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Patrimoine de l’humanité - Routes de culture et de mémoire

Le mausolée de Pakhlavan Makhmoud, à Khiva, en Ouzbékistan, sur l’une des anciennes Routes de la soie, qui ont drainé les échanges pendant plusieurs siècles. Le quartier ancien de la ville fait partie du Patrimoine mondial de l’UNESCO.
Photo : Agence France-Presse Le mausolée de Pakhlavan Makhmoud, à Khiva, en Ouzbékistan, sur l’une des anciennes Routes de la soie, qui ont drainé les échanges pendant plusieurs siècles. Le quartier ancien de la ville fait partie du Patrimoine mondial de l’UNESCO.
Deux premières routes culturelles transnationales cheminent vers la nomination au patrimoine mondial de l’humanité : le Qhapaq Ñan (ou chemin andin) et les Routes de la soie. Portrait en deux temps de ces itinéraires mythiques et de leur parcours complexe jusqu’au titre de symbole universel. Première étape : les Routes de la soie.

Marco Polo s’en réjouirait sûrement. Les Routes de la soie qu’il a arpentées et décrites dans son Livre des merveilles sont en voie d’entrer dans le grand livre du patrimoine mondial de l’humanité. Ni les premières ni les dernières routes à prétendre au titre, elles n’en constituent pas moins un cas de figure exceptionnel avec le Qhapaq Ñan, en Amérique du Sud.


Pourquoi ? La réponse tient en deux mots : « envergure et complexité », tranche Dinu Bumbaru, membre du comité exécutif d’ICOMOS, organe-conseil de l’UNESCO en matière de patrimoine international. « C’est plus un thème commun qu’un objet unifié. C’est la route comme objet associé à des échanges dans le temps avec des cultures. »


D’autres itinéraires figurent déjà à la Liste du patrimoine mondial, comme les chemins de Compostelle en France et en Espagne, la Route de l’encens en Israël ou le Camino Real de Tierra Adentro, qui relie Mexico à Santa Fe, au Nouveau-Mexique.


Mais les Routes de la soie supposent pour la première fois des inscriptions en série concernant plusieurs États. D’habitude, chaque État propose à l’UNESCO, grâce à une liste indicative, les biens de son territoire qu’il estime de « valeur universelle exceptionnelle » (critère de sélection établi par la Convention du patrimoine mondial, qui fête ses 40 ans) et s’engage à les conserver.


« Le défi avec ces nominations sérielles complexes, c’est qu’un pays peut bien faire pendant que son voisin, aux prises avec une révolution, est négligent, explique M. Bumbaru, qui est aussi président d’ICOMOS-Canada. Et si un site est mal géré, c’est tous les États responsables du site qui font mauvaise figure. »


Les Routes de la soie, ce réseau de routes commerciales remontant à l’ère préchrétienne par où transitaient épices, étoffes, armes, pierres précieuses et fourrures, couvraient le quart du globe. Elles ont drainé les échanges pendant plusieurs siècles. Depuis Xi’an, en Chine, jusqu’à Antioche, en Turquie - et même au-delà, quand on considère aussi les routes maritimes -, les convois de caravanes contournaient le désert de Taklamakan par le nord ou par le sud.


« Ces deux routes étaient jalonnées de villes et caravansérails : au nord, Turfan, Ürümqi, Karachahr, Koutcha, Aksou, Kashgar et au sud, Dunhuang, Miran, Cherchen, Niya, Khotan, Yarkand », peut-on lire sur le site de l’UNESCO, qui attend les dossiers de nomination pour l’inscription de ces deux couloirs prioritaires d’ici le 1er février 2013. Les États concernés pour cette première phase : le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, en plus de la Chine. Seuls ces trois derniers ont inscrit leur segment des Routes à leur liste indicative.

 

Imaginaire collectif


« Quand on a des dizaines de milliers de kilomètres de routes, l’enjeu principal est de maintenir le sens de ces routes, avec les notions de paysage, d’usages et de récits », explique Dinu Bumbaru. Car ici, on ne parle pas d’infrastructures routières physiquement observables, mais plutôt d’un tracé historique ponctués de sites - certains déjà inscrits à la Liste, comme Samarkand, en Ouzbékistan, ou la vallée de Bamyan, en Afghanistan - qui évoquent son usage passé.


Le concept d’itinéraire prend différentes formes : du tracé réel des anciens chemins de fer de l’Himalaya au tracé historique des grands explorateurs, en passant par les circuits plus thématiques ou touristiques comme la route des vins du Québec. Présent dans l’imaginaire collectif depuis toujours, il jouit d’un intérêt accru, ces dernières années, au sein des sciences sociales.


L’Université Laval vient juste d’organiser un grand colloque international sur les itinéraires culturels. « Il y a plusieurs écoles de pensée, note Dinu Bumbaru, qui y a participé. Pour moi, la route est une forme de paysage, parce qu’elle transcende l’objet ponctuel, c’est un tissage entre des éléments physiques et des éléments de mémoire, de récits et d’habitudes. »


Le projet d’inscrire les Routes de la soie au patrimoine mondial ne date pas d’hier. En 1988 paraissait la première étude intégrale de l’UNESCO à ce sujet. Dans sa foulée, des expéditions retraçant les anciennes trajectoires ont été réalisées, ainsi que des congrès, des documentaires, des ateliers et une foule de rapports sur toutes les facettes du projet. Le dépôt des dossiers de candidature des deux premiers corridors routiers en février prochain marquera un jalon important. Mais tout dépend de la volonté des États concernés et quelques années seront encore nécessaires pour les visiter et évaluer les sites qui doivent faire l’objet d’une visite pour valider les données géographiques, l’état des biens présentés, etc. Si bien que « l’UNESCO spécule sur des candidatures futures », indique Roni Amelan de l’organisation. « Ce ne sont pas des discussions théoriques », rétorque Dinu Bumbaru, rappelant que le dossier « mobilise beaucoup d’énergie ».


La notion de route historique ou culturelle n’est pas l’apanage du patrimoine mondial. Le Canada en compte plus d’une, outre le canal Rideau, déjà inscrit à la Liste internationale. Le Saint-Laurent constitue une route emblématique de l’histoire du pays. Tout comme le corridor patrimonial de la rivière Richelieu, reliant le fleuve au lac Champlain (dont le canal permet ensuite de rejoindre l’Hudson jusqu’à New York et l’Atlantique). La route du Klondike aspire aussi au titre de patrimoine mondial pour sa mythique ruée vers l’or.


Et en avant comme avant.


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Demain : le Qhapaq Ñan, chemin des Andes


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La Route de la soie : un vaste héritage

Historiquement, on considère que la Route de la soie a été ouverte par le général chinois Zhang Qian au iie siècle avant Jésus-Christ ; l’empereur l’avait envoyé sceller une alliance avec les tribus situées à l’ouest du désert de Taklamakan. Mais c’est un Allemand du XIXe siècle qui lui a donné son nom.

Les apports de la Route de la soie sont énormes : elle a permis de tisser une culture internationale qui reliait des peuples très divers ; elle a puissamment contribué à l’intégration, dans les régions traversées, de tribus jusque-là isolées ; elle a amené le nestorianisme, le manichéisme, le bouddhisme et l’islam en Asie centrale et en Chine. À la religion et à l’art, il convient d’ajouter les technologies : des Chinois, l’Asie centrale apprit à couler le fer et à fabriquer du papier. À la fin de sa gloire, la Route de la soie a contribué à l’établissement du plus grand empire continental de tous les temps : l’empire des Mongols.

Source : UNESCO

 
 
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