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Festival TransAmériques - Récolte fertile

Seeds
Texte d’Annabel Soutar. Mise en scène de Chris Abraham. Une production de Porte Parole et Crow’s Theatre. Au Théâtre d’Aujourd’hui, jusqu’au 9 juin.
Un questionnement sur le rapport qu’entretient le théâtre avec le réel semble au cœur de plusieurs des pièces que j’ai vues au festival jusqu’à maintenant. Cet enjeu est bien sûr inhérent aux productions de Porte Parole. L’excellente compagnie de théâtre documentaire montréalaise, dont on connaît la démarche s’appuyant sur la dramatisation d’entrevues minutieusement retranscrites, s’attaque ici à un sujet costaud: la longue lutte juridique entre la controversée multinationale Monsanto et Percy Schmeiser (très convaincant David Ferry). En 1998, la puissante firme de biotechnologie a accusé ce tenace fermier de Saskatchewan d’avoir planté illégalement ses grains de canola modifiés génétiquement. Lui affirmait plutôt que son champ avait été contaminé par des semences disséminées par accident....

Une première version de Seeds fut présentée en 2005. Cette deuxième bouture, créée à Toronto cet hiver (et totalement en anglais, malheureusement) expose donc la recherche conduite par un alter ego de la documentariste Annabel Soutar. Son enquête, fouillée, lui fait découvrir une situation peut-être moins manichéenne qu’elle n’apparaissait au premier abord, soulevant des incertitudes à la fois sur les humains en cause et sur les dogmes scientifiques. En deuxième partie, des interrogations fondamentales débordent la véracité des accusations: quels sont véritablement les effets des OGM sur la santé? Qu’est-ce que la vie, et à qui appartient-elle?

Avec son petit cours de génétique 101, ses extraits de procès, Seeds présente une matière intéressante mais, admettons-le, ardue pour une œuvre scénique. Heureusement, la dramatisation efficace d’Annabel Soutar, dans une structure qui confronte directement les points de vue antagonistes, dynamise ce spectacle longuet. En général, le show est rythmé, assaisonné d’humour, porté par une distribution souple et énergique qui croque plusieurs personnages en quelques traits marquants. Et le chassé-croisé des points de vue permet d’étaler la complexité de la question, les limites des connaissances scientifiques.

Le show mis en scène par le Torontois Chris Abraham mise aussi sur la technologie, à renfort de caméras et de projections, car il y est aussi question, finalement, de l’image, et de sa dimension réductrice. Comme on le voit dans la pièce: en science comme dans les médias, on est parfois séduit par la simplification. Or, la production de Porte Parole ne craint pas d’exposer les doutes de son enquêtrice/auteure. Seeds sème avant tout le questionnement chez le spectateur, ce qui est la première étape de toute démarche politique éclairée.
 
 
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