Décès de l’historien Eric Hobsbawm
Auteur notamment de L’âge des extrêmes (1994), un livre traduit dans une quarantaine de langues, Eric Hobsbawm avait été boudé par des éditeurs français alors que cette oeuvre jouissait déjà d’une réputation internationale considérable. C’est à la suite d’efforts de l’hebdomadaire Le Monde diplomatique que son maître-livre avait pu être traduit, engendrant dans ce sillage un intérêt croissant pour ses autres livres qui ne s’est pas démenti depuis.
Hobsbawm s’est beaucoup intéressé à la question de la nation et du nationalisme, aussi bien qu’aux dérives du système économique et de ses conséquences sur la vie des gens de peu.
Pour lui, le passé fait partie du présent. Il s’inquiétait de voir les jeunes d’aujourd’hui grandir dans ce qu’il appelait « un présent permanent », coupés de toutes références aux siècles.
Né le 9 juin 1917 à Alexandrie en Égypte, d’un père britannique et d’une mère viennoise, Eric Hobsbawm avait d’abord vécu à Vienne pendant l’entre-deux-guerres, avant de partir pour Berlin en 1931, après la mort de ses parents.
En 1933, après l’arrivée au pouvoir de Hitler, il émigre à Londres. Trois ans plus tard, il adhère au parti communiste anglais, mais mesure peu à peu les limites du militantisme, tout en continuant d’espérer de profonds changements sociaux et politiques.
Son idéologie marxiste, progressivement distancée, s’est construite au fil de ses propres expériences de vie.
Après un doctorat en histoire à Cambridge en 1947, il a travaillé avec l’Université de Stanford et le Massachusetts Institute of Technology aux États-Unis, ainsi qu’avec des facultés réputées en France et au Mexique.
Son premier grand travail Les primitifs de la révolte (1959) inaugure les études sur le « banditisme social » qui aboutiront aux Bandits (1969), tous tardivement disponibles en français.
En 1962, Hobsbawm publie L’ère des révolutions, une étude comparative de la révolution industrielle anglaise et de la révolution politique française - qui deviendra le premier volet d’un triptyque sur « le long xixe siècle (1789-1914) ».
Hobsbawm analyse les phénomènes économiques et sociaux européens avec une attention particulière pour le changement des structures mentales. En 1990, Nations et nationalisme depuis 1870 critique le mythe moderne du nationalisme.
Passionné de jazz, Eric Hobsbawm a tenu des chroniques, qu’il rédigeait sous pseudonyme, dans le magazine britannique The New Statesman entre 1956 et 1966. Il a également écrit une histoire du jazz, toujours sous pseudonyme. Ces textes ont été repris depuis sous son nom.
Avec l’Agence France-Presse








