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    Le designer Michel Dallaire fait son entrée au Musée de la civilisation

    L’histoire du Québec vue à travers des objets emblématiques

    Pour accoucher du Bixi, un succès de design adopté par plus de 20 villes et reproduit à 38 000 exemplaires, Michel Dallaire rappelle que « 80 % de ses efforts » ont été dévolus non pas aux courbes séduisantes du vélo, mais à l’ingénierie invisible de la pièce d’ancrage, protégée par un brevet.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Pour accoucher du Bixi, un succès de design adopté par plus de 20 villes et reproduit à 38 000 exemplaires, Michel Dallaire rappelle que « 80 % de ses efforts » ont été dévolus non pas aux courbes séduisantes du vélo, mais à l’ingénierie invisible de la pièce d’ancrage, protégée par un brevet.

    Bixi, flamme olympique, pots de yogourt stylisés : les objets du designer québécois Michel Dallaire non seulement peuplent le quotidien de monsieur et madame Tout-le-monde, ils ont aussi laissé à leur façon une marque dans la petite histoire du Québec.


    Après 45 ans de carrière, le père du Bixi a été intronisé jeudi au panthéon du patrimoine matériel et immatériel québécois qu’est le Musée de la civilisation, aux côtés des Michel Tremblay, Claude Gauvreau et autres icônes de la société québécoise, en y versant son fonds d’archives. « Je ne suis pas à la retraite. Je continue, mais allégé de 80 boîtes d’archives, de 1000 dessins et de 130 objets ! », a souligné Dallaire, qui vient de franchir la barre des 70 ans. Toute une vie en croquis, en prototypes et en modèles qui permettront de lui consacrer, en 2015, une exposition à part entière.


    Avec sa moue rieuse, ce créateur et conteur intarissable a dans sa poche autant d’anecdotes sur ses créations que de dossiers dans ses cartons. Pour accoucher du Bixi, un succès de design adopté par plus de 20 villes et reproduit à 38 000 exemplaires, Dallaire rappelle que « 80 % de ses efforts » ont été dévolus non pas aux courbes séduisantes du vélo, mais à l’ingénierie invisible de la pièce d’ancrage, protégée par un brevet. Devenu une icône montréalaise, le vélo a été hissé au rang des 50 meilleures inventions de l’année en 2008 et qualifié de « Rolls-Royce » par le maire de Londres pendant les derniers Jeux olympiques.


    Drôle de retour des choses, puisque c’est la conception de la torche olympique pour les JO de 1976 qui a propulsé la carrière du designer. « Personne ne l’aimait, cette torche. Même pas le maire Drapeau. Il rêvait d’une pièce d’orfèvrerie et moi, je lui présentais un tournevis ! » L’objet tubulaire rouge fera pourtant histoire. Sidéré de voir que la torche de Munich, alimentée au butane, produisait une flamme bleutée presque invisible à l’écran, Michel Dallaire trouvera un carburant crachant une belle langue orangée : de l’huile d’olive ! Un choix qui séduira les Grecs, d’où partait le parcours du flambeau. « L’inspiration m’est venue des torches que l’on faisait quand on était petits en trempant des quenouilles dans des bidons d’essence ! »


    Choisir ses contrats


    D’autres objets emblématiques de Dallaire ont laissé une trace dans l’imaginaire collectif, dont la fameuse mallette de plastique moulé Résentel en multiples coloris, vendue à plus de dix millions d’exemplaires depuis 1984. Autre succès planétaire en 1998 avec Angelcare, l’ange gardien des poupons, qui a depuis donné naissance à 2,6 millions d’angelots électroniques dans 40 pays.


    Si le fabricant d’Angelcare se déplace en jet privé, la notoriété de l’objet n’a pas rapporté une fortune à son auteur. Pas plus que les fameux pots de yogourt oblongs du yogourt Source de Yoplait, pensés par Dallaire et produits par millions, qui ont fait bondir les ventes de la multinationale. « La première ligne du contrat d’un designer, c’est souvent de consentir à céder ses droits ! », insiste Dallaire, qui ne touche pas un sou pour chaque nouvelle conquête de Bixi sur la planète. « Je ne le regrette pas, car je choisis mes contrats. Et ce que je fais, ce n’était jamais pour des raisons financières », dit-il.


    Le contrat pour Bixi lui a permis de réaliser son mandat le plus ambitieux, qui lui permet aujourd’hui de travailler au développement d’un nouveau vélo électrique.


    Le crayon de Michel Dallaire a donné sa signature au mobilier anthracite du Quartier international de Montréal, à plusieurs pavillons de l’Expo 67 et au mobilier de la Grande Bibliothèque. Autant de lieux et d’objets aux lignes pures qui font oublier la complexité du métier. « Être designer, c’est comme écrire pour un orchestre symphonique, avec des cordes, des cuivres, des choeurs. Bixi, ç’a été une symphonie de difficultés avec la mécanique, l’informatique, l’électromécanique et une multitude de matériaux. Il y avait une foule de problèmes techniques à résoudre », rappelle-t-il.


    Si le designer écrit la partition, la fabrication, par contre, lui échappe. Le résultat final est le plus souvent la somme des compromis réalisés avec les producteurs, les ingénieurs et tous ceux qui participent à la mise au monde d’un objet. « Quand une pièce est mal jouée, ce n’est pas toujours la faute de Mozart. C’est la même chose en design ! », insiste Dallaire, qui rêverait maintenant de redessiner les autobus de la STM, qu’il trouve « d’une laideur insupportable ».













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