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    Des historiens vont explorer le passé nazi de l’Orchestre de Vienne

    Vienne — Le prestigieux Orchestre philharmonique de Vienne, sous le feu de critiques à cause de ses réticences à faire la lumière sur son passé nazi, a chargé trois historiens réputés d’explorer « les pages brunes » de son histoire, a annoncé mardi l’Orchestre dans un communiqué.

    Ces historiens étudieront « la politisation de l’orchestre sous le nazisme », « les biographies des musiciens exclus, persécutés et, éventuellement, assassinés pour des raisons racistes et politiques », ainsi que « les archives disponibles sur la nazification et la dénazification », précise l’Orchestre philharmonique.


    À la veille de la 73e édition du concert du Nouvel An à Vienne, un député autrichien vert et historien, Harald Walser, avait demandé la mise en place d’une commission indépendante d’historiens pour étudier la période 1938-1945, depuis l’annexion (Anschluss) de l’Autriche par l’Allemagne nazie jusqu’à l’effondrement du IIIe Reich.


    Ce qui avait alors été refusé par les musiciens de l’orchestre, lesquels sont leurs propres patrons, a finalement été accepté à la suite d’une assemblée générale de l’Orchestre philharmonique lundi soir.


    Trois historiens autrichiens doivent faire la lumière sur les rapports entre l’Orchestre philharmonique et la dictature nazie : Oliver Rathkolb, professeur à l’Université de Vienne, qui aura la responsabilité de l’étude et qui a récemment révélé de nouveaux éléments sur l’engagement nazi du chef d’orchestre autrichien Herbert von Karajan, Fritz Trümpi, auteur en 2011 du livre Orchestres politisés : les Orchestres philharmoniques de Vienne et de Berlin sous le national-socialisme, et Bernadette Mayrhofer, qui a étudié les cas d’exclusion et de déportation de musiciens juifs.


    De nouveaux faits révélés récemment par les historiens Hans Walser et Oliver Rathkolb ont amené l’Orchestre philharmonique à rouvrir ces pages sombres de son histoire.


    Ainsi, ces historiens ont établi que deux très hauts dignitaires nazis, l’un en 1942, l’autre en… 1966, avaient reçu la plus haute distinction attribuée par la prestigieuse phalange viennoise, son Anneau d’honneur.


    Il s’agit d’abord d’Arthur Seyss-Inquart, gouverneur général de l’Autriche - rebaptisée par les nazis « Ostmark » (« Marche de l’Est ») - puis commissaire du IIIe Reich aux Pays-Bas, d’où il avait organisé la déportation de 100 000 Juifs vers les camps d’extermination nazis, ce qui lui avait valu en 1946 d’être condamné à mort pour crimes contre l’humanité par le Tribunal allié de Nuremberg et exécuté.


    Le second est Baldur von Schirach, chef des Jeunesses hitlériennes puis gauleiter (gouverneur) de Vienne (1941-1945), condamné à 20 ans de prison par le Tribunal de Nuremberg, gracié en 1966. Peu après sa libération, il avait reçu l’Anneau d’honneur de l’Orchestre philharmonique.


    Selon les recherches de Bernadette Mayrhofer et du porte-parole des musiciens de l’orchestre, le violoniste Clemens Hellsberg, qui avait publié à ce sujet une brochure dès 1988, six musiciens juifs de l’Orchestre philharmonique avaient été assassinés et onze déportés vers les camps d’extermination nazis.


    Le député vert et historien Hans Walser avait critiqué le fait que, sur le site Internet de l’orchestre, le premier concert du Nouvel An, en 1939, apparaît comme « un hommage sublime à l’Autriche », alors qu’il était en réalité « une des facettes de la politique culturelle nazie ». Et le député avait déploré que l’orchestre n’honore pas la mémoire de ceux de ses membres d’origine juive « déportés et assassinés par les nazis ».


    Selon Clemens Hellsberg, la remise de l’Anneau d’honneur à Von Schirach était « une initiative individuelle », dont « il n’y a aucune trace dans les archives ».


    Pour sa part, l’historien Oliver Rathkolb a relevé que le taux de musiciens de l’Orchestre philharmonique membres du parti nazi NSDAP était « très élevé » (47 %) : à l’Orchestre philharmonique de Berlin, la proportion était de 20 %.


    Les trois historiens rendront compte de leurs travaux le 12 mars et ceux-ci seront alors intégrés au site Internet de l’Orchestre, dans un chapitre consacré à l’époque du nazisme.

     
     
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