Zoofest 2012 - Chaud devant !
Nouvelle cuvée d’un festival atypique aimant cultiver sa singularité
La plus grande cuvée
« C’est une idée que l’on a récupérée à Édimbourg, en Écosse, capitale mondiale des arts de la scène où Zoofest va s’abreuver chaque année en août, lors du Mois des festivals, qui y prend forme annuellement », résume devant une pinte de bière irlandaise Martin Durocher, directeur général de l’événement. « C’est une formule qui va certainement plaire à nos festivaliers », des jeunes âgés de 18 à 34 ans pour près de 80 % d’entre eux, ont révélé les sondages sur le terrain, chez qui ce concept de bande-annonce que l’on s’échange, que l’on regarde en groupe et qu’il est amusant de faire sortir de son cadre traditionnel est bien ancré dans l’ADN.
Cette vitrine quotidienne, baptisée « Best of Zoofest », le festival multigenre, multidisciplinaire et bilingue va certainement en avoir besoin cette année. La créature divertissante est présentée en effet, pour cette quatrième édition, comme « la plus grande cuvée » depuis sa création en 2008 par l’empire de l’humour Juste pour rire, qui finance toujours sa destinée. Du 5 au 29 juillet, 120 spectacles vont assurer son existence, portés par 250 artistes et surtout 600 représentations livrées dans une série de salles atypiques du centre-ville. Le Café Cléopâtre, les Katacombes, l’Underworld, la TentAcool et le Mainline sont du nombre. Et, bien sûr, dans l’abondance, il va falloir trouver un peu d’aide pour faire les bons choix.
Cette idée de recherche semble d’ailleurs bien incrustée dans cette édition, surtout quand elle touche le soi et l’identité. La preuve se fait dans le désordre, avec La Belle Province qui propose pendant trois soirs une rencontre avec cinq humoristes de la relève provenant de cinq régions différentes - Gaspésie, Rive-Sud, Côte-Nord, Abitibi et Saguenay - et invités à débattre pour rire de leur particularité.
Ailleurs, c’est Suburbia qui fait la démonstration de la chose. Incursion dans la psyché de fiers représentants de la génération Y, cette pièce de théâtre, qui aurait dû être présentée à l’extérieur dans une ruelle, mais qui le sera en salle, part à la rencontre d’un groupe de flâneurs devant un dépanneur, quelque part en banlieue, et de leur questionnement existentiel : faut-il partir de là pour mieux vivre ?
C’est un peu sérieux, un peu drôle, mais moins, bien sûr, que L’insolite Cabaret insolent, qui du 21 au 29 juillet va amener sur scène une brochette de jeunes comédiens dans une formule où les personnages, frustrés, absurdes, vulgaires, illuminés, vont se raconter et dévoiler leur quotidien sans censure au public. Avec Autant s’emportent les gens et Elle danse avec les lourds, Yannick Chapedelaine et ses acolytes pourraient en faire autant avec ces deux comédies musicales irrévérencieuses qui proposent de mettre en texte, en scène et surtout en chanson les petits tracas du quotidien, alors que Patrice Desbiens, un Franco-Ontarien d’origine, va plutôt crier l’angoisse de ses deux solitudes dans L’homme invisible, une oeuvre poétique qui invite à un voyage entre Timmins et Québec, entre l’un et l’autre et surtout au coeur d’un « nous » qui peine à apprivoiser la complexité de son tour de nombril.
Exposés en primeur
D’un nombril à l’autre, c’est sur le leur et celui de leur progéniture que Les Papas, un trio de jeunes humoristes, vont proposer de poser le regard, le temps d’un spectacle qui souhaite aborder la question de la paternité chez les enfants rois et au temps du 2.0. C’est une sorte de chronique d’une mère indigne au masculin portée par Martin Félip, Jérémie Larouche et Jonathan Roberge, trois jeunes drôles nouvellement devenus papas, qui risque de trouver son complément dans Accoucher de rire, spectacle d’Émilie Ouellet qui va proposer de rire de sa condition de mère dans un spectacle présenté en début d’après-midi (13 h 30) pour permettre la présence de mères et de leurs poussettes à l’heure de la sieste. En gros.
Ailleurs dans cette marmite de création, c’est certainement L’assassinat du président qui risque d’attirer les regards, un peu pour son contenu sulfureux, mais aussi pour la controverse qui a devancé la levée de rideau sur ce théâtre sonore imaginé par le Théâtre du Futur. La pièce prend place en 2027 à la veille d’un 11e référendum. L’oeuvre devait s’intituler L’assassinat de Gilles Duceppe, puisque c’est de cela qu’il est question, victime d’une… souffleuse à neige. À la demande menaçante des avocats de l’ex-chef du Bloc québécois, le titre a été modifié.
Sacrifice, nouvelle création du dramaturge Fabien Cloutier, n’a pas eu à changer son titre, mais son contenu, lui, a été adapté au présent d’un Québec sous tension. La pièce, présentée le 5 juillet, met en scène un groupe de partisans fanatiques de hockey qui vont descendre dans la rue pour sacrifier un homme au nom de la cause. Bien sûr, comme bien d’autres éléments composant ce festival de découvertes, d’expérimentations scéniques, d’essais et parfois d’erreurs, cette pièce se prépare à voir le jour dans le cadre de Zoofest, sans doute pour mieux aller plus loin. « Depuis quatre ans, nous ne cessons de grossir, mais nous maintenons le cap, conclut M. Durocher. Zoofest, c’est un espace où l’on veut que les gens s’exposent en primeur à des spectacles » dont l’envergure va se dévoiler plus tard… ou parfois, comme pour certains films sur DVD, dans une bande-annonce.








