Laboratoire artistique - L’artiste et l’élu se promènent dans la ville…
« Katia avait cette proximité avec les citoyens qui a cimenté la communauté et donné ce petit plus »
Tantôt, l’aventure se déroule à Mont-Tremblant, comme en témoigne un conseiller municipal, Pascal de Bellefeuille. L’expérience peut aussi se faire à Ottawa, comme le raconte Annie Roy, artiste et cofondatrice de l’ATSA (Action terroriste socialement acceptable). Mais d’abord, voyons comment tout ça a commencé.
Une rencontre improbable
Le réseau Les Arts et la Ville, s’inspirant du projet français Mission repérage(s), un élu/un artiste, et de Premières impressions, un programme d’échanges communautaires mené par le gouvernement ontarien, a mis sur pied les Laboratoires artistiques de développement local. Ces rencontres prennent la forme d’une balade d’une journée pour un élu et un artiste et se déroulent autour d’une problématique vécue par la municipalité. Ensemble, ils échafauderont des hypothèses d’où naîtront des pistes de solution. L’expérience peut donner ou non des résultats concrets. Mais, de cette rencontre improbable, il restera toujours ce brassage d’idées qui aura servi au rapprochement.
La personnalité de Mont-Tremblant
La ville de Mont-Tremblant se cherche une personnalité : « La ville de Mont-Tremblant comporte aujourd’hui trois pôles, le centre-ville, la villégiature et le pôle villageois, dont le lac Mercier, la gare et le parc linéaire. Ce secteur est plein de petites auberges, restos, antiquaires. Notre défi était de trouver comment cette expérience authentique pouvait se trouver une personnalité », explique Pascal de Bellefeuille, conseiller municipal, dont un des mandats est le repositionnement de ce fameux pôle villageois.
À Mont-Tremblant, la réflexion était déjà entamée depuis quelque temps. Mais le laboratoire artistique est venu à point nommé : « On s’est dit que cette rencontre avec un artiste serait un superbe outil pour avoir une nouvelle vision, une nouvelle approche dans notre vision artistique pour donner à notre pôle villageois une signature plus culturelle. »
Arrive l’écrivaine
Puis, un jour, arrive au village l’écrivaine acadienne Katia Canciani, une auteure qui écrit tant pour les adultes que pour la jeunesse. Dans un premier temps, elle se promène seule dans le village, prend des notes, prend des photos et laisse monter ses impressions de cet environnement. « C’est lors de la deuxième journée de son passage que nous avons ensemble parcouru tout un réseau avec des détails de ce que nous considérions, l’urbaniste et moi, comme les points forts et les points faibles du noyau villageois, et je lui dis : “ Voici mon village et voici comment moi je le vois ! ”», rappelle Pascal de Bellefeuille.
C’est maintenant l’heure de comparer les impressions : « Nos visions se rejoignaient et Katia nous a permis de confirmer des choses qu’on avait cru percevoir, mais, comme on avait le nez collé dessus, on n’était pas certain. L’échange a été fantastique. » Le lendemain, on a convié l’écrivaine à rencontrer les citoyens. « Les gens étaient très curieux de voir comment la municipalité était perçue par un oeil extérieur », se souvient Pascal de Bellefeuille. Toutefois, si on rencontrait un peu de résistance de la part des résidants, rapidement les craintes sont tombées et on a pu assister à un véritable échange.
Nouveau paysage
Cette expérience a eu lieu en 2010. Aujourd’hui, quand on traverse le village de Mont-Tremblant, ce qui saute aux yeux, c’est cette très belle église maintenant transformée en salle multiservices, dont la programmation culturelle débutera dès l’été. Plus loin, le long des rives du lac Mercier, des sentiers sont aménagés avec des kiosques de lecture et un nouveau mobilier urbain. La société d’histoire a créé des panneaux d’interprétation du patrimoine du secteur qui seront installés sur la rue Principale. Sur la place de la gare, de nouveaux artistes sont invités et le marché hebdomadaire a été déplacé afin d’accueillir une plus vaste clientèle : « Petit à petit, on met des actions en place pour faire une animation villageoise qui sert tant à nos résidants qu’à nos villégiateurs et à nos touristes », nous dit un Pascal de Bellefeuille pas peu fier de son village !
