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ArtsScène Montréal - Les jeunes professionnels s’ouvrent au mécénat

« Lorsqu’ils commencent à faire ça, ils n’en décrochent pas »

Après trois ans, artsScène Montréal semble sur son erre d’aller et ne présente aucun signe d’essoufflement. Cet organisme à but non lucratif diversifie de plus en plus ses manières de créer un maillage entre le milieu artistique et les jeunes professionnels du milieu des affaires, voire bientôt les jeunes professionnels tout court.

Au lendemain d’un projet-pilote nommé « art pitch », les deux coprésidents d’artsScène Montréal s’affichent emballés. La veille, trois organismes culturels ont présenté un pitch de vente devant 20 jeunes professionnels possédant une expertise en marketing, en communication ou en développement stratégique. Ces derniers ont adressé des commentaires après les performances, puis les organismes ont retravaillé et dévoilé une nouvelle présentation. « Ce qui était incroyable, c’est qu’on voyait les résultats concrètement, et ce n’était pas après plusieurs rencontres », témoigne Robert Landry, directeur de succursale chez Robert Half International et coprésident d’artsScène Montréal.


« Il y en a qui sont superbons, d’autres qui ont besoin d’apprentissage, mais, une fois qu’ils sont bien lancés, c’est ce qui peut faire la différence entre réussir ou non une campagne de financement », explique Nathalie Chapdelaine, chargée de projet arts-affaires au Conseil des arts de Montréal et coprésidente d’artsScène Montréal. L’expérience devrait être répétée l’année prochaine avec davantage de membres.


Cette initiative va un peu à rebours de ce qu’artsScène proposait jusqu’à maintenant, soit d’initier aux arts les jeunes professionnels du milieu des affaires. Des événements comme le Rallye des galeries ont fait leurs preuves dans cette optique. Mais, à une époque où les organismes culturels ne cessent de proliférer et où la part des subventions gouvernementales accordées à ce secteur stagne, « la pression est plus forte sur les organismes pour aller chercher des partenaires privés », note Nathalie Chapdelaine. « Ce qui me fait vraiment plaisir, c’est que justement il y a beaucoup d’organismes [culturels], dont beaucoup de jeunes organismes, qui veulent aller au-delà du rapport financier avec les gens d’affaires. Ils ont envie d’établir un contact, d’apprendre eux-mêmes des gens d’affaires si certains ont une expertise en marketing, par exemple, car ils savent très bien qu’ils en ont besoin. »

 

Sensibilisation


Reste que le but premier d’artsScène demeure d’amener les jeunes professionnels du milieu des affaires à s’intéresser au milieu des arts et de la culture pour que, ultérieurement, ils y investissent et s’y investissent. D’abord, l’organisation à but non lucratif les sensibilise à de nouvelles formes d’expression pour les inciter à acheter davantage de billets de spectacle ou d’objets réalisés par des artistes. « Il faut les amener à prendre conscience de leur enveloppe d’argent discrétionnaire, exprime Robert Landry. On leur montre qu’au lieu d’acheter un cadre chez Ikea, pour 300 $ ils peuvent acheter l’oeuvre d’un artiste émergent. »


Ainsi, artsScène encadre l’exploration des galeries d’art, par exemple, plantant ainsi les germes de la passion chez un éventuel collectionneur. « On ne peut pas convaincre les gens de donner aux arts seulement au moyen d’une lettre. Du moins, on peut le faire, mais c’est moins facile, dit Nathalie Chapdelaine. Les arts, on devient convaincu quand on les vit, quand on en fait l’expérience. Donc, on propose des expériences aux gens d’affaires et, une fois qu’ils les ont vécues, certains viennent nous dire que cela a changé leurs perspectives. » Au bout des rencontres et des activités, artsScène souhaite aussi du même coup donner le goût aux jeunes professionnels du milieu des affaires de s’engager dans les conseils d’administration d’organismes culturels, voire de leur donner de l’argent de manière désintéressé.


« Le mandat qu’on s’est donné, c’est de parler de mécénat, de philanthropie, et de ramener la notion au goût du jour, souligne Nathalie Chapdelaine. Ce que j’ai constaté, autant dans mon travail au Conseil des arts qu’avec artsScène, c’est que parfois les gens sont frileux d’entendre les mots « mécène » et « philanthropie », alors que dans le fond, quand on se met à l’exercer soi-même, on se rend compte que c’est supertrippant parce qu’on appuie des causes ou des organismes qu’on aime. Et les gens, lorsqu’ils commencent à faire ça, ils n’en décrochent pas. »


Partenariat


Mais, au-delà du mécénat, artsScène poursuit comme visée de stimuler les partenariats entre les milieux des affaires et de la culture. « Un des gestes du partenariat, c’est de soutenir financièrement un organisme, mais on encourage à aller beaucoup plus loin, insiste Nathalie Chapdelaine. Leur expertise, leur réseau de contacts, l’ouverture de deux ou trois portes, ça n’a pas de prix. Parfois, c’est ce qui fait la différence entre obtenir un financement de 25 000 $ et ne pas en avoir du tout. »


Mais les deux coprésidents préviennent que l’exercice ne se restreint pas à du résautage. « Notre but premier, c’est réellement la rencontre avec les arts, les artistes, les gens qui sont dans les coulisses et qui rendent possible l’existence de notre milieu culturel. Accessoirement, il y a effectivement du réseautage. Mais les gens, quand ils viennent à nos activités, ne doivent pas avoir pour premier objectif de faire du réseautage, parce qu’on leur organise tout un programme culturel. À un moment donné, si on écoute une pièce de théâtre, on ne fait pas du réseautage ». Elle évoque la représentation, le 26 avril dernier, de Kiss Cry Nanodanses, un ballet pour doigt de la chorégraphe Michèle Anne De Mey et du metteur en scène Jaco van Dormael, présenté à l’usine C. Les membres d’artsScène y avaient été conviés. Un accès aux coulisses leur était ensuite accordé pour leur permettre de poser des questions aux créateurs. « C’était très audacieux comme proposition artistique. Les gens qui sont venus ne savaient pas trop à quoi s’attendre. Ils étaient contents de venir dans le cadre d’artsScène, parce qu’on fait une sélection pour eux. Donc, on fait tomber une barrière ou une crainte. » Robert Landry compare la démarche à des dégustations de vin dans lesquelles on s’instruit tout en rencontrant des gens. « Chaque fois, les gens ressortent avec quelque chose qu’ils ont appris, une vision différente par rapport à des oeuvres », assure-t-il.


D’autres organismes artsScène, lancés de la même façon à l’initiative du Monde des affaires pour les arts/Business for the arts, proposent aussi des activités dans les villes de Toronto, Calgary, Vancouver, Edmonton, Ottawa, Halifax et Winnipeg. Mais Montréal présente déjà une mécanique fort enviable, avec ses 35 bénévoles et la multitude d’activités qu’il met de l’avant. N’empêche, artsScène Montréal voit plus grand. Durant la prochaine année, il souhaite ouvrir son réseau à d’autres regroupements de jeunes professionnels. Nathalie Chapdelaine évoque comme partenariat potentiel l’Association du jeune Barreau de Montréal. « Cela fait trois ans qu’on a mis sur pied nos activités, qu’on a expérimenté toutes sortes de choses. On sait comment bien présenter une activité culturelle à un public de jeunes professionnels. Ce qu’on veut maintenant, c’est de rendre ça disponible pour d’autres groupes afin d’élargir, finalement, la table des gens qui vont s’engager ou s’intéresser aux arts. »

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