Courts pour la paix
Une série de films présentés dans le cadre de la Journée internationale de la paix
Vendredi de 12 h à 19 h et samedi de 11 h à 18 h.
Centre PHI, 407, rue St-Pierre, Montréal.
Entrée libre
Dans l’élégante et discrète salle multidisciplinaire de la rue Saint-Pierre, une centaine de chaises lounge font face à un large écran nu. C’est ici que seront diffusées en boucle, jusqu’à samedi soir, les oeuvres vidéo signées par une vingtaine d’artistes établis, des interprétations visuelles de la paix entre art et cinéma dans le but de rallumer un engagement social en ces temps quelque peu confus.
Mis sur pied l’an dernier par l’organisme PUMA.Peace — le pendant philanthropique de la marque de sport allemande —, films4peace propose au grand public, en ce 21 septembre de «paix durable» instauré par l’ONU, un mélange d’animations, de fictions et de séquences des beaux-arts dévoilant des regards parfois troublants sur notre réalité perfectible.
«L’art est un moyen qu’utilise l’être humain pour mouvementer les choses, pour s’exprimer sur les états, la politique. Il y a donc un rôle pour l’art dans les actions sociales, mais il ne doit pas y être seul», avance Cheryl Sim, commissaire associée à la Fondation DHC/ART, qui a eu vent du projet grâce au bouche-à-oreille pour ensuite l’aiguiller jusqu’au Centre PHI.
Parmi les 17 films au programme figurent sept oeuvres diffusées l’an dernier et dix créations originales, commandées par le commissaire de PUMA.Peace, Mark Coetzee, à des artistes de la vidéo «qui baignent déjà dans une préoccupation artistique pour la paix et qui ont une technique, une approche intéressantes». L’oeuvre saccadée en forme de découpages urbains du Kényan Peterson Kamwathi, ou celle toute en blocs de bois de l’artiste néerlandais Levi van Veluw, auront d’ailleurs de quoi alimenter les réflexions des spectateurs.
«Films4peace est une façon très simple de mobiliser, de contribuer à un ethos de paix. Quand on s’expose à de telles idées, elles nous contaminent d’une bonne manière et on commence à vivre avec elles», analyse Cheryl Sim. Même si l’interprétation des films revient au final à l’individu, une mise en contexte de chaque oeuvre sera fournie aux visiteurs du Centre PHI — histoire de laisser de côté les étiquettes qui collent bien à l’art contemporain.
Une carte plus que blanche: c’est la liberté qu’a laissée Mark Coetzee à ses artistes invités, chaque oeuvre devant toutefois durer entre 30 et 90 secondes et se passer de mots, question d’exprimer au-delà du langage ce que les cultures ont d’intraduisible. «Les films doivent transcender les frontières culturelles parce qu’on parle de la paix, une préoccupation universelle», souligne Cheryl Sim, qui voit dans ces «mises en scène» un «partage» de la paix à grande échelle.
En témoigne son film coup de coeur, que l’artiste britannique Isaac Julien a campé dans une nature verdoyante embrumée où ondoie avec grâce l’actrice chinoise Maggie Cheung. «Comme le film est un médium incroyablement puissant, celui d’Isaac Julien en dit long, et en très peu de temps, avec la seule présence de cette femme dans un paysage incroyable.»
Naturellement, un tel projet représente un considérable défi d’exécution pour les artistes, qui doivent définir et synthétiser leur vision de la paix en moins de deux minutes pour un public planétaire. «Je peux imaginer la pression, l’énorme responsabilité d’un tel geste, glisse Cheryl Sim. La commande est d’une certaine manière très lourde.»
Des centaines d’écoles, de lieux publics et d’institutions culturelles à travers le monde, comme le Centro Nacional de las Artes de Mexico et le Design Museum de Londres, projettent ce vendredi la série de films, qui a même trouvé son chemin jusqu’au Addis Foto Fest, en Éthiopie.
Libérés de leurs droits d’auteur pour cadrer avec la mission de «changement social» de films4peace, ces «outils pour la paix» sont aussi téléchargeables en ligne et peuvent être partagés ad infinitum sur les blogues, plateformes web et autres réseaux sociaux.
Si le Web permet une diffusion plus large, il reste que la thématique même des films appelle à un dialogue et à une prise de conscience collective — deux bonnes raisons que pourront invoquer ceux qui souhaitent vivre l’expérience en salle, avec leurs prochains. «Le défi, pour nous, c’est d’essayer de voir au-delà de nos propres limites culturelles, philosophe Mme Sim. C’est de voir ce qui nous unit plus que ce qui nous sépare.»