Au fond, qu’est-ce que ça change de participer au laboratoire artistique ? Les résultats auraient pu être les mêmes, selon les recommandations d’une firme professionnelle : « L’artiste qu’est Katia n’avait pas à franchir le fossé que des professionnels auraient pu avoir pour rejoindre les résidants. Katia avait cette proximité avec les citoyens qui a cimenté la collectivité et a donné ce petit plus qui a fait en sorte qu’on s’est regardé en ne se trouvant finalement pas mal du tout ! »
L’itinérance à Ottawa
En 2009, c’est dans le quartier Rideau-Vanier, à Ottawa, qu’est attendue l’artiste engagée Annie Roy. Ici, on a fait appel à l’artiste afin de trouver des pistes de solution au problème de l’itinérance des femmes, en particulier dans un quartier en pleine gentrification. « On remarque dans sa propre ville toutes sortes de problématiques pour lesquelles parfois on a des solutions. En allant dans une autre ville, même si les réalités peuvent être différentes, on porte un regard neuf avec nos solutions », explique Annie Roy.
Le quartier dans lequel Annie Roy débarque peut être qualifié de zone difficile. Il est adjacent à la zone touristique, au marché Bail, et, en même temps, c’est le quartier dans lequel on retrouve le plus grand nombre de refuges pour itinérants : « On y vit la problématique des sans-abris qui “ dérangent ” l’image de la ville et les résidants des chics tours à condos », dira Annie Roy. Ça revient toujours au bon vieux problème du vivre-ensemble : comment concilier services publics et refuges, nouveaux résidants et itinérants ? Si une volonté de décentraliser ces refuges existe, on le sait, ce n’est peut-être pas la solution au problème.
Partie à la découverte du quartier, Annie Roy sillonne les rues, rencontre les responsables d’un refuge pour femmes et partage avec elles des découvertes et peut-être même des solutions. Ensuite, elle part à la rencontre des commerçants et tente de voir avec eux comment naissent les frictions avec les itinérants. « Pour moi, la solution aura été de créer des ponts sociaux afin de mieux se comprendre et de faire des campagnes de compagnonnage citoyen », explique Annie Roy.
Des coiffeurs pour sans-abris ?
Elle donne l’exemple des services que les commerçants pourraient offrir aux sans-abris : « Un coiffeur prend une journée par mois pour coiffer les sans-abris, par la suite, ce geste pourrait être récompensé par un prix ou un hommage dénotant une bonne attitude d’ouverture et d’inclusion sociale. » Pour faire écho, selon Annie Roy, on devrait aussi mettre dans la rue des médiateurs sociaux pour accompagner les sans-abris afin de leur faire prendre conscience de certains actes qui déplaisent profondément aux commerçants.
D’autres solutions ont aussi germé de ce processus dans l’esprit d’Annie Roy. « On est dans un quartier de vastes stationnements à étages et le manque d’éclairage génère beaucoup d’insécurité, le manque d’arbres et de verdure contribue à une grande pauvreté visuelle. » Pour contrer ces lacunes, Annie Roy a songé à l’organisation de fêtes communautaires qui auraient lieu sur ces stationnements. Pour redonner ce lieu aux résidants, elle a aussi pensé à le verdir, parce que, après tout « ça aide une ville de lui redonner un peu de beauté ! »
Même si ça ne change pas le monde, ces laboratoires ont le grand mérite de faire surgir les idées. Et de conclure Annie Roy : « Souvent, l’artiste est relégué à un plan de divertissement et on ne lui demande pas intelligemment et de manière structurée son opinion sur les problèmes de sa ville. Et, comme ce n’est pas fait en temps de crise, c’est pris pour une bulle pacifique, hors du temps, qui peut s’avérer très positive pour tous. »
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Collaboratrice







