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L’insoutenable légèreté de la cire

Le Musée Grévin investit Montréal avec des personnages qui se fondent dans la réalité

Le mythique bed-in de John Lennon et Yoko Ono, dans la section «Hôtel Grévin» du nouveau musée de cire de Montréal.
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir Le mythique bed-in de John Lennon et Yoko Ono, dans la section «Hôtel Grévin» du nouveau musée de cire de Montréal.
Musée Grévin Montréal 
Au 5e étage du Centre Eaton, 705, rue Sainte-Catherine Ouest.

Cette fois sera-t-elle la bonne ? Maintenant que les deux anciens musées de cire du Québec sont tombés dans l’oubli, voilà qu’ouvre ce vendredi au centre-ville de la métropole un haut lieu moderne du genre : le musée Grévin Montréal, première antenne internationale de cette institution parisienne.


Dans une salle de bains au carrelage de céramique, Alfred Hitchcock lit tranquillement un manuscrit dans le croassement des corneilles. Sous les cordages et les voiles battantes d’un navire de bois, Samuel de Champlain regarde ses cartes de navigation pendant que, de l’autre côté du mur, Naomi Campbell descend les marches d’un studio de mode en tenue légère.


Apogée du glamour et du kitsch pour les uns, parcours historique évocateur pour les autres, le musée de cire fait courir les foules dans tous les cas.


Et l’univers du « vrai-semblant » propre à Grévin Montréal, qui souhaite souligner l’histoire et les personnalités que se partagent la France et le Québec, ne fera sans doute pas exception à la règle avec ses quelque 120 statues originales, mises en scène avec éclat dans le son, la lumière et la vidéo, sur deux niveaux, au cinquième étage du Centre Eaton.


« À Paris, les poses sont plus conventionnelles, plus Comédie-Française. Ici, ils avaient envie d’une mise en scène, que les personnages aient une pose en action. Et ça change tout », s’emballe le scénographe Dick Walsh, qui a planché durant deux ans sur la direction artistique du musée avec le créateur français Julien Bertévas. Si la carte était blanche, le défi était néanmoins grand pour investir l’immense espace de neuf anciennes salles de cinéma, au plafond quasi-cathédrale.


Résultat ? Un monde coloré, fort étonnant, qui témoigne du raisonnement « mathématique » de l’artiste et de son désir de créer à la fois « l’excitation » et « une incertitude ».


Car dans les escaliers et les boucles du parcours, où le visiteur tourne sur lui-même jusqu’à se perdre - et, trouble aidant, à prendre des passants pour des statues -, les décors et les accessoires prennent souvent des formes inattendues. Le visiteur, avertit la directrice de Grévin international, Béatrice de Reynies, en aura « plein les yeux et plein les oreilles ». Et on confirme.


De la salle de bal au studio de télévision, de la patinoire au hall d’hôtel et à la fête foraine, le casting ratisse pour sa part tous les milieux et toutes les époques, avec une évidente mise en valeur québécoise : les sosies de Zombie Boy, de Diane Dufresne, de Mado Lamotte, de René Lévesque, de Gilles Vigneault, de Guy Lafleur et de Jacques Cartier côtoient ceux de Steve Jobs, de Tiger Woods, de John Lennon, de Coco Chanel et même du Petit Prince (!), engendrant bien souvent par leur disposition un « effet de surprise visuelle, un moment de choc qui [leur] donne une vie », illustre Dick Walsh.

 

Créer un hyperréalisme


Même si chacun des personnages a nécessité entre trois et six mois de travail de la part d’une trentaine d’experts dans les ateliers parisiens de Grévin - du sculpteur au prothésiste et au maquilleur, jusqu’au spécialiste de l’oeil -, certaines statues sont plus réussies que d’autres. Cela dit, la ressemblance reste frappante et provoque forcément des réactions de tous genres : stupeur, effroi, fou rire…


« C’est l’illusion, l’hyperréalisme dans la création des personnages qui fait qu’on a l’impression de les rencontrer. Il y a donc une émotion », résume Béatrice de Reynies. Une mise en équilibre délibérée que l’écrivain français Bernard Pivot, président de l’Académie Grévin Paris, de passage à Montréal pour l’ouverture du musée, voit comme une « forme d’humour, de transgression de la réalité ».


« Ce qui m’a toujours intéressé dans le musée Grévin, raconte-t-il, c’est cette espèce de ruse pleine d’humour qui fait que des personnages qu’on ne pourrait pas approcher, on les approche grâce à leur double en cire. » Cette possibilité de rencontre avec le monde inaccessible des célébrités était d’ailleurs l’objectif du fondateur de Grévin, le journaliste français Arthur Meyer, qui, en 1882, a voulu « mettre un visage » sur ceux qui faisaient alors l’actualité.

 

Divertir… et informer


Force est de constater qu’un devoir d’information vient par ricochet avec ce goût du divertissement, l’élaboration d’un musée de cire allant de pair avec une certaine rigueur historique - même si la visite du musée ne se veut pas a priori un cours d’histoire. « On est là pour essayer de retrouver quelles émotions ces personnages ont dû vivre, quelles expériences ils ont traversées, explique Béatrice de Reynies. Même si aujourd’hui on ne peut pas le vivre de manière très concrète, on est sur des impressions qui restent de l’histoire. »


Pour ceux qui souhaiteraient découvrir les coulisses des ateliers Grévin, une salle en dévoile d’ailleurs (littéralement) des morceaux vers la fin du parcours. Télévisions, tiroirs et tablettes alignent une série de vidéos, de costumes colorés et de véritables prototypes de bras, de jambes, de têtes et d’yeux ayant voyagé depuis la France. « C’est un atelier interactif, ludique et pédagogique », lance un employé avant de se glisser dans une petite cabine où les visiteurs pourront se faire scanner pour ensuite traverser, en temps réel, le processus de création de leur statue virtuelle, depuis le moulage jusqu’au choix des vêtements.


L’investissement de 14 millions dans ce nouveau « produit touristique » sera « évolutif », puisque le musée permanent aura chaque année, suivant les choix de la nouvelle Académie Grévin de Montréal, deux ou trois nouvelles têtes. Seule petite ombre : la statue de Gérald Tremblay, qui devait accueillir les visiteurs, ne sera pas du lot étant donné le récent jeu de cartes à l’hôtel de ville. « L’objectif était de présenter le maire de Montréal au moment où nous ouvrons le musée. Il n’est plus maire, on ne peut pas le mettre… » Une équation, finalement, elle aussi toute mathématique.

Le mythique bed-in de John Lennon et Yoko Ono, dans la section «Hôtel Grévin» du nouveau musée de cire de Montréal. Le studio mode permet de «rencontrer» Naomi Campbell, Zombie Boy et Marie Saint Pierre. Le personnage de Jean-Pierre Ferland, particulièrement réussi, dans le studio «Paris-Québec». Jean Drapeau et René Lévesque, dans la partie «Hôtel Grévin». Céline Dion sur scène dans la salle de bal du musée. Guy Lafleur sur la glace avec Patrick Roy et Sidney Crosby, dans la zone «Patinoire».
 
 
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