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    Vers une citoyenneté culturelle?

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	Un extrait de Harry, présenté ce soir par les Ballets jazz de Montréal à la salle Maisonneuve de la Place des Arts. </div>
    Photo : Gregory Batardon
    Un extrait de Harry, présenté ce soir par les Ballets jazz de Montréal à la salle Maisonneuve de la Place des Arts. 
    La démocratisation culturelle a vécu; l’heure est à la démocratie culturelle qui met le citoyen, tant créateur que consommateur de la culture, au centre de celle-ci. Mais avec ce changement de vision, qui tend à redéfinir le rôle des institutions - comme les Grands Ballets canadiens, en pleine révision des façons de remplir leur mission - quelle place est laissée aux artistes professionnels ? Ce contexte favorise-t-il ou nuit-il à la transmission de la culture comme schème de valeurs communes ?

    «Participer, c’est défendre toute la culture.» Le thème des 16es Journées de la culture, qui battent leur plein depuis vendredi, s’articule autour d’un terme revenu en force dans le discours culturel depuis quelques années. Loin du simple glissement sémantique, la participation culturelle dénote un changement d’approche des pratiques culturelles, désormais à multiples facettes, surtout depuis l’arrivée en force des nouvelles technologies.


    « Historiquement, il y a eu trois grandes phases d’évolution du rapport des institutions aux individus », résume le chercheur et professeur en sociologie de l’Institut national de recherche scientifique (INRS), Christian Poirier. « Il y a eu d’abord ce qu’on appelle la culture savante, ou élevée - littérature, musique classique, opéra -, fin xixe, début xxe siècle. À partir des années 1940-1950, deuxième phase : la démocratisation culturelle veut transmettre cette culture d’élite au peuple. La Place des Arts l’incarne. À partir des années 1970-1980, les mouvements citoyens et groupes d’intérêt se sont mobilisés pour réclamer une autre perspective, non plus de démocratisation culturelle du haut vers le bas, mais de démocratie culturelle, du bas vers le haut. »


    Pour M.Poirier, il y a un changement de paradigme, alors que son collègue Guy Bellavance, de l’INRS, y voit plutôt un transfert d’une approche plus « comptable » de l’action culturelle, axée sur l’offre culturelle, à une approche plus « socialisante », axée sur l’accès et donc, le citoyen.


    Ce renversement, accéléré et nourri par le développement de l’environnement numérique, exige de prendre en considération le public devenu « spect-acteur », de s’intéresser à ce qu’il pense de cette culture. D’où les efforts déployés par les institutions en matière de médiation culturelle.


    Car la petite révolution est déjà bien en marche. Et elle doit avoir lieu puisque les statistiques récentes tendent à confirmer le recul des publics dans les lieux culturels et l’urgence de les renouveler. Dans son plus récent bulletin, l’Observatoire de la culture et des communications du Québec signale que « l’assistance aux spectacles en 2011 est à son plus bas niveau depuis le début de l’Enquête statistique sur la fréquentation des spectacles au Québec en 2004 ».


    Mais si les pratiques culturelles, loin de s’effriter, s’étaient simplement décuplées et déplacées ? La dernière enquête du ministère de la Culture sur les pratiques culturelles des boomers et des jeunes à travers le temps avance cette hypothèse. La participation culturelle implique cette notion élargie de la culture, en évitant de la réduire aux seules activités institutionnelles. Elle intègre l’apport créatif de l’individu lui-même, qu’il écrive son journal ou qu’il enregistre une pièce musicale. Une approche qui a aussi le mérite de dépasser le simple rapport consumériste à la culture.


    « Les jeunes ne sont plus seulement des consommateurs, mais ils sont aussi des producteurs et des diffuseurs, en bidouillant un petit clip sur YouTube », explique Christian Poirier, qui vient de dévoiler une imposante étude qualitative sur la participation culturelle des jeunes, réalisée pour le compte de Culture Montréal, avec son équipe de l’INRS. La chaîne classique création-production-diffusion-consommation s’en trouve donc bouleversée. « On est plutôt dans une circularité », dit-il.


    Et l’art professionnel ?


    Dans un monde où tout un chacun crée sa propre culture, n’y a-t-il pas un risque de marginaliser les artistes professionnels ? L’inquiétude est souvent évoquée par les associations d’artistes.


    « Il est important que l’artiste conserve son rôle, mais dans le contexte de cette nouvelle réalité, avec davantage de dialogue avec les publics et les institutions où ils prennent place, croit Christian Poirier. Là où il y a un danger, c’est que les institutions mettent de côté les artistes. »


    Guy Bellavance rappelle que public et artistes « ne sont pas deux mondes isolés. Il y a des conflits et des ajustements réciproques, selon les orientations esthétiques, les tailles du marché, les types d’oeuvres ou d’activités ».


    Plusieurs réalisations artistiques d’ailleurs ont déjà embrassé cette vision citoyenne de la culture. Christian Poirier cite notamment le documentaire interactif Sacrée montagne, produit l’an dernier par l’ONF.


    Loin d’être nouvelle, la notion de citoyenneté culturelle remonte au milieu du siècle dernier. Le sociologue écossais Raymond William, instigateur du courant des Cultural Studies, a le premier parlé du droit d’accès à la culture de chaque citoyen. « Pour lui, c’est le citoyen qui s’approprie les outils culturels, et les institutions sont là pour favoriser cet épanouissement et cette expression culturelle », rapporte M.Poirier.


    L’approche citoyenne a refait surface au début des années 1990 dans les pays anglo-saxons, autour d’une réflexion sur les impacts élargis de la culture après une période dominée par l’économie créative et le « branding culturel », incarné à Montréal dans le Quartier des spectacles. « Dans les années 1980-1990, on a beaucoup mis l’accent sur les impacts économiques de la culture, mais il y a aussi des impacts sur les individus et les communautés. Ç’a entraîné des méthodologies plus qualitatives pour comprendre le rapport des individus et des communautés à la culture. Les démarches quantitatives ne sont pas utiles. »


    Au Québec, certaines dynamiques ont remis la démocratie culturelle à l’avant-plan, dont la grand-messe des Journées de la culture qui, à l’heure où vous lisez ces lignes, répand la bonne nouvelle dans un parc ou un studio près de chez vous.

     
     
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