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    Maka Kotto au Devoir - Les grands projets immobiliers en veilleuse

    «Nous avons dix-huit mois difficiles à passer», admet le ministre de la Culture

    Le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto : « S’il y a une trace que je veux laisser, c’est celle d’améliorer les conditions de vie de nos créateurs. »
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto : « S’il y a une trace que je veux laisser, c’est celle d’améliorer les conditions de vie de nos créateurs. »
    Le ministre de la Culture et des Communications prévient qu’une bonne part des projets d’infrastructures culturelles seront reportés. Maka Kotto entend respecter les engagements de ses prédécesseurs à ce titre, mais le marasme financier laissé par ceux-ci le force à revoir les échéanciers.

    « Dans l’état actuel, beaucoup de projets culturels seront différés. Pas abandonnés, mais différés », a-t-il affirmé, en rencontre éditoriale au Devoir. Il faudra attendre la reprise des activités parlementaires pour connaître les tristes élus des échéanciers remaniés. Chose certaine, les PPP ne sont plus au goût du jour, avec la dette hypothécaire de la Maison symphonique, qui a avalé le tiers de la mince augmentation (2,1 %) du budget de son ministère. « À la lumière de ce qui a été fait, [le PPP] était une mauvaise idée », estime M. Kotto.


    Sur la « liste de priorités » du ministre, il y a notamment Le Vivier, maison des musiques nouvelles en devenir dans l’ex-bibliothèque Saint-Sulpice, la Maison Théâtre qui veut s’agrandir, le Wilder destiné à devenir une Maison de la danse pour les Grands Ballets Canadiens, l’École de danse contemporaine et le diffuseur Tangente ou encore le théâtre Diamant de Robert Lepage.


    « Le problème [du Wilder], c’est qu’il n’était pas attaché avec le Conseil du Trésor, il n’y avait pas d’argent réservé pour ça », explique M. Kotto en assurant qu’il n’est pas écarté pour autant. Et « il y en a d’autres », indique le ministre qui, tout en refusant de les nommer, s’avoue découragé par leur nombre.


    Ces projets non attachés s’ajoutent aux coffres vides laissés par les libéraux, devenus la rengaine et le talon d’Achille des péquistes. Le « puits » réputé intarissable de la réserve ministérielle s’est révélé complètement « asséché ». L’austérité qui s’impose jusqu’au retour de l’équilibre budgétaire en 2013-2014 commande la prudence. « Nous allons aller au bout de nos engagements », dit-il. Mais « nous avons dix-huit mois difficiles à passer ».

     

    Guichet unique


    Bref, le ministre artiste a peu de marge de manoeuvre pour rêver, ce qui lui fait presque regretter son rôle de ministre par les temps qui courent. « Si j’avais su, j’aurais pas venu », dit-il, s’amusant à citer La guerre des boutons. Il n’en a pas moins un mandat à remplir. « C’est mon missel, je ne peux pas en sortir », dira-t-il.


    En haut de celui-ci figure le rapatriement des pouvoirs culturels d’Ottawa, même si le contexte de gouvernement minoritaire ne le favorise pas. « Tous les gouvernements, libéraux comme péquistes, ont eu à coeur de faire du Québec le maître d’oeuvre en matière de culture, plaide-t-il, indiquant qu’il travaille avec James Moore, son homologue du Patrimoine canadien. Concrètement, on parle de transferts d’enveloppes. On vise le Conseil des arts du Canada, Téléfilm Canada. »


    Et Télé-Québec, que Pauline Marois promettait de transformer en véritable réseau national de télédiffusion ? « Les éléments du discours inaugural sont sur la table. Nous y travaillons présentement avec les fonctionnaires ».


    Idem pour le rayonnement de la culture à l’étranger. « Il y a des parts de marché à prendre, on n’en fait pas assez », estime celui qui dit croire « fortement à la diplomatie culturelle ». Dénoncée dans plusieurs médias comme une dépense de trop à l’heure des rigueurs budgétaires, la venue de vingt-deux conseillers culturels internationaux à Montréal, dans le cadre de l’important marché des arts de la scène CINARS, en novembre dernier, fait partie de cette stratégie. Les retombées de cette réunion se sont-elles fait sentir ? « Il faut donner le temps au temps », répond-il.


    Il faut dire que l’appel à la patience prend des airs d’attentisme chez le ministre. Pour connaître ses engagements, il a fallu attendre le budget, puis les crédits. On comprend maintenant qu’à moyen terme, tout semble bouché par les finances malades. Et « pour l’information fine sur l’agenda à court terme », dit-il, patience encore, jusqu’au dépôt du plan stratégique, en février.


    Le mois prochain est aussi attendue la motion qui donnera le coup d’envoi à la Commission parlementaire sur le prix unique du livre, qui pourrait prendre la forme d’un comité de réflexion et déboucher sur un projet de loi. « L’exercice [de réflexion] va se faire à court terme », promet le ministre. Une chose est claire : pas question d’ouvrir la loi 51 qui, juge-t-il, « vise trop large ». « Il faut plutôt trouver un cadre pour aller de manière chirurgicale trouver la solution que le milieu appelle. »

     

    Aider les artistes


    Dans tous ces dossiers, il y en a pourtant un qui semble lui tenir plus à coeur que les autres. « S’il y a une trace que je veux laisser, c’est celle d’améliorer les conditions de vie de nos créateurs, parce que c’est le moteur fondamental; sans eux, il y a fragilité sur le plan de l’offre culturelle et de la solidité identitaire », confie l’ancien comédien.


    En témoignent les enveloppes préservées du Conseil des arts et des lettres du Québec et de la SODEC lors du budget Marceau. « Les sommes résiduelles de la réserve ministérielle ont été réparties entre les deux organes. On a sauvegardé le soutien aux créateurs. » Les récentes ententes avec Copibec et Artisti vont aussi dans ce sens.


    Mais dix-huit mois de remise à flot des finances publiques séparent les artistes d’une réelle hausse des crédits du CALQ. Patience donc.


    ***

    L’artiste derrière le ministre

    Son nouveau rôle de ministre, Maka Kotta le rêvait bien différemment. « De l’extérieur, j’ai été très critique, acerbe même parfois. Maintenant que je suis à l’intérieur, j’ai gagné en nuances. » L’austérité imposée par le redressement des finances publiques lui pèse néanmoins. « Je viens du milieu culturel, je sais ce que les gens endurent, je sais ce que c’est que de se faire dire d’attendre, et ça, ça fait mal. » Au point qu’il avoue qu’« il n’aime pas trop » être ministre, « dans les circonstances actuelles ».

    Il faut dire que son nouveau rôle de ministre est « très prenant », admet encore Maka Kotto. Trouve-t-il le temps de continuer ses productions artistiques ? « Non, j’écris, c’est tout ce que je peux faire. » À raison d’« une page par jour », précise-t-il. « Ce qui est intéressant, c’est que j’écris relativement à ce que je vis actuellement. […] L’idée, c’est de contribuer à concilier le citoyen et le politique, à terme, quand je serai sorti de cet enfer-là », lance-t-il en riant.













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