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    Entre le bagel et les canots à glace

    La nouvelle loi sort le patrimoine québécois de ses ornières

    Le bagel
    Photo: Annik MH De Carufel - Le Devoir Le bagel

    La nouvelle Loi sur le patrimoine culturel (LPC) promet de faire connaître, de valoriser et de protéger des richesses plus intangibles de notre culture et de notre territoire. Entre la veillée de danse traditionnelle, le paysage de Charlevoix et le bagel de Montréal, quelles seront les prochaines inscriptions au Registre du patrimoine québécois (RPC) ? Portrait d’une législation en forme de voeux pour les années à venir.


    Les tout premiers personnages historiques viennent de faire leur entrée au panthéon du patrimoine. Il s’agit des 23 premiers ministres du Québec, aujourd’hui décédés, de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau (1820-1890) à René Lévesque (1922-1987). Bien. Mais attention aux désignations convenues d’éléments figés dans le temps. « Le passé ne doit pas étouffer le présent, mais l’éclairer », prévient l’historien Jean-Claude Robert, qui invite à une vision souple, vivante et évolutive du patrimoine culturel.


    La loi nouvellement entrée en vigueur pour protéger le patrimoine culturel québécois remplace la Loi sur les biens culturels, qui datait de 1972. L’intitulé de ces législations en dit déjà un peu sur le changement de perception qui s’opère. De l’idée de biens (mobiliers et immobiliers) à préserver, on élargit et affine la vision d’un patrimoine à valoriser, qui inclut non seulement des documents, objets, immeubles et sites, mais aussi des pratiques culturelles (patrimoine immatériel), des paysages et des lieux, des personnages ou des événements historiques.


    « La culture s’incarne dans l’objet, elle ne s’y résume pas. Alors, on s’intéresse plus à la culture comme schème de valeurs », explique Mario Bédard, professeur de géographie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).


    Aux statuts qui permettaient au gouvernement de classer ou aux municipalités de citer les biens meubles et immeubles, s’ajoutent ceux de désignation (prérogative de Québec) et d’identification (pouvoir des municipalités) du patrimoine plus intangible, à inscrire au RPC.

     

    Patrimoine immatériel


    Sur les rangs des appelés, le bagel montréalais pourrait bien rivaliser avec la folle course de canots à glace de Québec. Le petit pain troué, pétri et roulé à la main depuis 100 ans sous la gouverne de la famille juive d’Erwin Shlafman l’emporterait en âge sur le sport devenu compétition du Carnaval en 1955. Mais la traversée du fleuve en canot au gré des glaces a servi de lien entre Québec et Lévis dès le début de la colonie…


    La Maison de Memekueshu, énorme falaise sur la Côte-Nord, a une valeur sacrée pour les Innus, signale Daniel Arsenault, de l’Institut du patrimoine de l’UQAM, qui travaille à une éventuelle désignation de ce paysage. Les Memekueshuaps sont de petits êtres velus qui servaient d’intermédiaires avec les chamans. La LPC donne maintenant aux communautés autochtones le pouvoir d’attribuer des statuts aux éléments du patrimoine culturel qui se trouvent sur leur territoire.


    Le défilé montréalais de la Saint-Patrick, qui célèbre depuis 1834 la communauté irlandaise de la métropole, figure « parmi les plus anciens au monde », selon M. Bumbaru.


    La veillée de danse québécoise, qui conjugue la danse, la musique et le conte, « est emblématique de notre patrimoine vivant », affirme Gilles Garant, de la Société pour la promotion de la danse traditionnelle québécoise, qui oeuvre d’ailleurs à la faire désigner.


    Deux éléments du patrimoine immatériel sont déjà inventoriés par le MCC : la fabrication de la ceinture fléchée et les festivités de la mi-carême. En route vers une désignation ? Le défi sera « d’identifier des savoir-faire qui nous définiraient sans pour autant être statiques », met en garde Mario Bédard.

     

    Paysages


    On a souvent évoqué la beauté distinctive du paysage d’entrée de Montréal vu du pont Champlain, surtout depuis le projet de sa reconstruction. Dinu Bumbaru propose d’aller plus loin et de désigner le paysage fluvial de Montréal, du lac des Deux-Montagnes aux îles de Boucherville. « À cette échelle, ce serait mieux que juste en termes d’entrée », dit-il, pour dépasser le simple « paysage romantique » et embrasser plus d’enjeux - du rôle du fleuve à l’ère industrielle aux questions de vues jusqu’au mont Royal.


    Certains paysages de Kamouraska et de Charlevoix pourraient aussi accéder au Registre du patrimoine culturel. Mais quelle Kamouraska ? demande M. Bédard, qui rappelle la dimension du ressenti individuel qui entre en jeu. « Le paysage n’est pas tant ce qu’on voit que comment on l’interprète. »

     

    Événements historiques


    « Va-t-on inscrire au patrimoine la victoire de [Montcalm à] Carillon ? », lance en se moquant un peu l’historien Jean-Claude Robert, qui craint qu’on ne recrée un passé dès lors impossible à changer. « Quand on fait de la reconstruction, on ne fait plus d’histoire. »


    Pourquoi ne pas plutôt élire Expo 67 ? propose M. Bumbaru. Ce marqueur historique fait écho à la Révolution tranquille tout en restant fortement ancré dans l’imaginaire collectif d’aujourd’hui, avec ses repères physiques encore présents dans le paysage.

     

    Nouvelle alliance


    Au-delà des statuts, le désir de faire connaître le patrimoine est au coeur de la législation. Ce que plusieurs organismes font déjà depuis longtemps, comme les sociétés d’histoire, les économusées, le Conseil du patrimoine vivant. Des joueurs qui font d’abord le voeu d’être mieux soutenus dans le contexte de la nouvelle loi.


    Dinu Bumbaru, d’Héritage Montréal, insiste sur l’alliance essentielle que le MCC doit créer avec la société civile. Pour l’instant, ses seuls interlocuteurs sont les municipalités et les MRC. « Pourquoi ne pas lancer un exercice citoyen d’appel d’idées sur les classements [et désignations] ? », propose-t-il.


    Ce à quoi Danielle Dubé, directrice du patrimoine et de la muséologie au ministère de la Culture et des Communications (MCC), répond que le cheminement vers la désignation d’un paysage « prévoit un processus qui part de la base », des milieux locaux, représentés par les municipalités. Une démarche « complètement renversée par rapport au patrimoine bâti », dit-elle.


    Certains milieux, indique-t-elle, travaillent déjà à la présentation de dossiers. Le MCC a d’ailleurs lancé un appel de projets en novembre dernier. « On attend ces propositions du milieu avec beaucoup d’intérêt », dit Mme Dubé.

    Le bagel Les canots à glace Expo 67 La Coupe Stanley Le défilé montréalais de la Saint-Patrick Le paysage fluvial de Montréal Le Grand Continental Certains paysages de Charlevoix pourraient aussi accéder au Registre du patrimoine culturel.
     
     
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