenté qu’ont réalisé deux créateurs colombiens établis à Montréal, et présenté jusqu’en juin au discret Musée des maîtres et artisans du Québec.

Sur le bureau de leur petit atelier aux murs scotchés de dessins, les artistes Dimo Garcia et Gigiola Caceres ont déployé les premières esquisses de leur Codex Montrealensis. Des feuillets colorés, mystérieux, où cohabitent d’excentriques personnages dans des lieux étrangement familiers, qu’on dirait pourtant tirés d’un ouvrage ancien conçu il y a trois siècles.


« L’idée, c’était de trouver les caractéristiques de chaque arrondissement de Montréal et de les dessiner avec une esthétique inspirée des codes aztèques, résume Dimo Garcia. Pour témoigner du mélange, de l’hybridation des cultures. » Chevauchant l’exploration, l’observation, le portrait et la caricature, le Codex Montrealensis s’intéresse donc aux infinis détails qui font la personnalité et l’atmosphère des quartiers de la ville, codifiant leurs symboles dans un langage millénaire actualisé.


C’est en arrivant à Montréal, en 2009, que le couple d’artistes colombiens a eu l’idée de développer ce premier codex - un moyen pour eux de déchiffrer la diversité de la métropole en parcourant à pied ses quartiers, calepin et crayon à la main. « Le codex s’est développé ici parce qu’on s’y sent comme chez nous. C’est une culture jeune, un peu comme la culture colombienne, et pas aussi rigide que la culture française où tout doit être très structuré, explique Dimo Garcia, qui a vécu plusieurs années en France. Il y a une certaine liberté. »

 

Métissage culturel


Cette liberté multiculturelle propre à Montréal a nourri les artistes dans leurs « parcours d’exploration visuelle » qui les ont menés du Sud-Ouest à Rivière-des-Prairies, en passant par Anjou, Ville-Marie et Outremont. Durant ce tour de l’île, dont le trajet fixe laissait le champ libre à des déambulations inopinées, les artistes ont noté, dessiné et photographié ce qui les marquait, autant des symboles incontournables - comme le Stade olympique - que des éléments un peu disparates : véhicules, passants, boîtes aux lettres…


« On a ensuite commencé à dessiner les objets, les personnages et l’architecture qui nous intéressaient le plus pour avoir une quantité d’esquisses avec lesquelles construire chaque plan che, comme un puzzle », raconte Dimo Garcia, insistant sur leur caractère « unique ». Certaines très chargées, d’autres plus épurées, les planches ont une forte charge symbolique et esthétique, leur composition recherchant un équilibre dans le regard porté par les deux artistes sur leur ville d’adoption.


« Les arrondissements près de l’eau comme l’île Bizard et Ahuntsic m’ont touchée », dit Gigiola Caceres, qui avoue avoir aussi apprécié la nature « bohème et artistique » du Plateau-Mont-Royal. « C’est très coloré, il y a une personnalité, un espace que les gens ont construit. Ils ont créé leur propre culture à l’intérieur d’un quartier. » Quant à la planche fort hétéroclite de l’arrondissement Pierrefonds-Roxboro, elle serait la plus réussie. « C’était étrange, on ne le connaissait pas trop. Mais on a trouvé énormément d’information. »


Si les deux artistes s’intéressaient déjà aux livres et aux techniques de dessin des siècles passés, c’est le Codex canadensis de Louis Nicolas, un document de 53 planches réalisé vers 1700 et recensant la flore, la faune et les peuples du Nouveau Monde, qui a nourri leur travail. Et c’est pour intégrer leur culture d’origine au processus qu’ils se sont inspirés des types de figuration des codex mésoaméricains.


« C’est un dessin un peu quadrillé, de forme très simple, avec une ligne noire très précise, des personnages synthétiques vus de profil, explique Dimo Garcia. On peut comprendre les objets et les personnages comme des pictogrammes enchaînés formant des narrations symboliques sur l’entourage des artistes à l’époque où ils ont été faits. » Si les codex de jadis avaient parfois des peaux d’animaux comme support, la technique pour réaliser le codex est restée simple : papier vieilli au thé pour rappeler d’anciens parchemins, encre de Chine et encres calligraphiques.


Oscillant entre la rigueur documentaire et une nécessaire part d’imaginaire, le Codex a aussi un « côté caricatural », humoristique, qui exacerbe la réalité. D’ailleurs, les visiteurs identifieront sans peine les icônes de leur quartier, Dimo Garcia et Gigiola Caceres ayant été particulièrement perspicaces.

 

Un autre regard


Réalisé grâce à une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec, le Codex Montrealensis est l’aboutissement d’un travail de près de deux ans. Ce portrait symbolique de Montréal n’a toutefois pas l’ambition de lui coller des étiquettes - le Codex souhaite plutôt fixer dans le temps le regard d’immigrants sur un moment précis dans l’histoire de la ville. Appelée à voyager dans plusieurs maisons de la culture au cours des prochains mois, l’exposition se veut donc une sorte d’instantané.


« Dans dix ans, on ne verra pas les mêmes choses qu’on a vues au moment de faire le Codex, croit Gigiola Caceres. Plus on habite dans un espace, moins on voit les choses qui l’entourent. Et ça se transforme aussi. »

L’exposition au Musée des maîtres et artisans du Québec présente 19 planches de Dimo Garcia et Gigiola Caceres, encrées et codées avec la minutie des scribes anciens. L’exposition au Musée des maîtres et artisans du Québec présente 19 planches de Dimo Garcia et Gigiola Caceres, encrées et codées avec la minutie des scribes anciens. L’exposition au Musée des maîtres et artisans du Québec présente 19 planches de Dimo Garcia et Gigiola Caceres, encrées et codées avec la minutie des scribes anciens. Le Codex Montrealensis s’intéresse aux détails qui font la personnalité et l’atmosphère des quartiers de Montréal, codifiant leurs symboles dans un langage millénaire actualisé. Ici, l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Sur le bureau de leur petit atelier aux murs scotchés de dessins, les artistes Dimo Garcia et Gigiola Caceres ont déployé les premières esquisses de leur Codex Montrealensis.
 
 
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