Petite et moyenne entreprise - Le rebelle récompensé
« Je suis fier d’avoir pu soutenir le milieu culturel à ma façon »
Fondée au début des années 1980 par l’artiste Beaudoin Wart, Publicité Sauvage est aujourd’hui l’une des entreprises québécoises les plus reconnues dans le domaine du marketing culturel. Ayant pour mission d’offrir aux organisations culturelles une visibilité vaste et percutante à coût raisonnable, Publicité Sauvage se spécialise dans l’affichage de rue et tapisse, depuis un peu plus de 25 ans, les palissades des chantiers de construction de la ville ainsi que les murs intérieurs de certains commerces d’affiches à teneur artistique. En un quart de siècle, elle a réalisé plus de 40 000 campagnes publicitaires ayant fait la promotion d’initiatives de toutes sortes d’entreprises culturelles, de La La La Human Steps au Cirque du Soleil.
Aux yeux de Beaudoin Wart, se voir décerner le prix Arts-Affaires, c’est un peu comme recevoir une bonne tape dans le dos. Pour l’homme qui a délibérément choisi de ne pas dériver de la mission initiale de son entreprise, alors qu’il aurait pu faire beaucoup plus de profits s’il en avait décidé autrement, il s’agit là d’un bel encouragement à poursuivre sur la voie qu’il emprunte depuis la création de son entreprise.
« Quand j’ai appris que Publicité Sauvage était mise en nomination, j’ai été très heureux. Depuis le début, la mission de l’entreprise, c’est de proposer un réseau d’affichage performant et abordable au milieu culturel. L’affichage, ça peut coûter très cher. Pour plusieurs petites compagnies artistiques, ce n’est même pas envisageable. J’aurais pu faire de l’affichage, comme ça se fait dans bien des grandes villes, à dix fois le prix de ce que ça vaut et ne pas accorder de visibilité aux petites compagnies qui n’ont pas les moyens de se permettre de grandes campagnes. Je ne serais peut-être pas récompensé aujourd’hui, mais je serais sûrement riche, sur le bord de l’océan, en vacances quelque part. Je suis content de ne pas avoir pris cette tangente-là et je suis fier d’avoir pu soutenir le milieu culturel à ma façon », révèle M. Wart.
Pour l’homme, il s’agit également de la confirmation du fait que, en 25 ans, beaucoup de chemin a été parcouru. Il faut savoir que, lorsqu’il a fondé Publicité Sauvage, l’affichage culturel était illégal et que, chaque fois qu’il sortait son pot de colle et ses pinceaux pour tapisser une palissade d’affiches, M. Wart s’exposait à des contraventions plutôt salées.
« Disons que j’ai souvent joué au chat et à la souris avec la police, lance d’un ton badin le fondateur de Publicité Sauvage. Dans les années 1980, on avait développé tout un système de surveillance pour ne pas se faire prendre. Quand la police s’approchait, quelqu’un criait un mot qu’on avait déterminé d’avance - Léo, par exemple, qu’on a déjà utilisé comme code - et on allait se fondre dans la foule en laissant tout en plan. Il y avait quelque chose de très grisant dans le fait d’être illégal, mais ça compliquait beaucoup notre travail. J’ai dû payer plusieurs milliers de dollars d’amendes les premières années. »
De gredin à homme d’affaires primé
Heureusement pour Publicité Sauvage, en 1994, à l’initiative de M. Wart et son équipe, le règlement sur l’affichage culturel a été modifié dans la foulée d’un nouveau plan d’urbanisme. Dès lors, l’entreprise a pu poursuivre ses activités en toute légalité.
Malgré tout, l’entreprise a longtemps été perçue par plusieurs comme une entreprise marginale faisant surtout la promotion d’activités underground… À tel point que, au début des années 2000, M. Wart a même envisagé de troquer Publicité Sauvage contre un patronyme moins dissonant aux oreilles de certaines instances montréalaises plus traditionalistes. À la suite d’un sondage effectué auprès de sa clientèle et après mûre réflexion, M. Wart s’est ravisé : fier de son parcours et toujours un brin rebelle, il a plutôt décidé de ne rien changer au nom de son entreprise.
« Au printemps, j’ai signé le Livre d’or de la Ville de Montréal, dans le cadre de l’exposition Montréal en affiches, qui célèbre les 25 ans de Publicité Sauvage. Mme Helen Fotopulos faisait des blagues à ce sujet. Elle racontait que j’étais un habitué de la Ville, mais que j’avais l’habitude du palais de justice plutôt que de l’hôtel de ville. Ça m’a fait rire, elle n’avait pas tout à fait tort ! Aujourd’hui, je sens que la Ville reconnaît le rôle que Publicité Sauvage a joué dans le développement de l’affichage culturel à Montréal. Recevoir le prix Arts-Affaires, c’est aussi beaucoup ça : être reconnu par les instances alors qu’elles ont longtemps considéré que l’affichage culturel, c’était quelque chose de sale et de dérangeant. Ça me rend très heureux qu’aujourd’hui on ait une autre perception de Publicité Sauvage », confie M. Wart.
Merci !, Quat’Sous
L’homme d’affaires se dit également content et ému que ce soit le Théâtre de Quat’Sous qui ait soumis sa candidature au prix Arts-Affaires. « Je trouve que c’est un théâtre moderne, contemporain, qui nous a fait découvrir beaucoup de choses, affirme M. Wart. J’ai fait beaucoup d’affichage à petit prix pour le théâtre parce que, longtemps, le Quat’Sous n’avait pas les moyens de se payer de la publicité. Je suis très heureux d’avoir pu le soutenir et ça me touche qu’en retour on ait posé ma candidature au prix Arts-Affaires. »
Pour en apprendre davantage sur l’histoire de Publicité Sauvage ou pour découvrir quelques-unes des affiches tapissées par l’entreprise, consultez le livre anniversaire Publicité Sauvage : 25 ans et demi. Celui-ci retrace le parcours de l’entreprise ainsi que celui de la vie culturelle à Montréal par le biais de 400 affiches et de 60 photos.
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Collaboratrice







