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Irakese Geesten au FTA - Variations autour d’une guerre

Irakese Geensten<br />
Photo : Kristien Verhoeyen Irakese Geensten
  • Un spectacle de Monty. Mise en scène de Mokhallad Rasem. Production de Toneelhuis. Au Théâtre Prospero, jusqu’au 27 mai.
Comment dire la guerre? Comment représenter cette expérience extrême, inimaginable sur scène? C’est la question que semble pose le créateur d’origine irakienne Mokhallad Rasem tout au long de cette œuvre. Une pièce déroutante qui traite donc de la guerre, mais aussi de la difficulté, voire de l’impossibilité, d’en parler. Dès la seconde scène, où les acteurs portent des masques animaliers, on comprend que cette production n’ira pas où l’on imaginait, déjouera les attentes.

Fantômes irakiens emprunte donc souvent des chemins détournés. La pièce intègre un regard sur sur la création elle-même. Jouée par trois interprètes originaires d’Irak, dont le metteur en scène, et deux comédiennes flamandes, elle met ainsi à nu le fossé entre ceux qui ont subi un conflit et celles qui n’en ont qu’une image lointaine, charroyée par les médias... ou par les récits de leur grand-père.

Les deux actrices y agissent souvent à la façon de commentatrices distanciées, de narratrices des tableaux. Une scène muette est par exemple suivie d’une discussion entre un acteur et une actrice, laquelle admet que c’est très difficile pour elle - et donc aussi pour nous - de saisir. Ce tableau aux images fortes, telle une sorte de mascarade onirique, recrée le lendemain de la fin de la guerre: les enfants jouent avec les débris d’obus, la suspicion plane et tout le monde porte un masque (littéralement, ici).

La guerre est une cassure radicale avec la normalité, avec la vie de tous les jours. Ce sentiment d’étrangeté est traduit ici par des ruptures de tons; une esthétique fragmentée, qui recourt à diverses formes artistiques, de la danse à un (long) extrait du dessin animé Aladdin, vision disneyfiée de la culture de Bagdad! L’expérience est parfois assez déconcertante, d’autant que la pièce mélange les langues, les comédiennes s’adonnant parfois à une traduction trilingue.  

Irakese Geesten joue beaucoup sur la distance de l’ironie. Le summum de la dérision grinçante, c’est probablement cette cérémonie de remise d’Oscars (attribués à la «meilleure victime», notamment) décernée aux Irakiens par des animatrices aux toilettes glamour. Les comédiens/personnages y livrent à cette occasion un témoignage sur ce qu’ils ont vécu, mais encore là, leur expérience est relayée à travers un filtre: la traduction des chics hôtesses, tous sourires tandis qu’elles déclinent ces horreurs...

Les images saisissantes de ces films, semblant mélanger réalité et fiction, se concluent par une mise en parallèle entre la chute de la ville de Saddam Hussein et le chantier d’une sculpture de Dali. Car ultimement, ce sont les surréalistes qui détiennent la clé de la compréhension de la guerre, eux qui peuvent le mieux exprimer la vérité de cette épreuve où l’étrangeté devient la normalité. C’est à ça que nous invite Irakese Geesten: un autre regard sur une réalité indescriptible.

 
 
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